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La salive, comme une navette.
La salive de l'homme a été l’objet d’une superstition fort singulière dont on trouve un reflet dans l'épopée pantaoruélique :
« Pourquoy, demande Eusthenes (3) affamé à Pantaoruel, en plus grand dangier de mort est l'homme mords à
(1) Voy. Cruveizuier et Marc SÉE, Trailé d'anatomie descriptive, t. TT, p.71, fig. 59; Paris, 1865.
(2) Manuscrit de la fin du x ou du commencement du xiv° siècle (Biblioth. nat., fonds Lavallière, n° 45).
(3) Fort, robuste, du mot grec edoûnvxs, dont asthénie, terme médical, ne diffère que par l'« privatif. La neurasthénie, maladie dont on parle tant aujourd'hui, est un affaiblissement général du système nerveux.
jeun d’un serpent jeun, qu'après avoir repu tant l'homme que le serpent? Pourquoy est la salive de l’homme jeun vénéneuse à touts serpents et animaux vénéneux? »
Pour toute réponse, Pantagruel invite Eusthenes à se mettre à table et « après le fruict », celui-ci, bien rassasié, reprend :
« Je ne suis plus à jeun. Pour tout ce jourd'hui sont
en seureté de ma salive (1) :
Aspics (2). Apimaos.
Amphisbènes (3). Alhatrabans.
Anérudutes. Aractes ou Araces.
Abedissimons (4). Astérions (6).
Alhartafs (5). Alcharates (7).
(1) « Cette liste des animaux venimeux, dit le bibliophile Jacob, a été dressée surtout d'après Pline et Aristote. » J'ai retrouvé presque tous les reptiles cités par Eusthenes dans Aristote, Pline, Nicander, Pausanias, Aetius, Galien, Albert le Grand, Barthélemy l’'Angloys, Aldrovan, Lucien, Paul d'Egine, Redi, Rondellet, Ambroise Paré, G. Linocier, P. Lacroix, etc. L'ordre alphabétique d'énumération des reptiles dont il s'agit est imité de Pline, 1. XXXVII, ch. x.
(2) La couleur essentiellement variable de la Vipère aspic (Vipera aspis merrem) en a fait décrire un certain nombre d'espèces (Coluber aspis, Coluber chersea, Vipera Rhedii, etc.). Ces espèces sont purement nomi-: nales. Dans une Histoire naturelle des plantes et des animaux et principalement des serpents de Geoffroy Linocier, naturaliste et médecin de Tournon en Vivarais, histoire imprimée à Paris en 1584 chez Charles Macé et dédiée à Monseigneur de Tournon, il est fait mention de « trois sortes d’aspics : des terrestres, des hirodiniers et des cracheurs ». |
(3) Sousle nom d’amphisbène (du grec auyl, de côté et d'autre, et Balve, aller) ou de double-marcheur, les Anciens ont désigné un serpent qui rampait dans les deux sens et était pourvu de deux têtes, l’une en avant, l'autre en arrière. C'est le Typhlops vermiculaire, dont la queue ressemble à la tête, et qui chemine tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. Le préjugé du serpent à deux têtes a pris vraisemblablement naissance dans l'observation de quelques cas de monstruosité bicipitale, monstruosité qui n'est pas très rare chez les serpents et qui s'explique par l’agglomération des œufs et les greffes fréquentes qui en résultent.
(4) Espèces de dragons ou serpents mentionnées par Pline.
(5) Dragons (Bibliophile Jacob). Ce mot doit dériver de l'arabe.
(6) Araignées venimeuses rayées de blanc. (PuixE, L XXIX, ch. 1v.)
(7) Scorpions à boucliers (Bibliophile Jacob); du grec &ky& bouclier, arme défensive.
ANATOMIE DESCRIPTIVE | 127 Arges (1). | Ascalabotes (5).
Araines (2). Æmorrhoïdes (6).
Ascalabes (3). Basilics (7).
Attelabes (4). Belettes ictides (8).
(1) Serpents d’un blanc brillant; du grec &pyds, blanc, éclatant de blancheur.
(2) Araines, aragnes, araignes, araignées.
(3) Tarentules, selon Pline ; lézards, selon d’autres.
(4) « Sauterelles de la plus petite espèce et qui n'ont pas d'ailes. » (Gou- REAU, Recherches sur les Insectes mentionnés dans la Bible, in Bullet. de la Soc. des sc. hist.et nat. de l'Yonne, Auxerre, 1861,t. XV ,p.19.) Voy.égal. Pline.
(5) L'ascalabote d’Aristote, le stellion de Gezner, le galéote de Théophraste et d’Aristophane est un saurien du groupe des Geckos. C'est une bête déshéritée de la nature et sottement calomniée.
(6) Selon Avicenne : « L’æmorrhoïde, Hæmorrhus ou coule-sang, du grec aiuoépous est un serpent d’une coudée de longueur, de couleur grisastre et reluisante, marqueté de taches noires. Sa demeure est dans les cavernes pierreuses auprès du Nil. Ceux qui en sont mordus jettent le sang par tous les pertuis du corps, les gencives leur enflent avec un grincement ou cheute de dents, le sang leur sort par les ongles et par le coing des yeulx. » Le coule-sang est représenté à la page 767 des œuvres d’Ambroise Paré. (Paris, 1628.)
(7) Regulus, Basilicus, le roi des serpents; du grec Basteës. Ce reptile était appelé le roi des serpents parce que son venin passait pour le plus terrible de tous. Il était dénommé aussi coccatrix, parce qu'il était censé sortir de l'œuf d’un coq couvé par un serpent ou un crapaud. Son regard seul faisait mourir; les pierres se brisaient, les plantes s’enflammaient à son contact, etc. Il est difficile de savoir au juste à quel ophidien l’antiquité a attribué de si néfastes qualités ; toutefois quelques particularités signalées par Pline, notamment que cet animal « relève ordinairement la moitié antérieure de son corps », donnent à croire que c'est au Vaja.
(8) Je ne saurais admettre que l’ictis des Grecs soit le furet, L'ictis 4 donné lieu d’ailleurs à de singulières méprises. Oppien, dans son Poème Cynégélique, décrit, d'après un ouvrage qui n’est pas parvenu Jusqu'à nous, mais qui semble dû à un bon observateur, différents lynx ou chats à courte queue. Une petite espèce est désignée dans le texte original sous le nom d'ictis. Seba (Thesaurus de Seba), au lieu d’ictis, a lu ictin qui signifie milan et fait de l’ictis un oiseau. D'autre part, les chiens de mer ont été souvent désignés par les Grecs sous le nom de yaleds, tandis que sous celui de y«kñ, qui s'en rapproche beaucoup, ils ont voulu parler tantôt du chat domestique, tantôt de certains petits carnassiers. La confusion a été faite par Xylander dans sa version latine du livre d’Antigone Carystien (Histoires merveilleuses, ch. xxv) et justement relevé par Beckmann; elle paraît même avoir été commise très anciennement, et c'est ainsi probablement que l'histoire de la belette s’est grossie de plusieurs traits appartenant à celle des Squales.
Boies (1). Chenilles (6).
Buprestes (2). Crocodiles (7).
Cantharides (3). Crapaux (8).
Catoplèbes (4). Cauquemares (9).
Cérastes (5). Chiens enragés.
(1) Boas (Ophidiens ptéropodes) serpents non venimeux qui, au dire de Pline, étaient communs en Italie du temps de Claude et dans le ventre de l'un desquels, tué au Vatican, on trouva un enfant entier. (PLineE, 1. VIII, ch. 1v.) Selon Metaxa, le reptile appelé boa par Pline est l'Elaphe-quatreraies. « Les plus grands serpents d'Italie, a observé d'autre part Cuvier dans ses annotations de Pline, sont la couleuvre d'Esculape et la couleuvre quatre-raies, qui ne dépassent pas 2 mètres. Il faut donc supposer que le serpent tué dans le Vatican était véritablement un boa ou un python. Mais comment un semblable ophidien se trouvait-il là ? » Le nom vulgaire du boa constricteur est giboya, giboiïa.
(2) « Le bétail enfle après avoir mangé cet insecte, » dit Nicander. L'enfle-bœuf,.-encore employé en médecine vétérinaire, est l’insecte coléoptère appelé meloé ou triongulin.
(3) Les cantharides sont aussi des insectes coléoptères. Elles contiennent un principe vésicant et aphrodisiaque puissant, la cantharidine. La trop célèbre Aqua Tofana n’était, d'après Ozanari, qu'un extrait alcoolique de cantharides décomposé par l'eau.
(4) « Bestes saulvages, petites de corps : mais elles ont les testes grandes sans proportion, à peine les peuvent lever de terre; elles ont les yeulx tant vénéneux, que quiconque les voit, meurt soubdainement, comme qui verroit un basilic. » (RABELAIS, L.V, ch. xxx.) Du grec xätw, en bas, et Bhérw, Je vois.
(5) Vipères cornues, vipères d'Égypte (Vipera cerastes, Cerastes æ4yDliacus). Ce reptile porte au-dessus de chaque sourcil une corne écailleuse, bien développée. Du grec zxépas, corne; c’est le serpent à cornes de Pline et de Plutarque. (Voy. Puine, 1. VII, ch. xxu11, et PLUTARQUE, en la Vie de Caton.)
(6) «Les chenilles rousses et velues appelées en latin mullipedes engendrent grande démangeaison, rougeur et tumeur au lieu qu'elles mordent. » (Ambroise PARÉ.)
(7) Le Crocodile terrestre des Anciens est un varan.
(8) On à admis jusqu'au xvi‘ siècle que la peau humaine touchée par la bave, la sueur ou l'urine du crapaud entrait immédiatement en putréfaction. Les glandes cutanées de ce batracien sécrètent, en effet, un venin, mais un venin peu puissant. (Voy. Pnisarix, Recherches sur la toxicité du venin du crapaud, Mém. de la Soc. de Biologie, mai 1893.) Boccace a affirmé sérieusement qu'un homme était « soubdainement mort par s’escurer les dents d’un brin de saulge » sur lequel un crapaud avait répandu son venin (RABELAIS, L. IV, ch. xvir.)
(9) Reptiles fabuleux dont Rabelais a parlé en ces termes dans
Colotes (1). Chellydres (5).
RL AS Cronicolaptes (6).
Cafezades (2) Chersydres (7).
Cauhares D. Cenchrynes (8).
Coulafbres (4). Coquatris (9).
Cesharces.
l’ancien prologue du livre IV : « Je ferai tant avec le petit comte George de la basse Egypte, qu'à chascun de vous il fera présent d'un beau crocodile du Nil et d’un cauquemarre d'Euphrates. »
(1) Espèce de lézards (Puixe, 1. XXIX, ch. 1v); du grec xwlwrns, lézard.
(2) Cafezates, petits serpents rougeûtres très venimeux (Biblioph. JACOB).
(3) Serpents venimeux (Biblioph. Jacos).
(4) Couleuvres (LE DucxaT). La couleuvre possède des glandes venimeuses, mais la matière toxique qu’elles secrètent, au lieu dese localiser pour être inoculée par la morsure à un autre organisme, se répand, véhiculée par le sang, dans l’organime de l'animal. Voilà pourquoi la couleuvre mordue par une vipère ne succombe pas. Elle se vaccine ellemême contre le venin des reptiles dangereux. (Voy. Mém. de l'Académie des sciences, 8 nov. 1899.)
(5) «Le chellydre ou chesneau est, dit Linocier, serpent hoste perpétuel des chesnes, long de deux coudées, le corps assez charnu et garni d'écailles fort rudes d’où vient qu'on l'appelle chellydre ou rude peau. Il est de couleur suye et si puants que si on ne voits, on le sent. » Linocier (loc. cit. suprä, p. 900) en a donné aussi le dessin.
. (6) Esmangart et Johanneau pensent qu'on doit lire ici cronacolaptes, du grec xpovoxokartns qui veut dire : araignée qui s'attaque à la tête.
(7) Serpents aquatiques qui ressemblent beaucoup à certains serpents de mer venimeux. Cuvier ne comprend dans le genre chersydre que le chersydre à bandes (Chersydrus facicatus). Dans son glossaire, L. Barré traduit ce mot par « serpents amphibies ».
(8) Serpents dont la peau est parsemée de petites taches semblables à des grains de millet. Du grec xeyypts dont la racine xéyypos signifie millet,
(9) Serpent fabuleux né d'un coq. On croit encore, dans certaines régions de la Touraine, du Berry et du Poitou, que les poules dont l'ovaire estépuiséet qui viennent à chanter comme un coq, à chanter le jau (le mot jau en patois poitevin est synonyme de coq), pondent en dernier lieu un tout petit œuf duquel sort, si on le met couver, un lézard couvert d'yeux dont le regard fait mourir. C'est là évidemment une réminiscence de la légende du mode de naissance du basilic (Voy. Basilic). Cette légende repose sur deux faits : 1° la présence assez fréquente d'œufs véritables de couleuvre dans les poulaillers et leur ressemblance avec les œufs avortés de poule; 2° la forme grossière d’un petit serpent que présente le ligament dû à l'union des chalazes ou membranes qui maintiennent le jaune suspendu dans les œufs de poule sans germe.
Ajoutons qu'il arrive que parfois aussi les vieux coqs ont le glousse-
Dipsades (1). Elopes {5).
Domèses (2). Enhydres (6).
Dryinades (3). Fanuises (7).
Dracons (4). Galéotes (8).
ment de la poule et rendent des amas mous, comme membraneux, formés de glaire coagulée et ayant l'apparence d'œufs, d'où l'on a conclu, en voyant sortir des petits d’un fumier où une couleuvre avait pondu, que les coqs hardés produisent des œufs qu'ils ne couvent pas et d’où naissent des reptiles.
(1) On était persuadé jadis que la morsure des reptiles de l’ordre des Dipsadidées provoquait une soif inextinguible (du grec ôtÿa, soif). L'altéré ou Dipsas décrit et représenté dans les ouvrages anciens correspond au Dipsas type des traités récents d’erpétologie. (Voy. LINOCIER, loc. cit. suprà, p. 375; GALIEN, H, Liv. simpl. ; Lucien, les Dipsades.)
(2) Serpents logeant dans les murailles ; du grec ddunow, construction.
(3) Serpents vivant au sein des arbres et principalement des chènes. Du grec evivos, dont la racine ôpÿç veut dire chène.
(4) Dragons, draco en latin, àpærxwy en grec. Dans une Histoire des Indes, très appréciée, publiée en 1744 par l'abbé Guyon, on lit encore : « Le dragon n'est dans sa figure qu'un serpent extraordinaire, etil yen a de trois espèces. Les uns habitent sur le haut des montagnes, d’autres dans les cavernes, d’autres dans les marais. Les premiers sont les plus grands de tous : ils ont les écailles dorées, du poil ou une espèce de barbe assez longue sur le front et sur la mâchoire, les sourcils sont ouverts, le regard affreux et cruel, le cri entièrement aigre et perçant, une crête rouge semblable à un charbon allumé. Ceux du plat pays ne diffèrent que par la couleur de leurs écailles, qui sont argentées, et par l'usage qu'ils ont de fréquenter les rivières. Les autres, qui vivent dans les marais, sont presque noirs, plus lents à la course; ils n’ont point de crête. C'est à tort qu'on les à privés de leurs ailes. Ils ont aussi dans la tête une pierre précieuse qui donne autant de feu que le diamant et qui est naturellement taillée à différentes facettes par où elle donne toutes sortes de couleur. » Les anciens naturalistes ont évidemment décrit sous le nom de Dragons les grands serpents appartenant au groupe des Ptéropodes. Les ergots qu'offrent à la marge de l’anus ces reptiles d’une force considérable et d'une taille énorme sont devenus, grâce à l'imagination des poètes, des pattes et des ailes.
(5) Ou Ellops ; « serpents », dans le Dictionnaire de Novitius ; « serpents non venimeux », dans le glossaire de L. Barré.
(6) Couleuvres aquatiques (PLINE) ; du grec &, dans, et 8wp, eau. On dit aussi Enhydrides.
(7) Serpents tachetés (Bibliophile Jacos).
(8) Voy. Ascalabotes. Quelques commentateurs font des Galéotes un genre d'Arachnides de la famille des faux Scorpions. Pour Cotgrave ce sont des lézards ennemis des serpents.
Harmènes (1). Kesudures (6).
Handons (2). Lièvres marins (7).
[cles (3). Lizards chalcidiques (8).
Jarraries. Myopes (9).
[icines (4). Manticores (10).
Ichneumons (5). Molures (11).
(1) Petits basilics (Bibliophile JAcoB).
(®) Haridons ou Handions, dragons venimeux (Bibliophile Jacos).
(3) Le Duchat, Esmangart et Johanneau présument qu'on doit lire ici lacles ,« car lacles pourrait bien être formé de jaculus, nom d'une espèce de serpent qui s’élance comme un trait. Pline le nomme jaculum »; ne serait-ce pas l'Eryx jaculus de Linné ?
(4) « Serpents d'eau. Ce nom, disent Esmangart et Johanneau, doit dériver du mot latin illex, illicis, qui charme, qui attire. »
(9) Rats de Pharaon (BELoN) ; Chercheurs (LiNOCIER) ; Herpestes ichneumon (GEOFFROY); Viverra ichneumon (LinNé), etc. C'est l'ennemi né du crocodile et d’une foule d'animaux nuisibles. Les Égyptiens lui rendaient, en raison de son utilité, les honneurs divins. (Voy. Oppian en sa châsse.)
(6) Serpents de terre (Bibliophile JAcos); du grec xed0$, chagrin, et 55ça,
(7) Aplysies, mollusques gastéropodes dont les deux tentacules antérieurs ressemblent aux oreilles d'un lièvre. Les Aplysies ont été l'objet des fables les plus absurdes. D'après Pline, non seulement la chair du lièvre marin et l’eau dans laquelle on l’a fait infuser seraient vénéneuses, mais encore une femme en état de gestation ne pourrait supporter la vue d'une Aplysie sans être prise de nausées, de vomissements, ete. (Voy. Pine, 1. XXIX, ch. v, et IL. IX,ch. xzvin1; RONDELLET, De Piscibus, 1. XVII, De Lepore marino.)
(8) Le Seps chalcide (Lacertla chalcida), qui passe encore en Sar- . daigne pour faire mourir les bœufs qui l’avalent en mangeant, est abso: lument inoffensif.
(9) Insectes diptères qui ont la vue courte, du grec puwrds, myope, Dans le chapitre vi du livre XXIX de Pline, il est question de mouches myoïdes.
(10) « Bestes bien estranges: elles ont le corps comme un lion, le poil rouge, la face et les aureilles comme un homme, trois rangs de dents, entrants les unes dedans les aultres, comme si vous entrelaciez les doigts des mains les uns dedans les aultres : en la queue elles ont un aguillon, duquel elles poignent (piquent, du latin pungere), comme font les scorpions, et ont la voix fort mélodieuse, » (RaBeLais, 1. V, ch. xxx.)
(11) Le Python molure (Python molurus, ophidien ptéropode). Tite-Live tious a laissé le récit d’un épouvantable combat que Regulus a livré à un serpent d’une taille gigantesque qui ne peut être que le Python de Seba. (Voy. Tire-Live, trad. franç. de Victor Berger.) Autrefois on désignait sous le terme générique de moulures tous les serpents qui marchent sur leur queue; du grec pokoupos:
Mvyagres-(1). Ptyades (4).
Musaraignes (2). Porphyres (9).
Miliares (3). Paréades (6).
Megalaunes.
(1) Serpents qui chassent les rats ; du grec pos, rat, et éypa, chasse. |
(>) La Musette ou Musaraigne commune (Sorex araneus) est encore, dans les campagnes, victime d’un préjugé; on croit que par sa morsure elle cause aux chevaux une maladie souvent mortelle. Cette imputation est d'autant plus fausse que la Musaraigne n’est pas venimeuse, mais encore qu'elle ne peut mordre en raison de la petitesse de sa bouche.
(3) Mille-pieds (Bibliophile Jacos), Mille pedæ, Ovoi, Cloportes. (Voy. GALIEN, L. Il, de Compend. méd. sec. L.). |
(4) Aspics cracheurs (Voy. Aspics); du grec rtéw, Je crache. « Les serpents aspics sont, avec la vipère arietans, très communs en Afrique, sur la côte d'Or. Si quelqu'un passe près d'eux, ils se redressent et lancent à près d'un mètre, et surtout dans la direction des yeux, un liquide principalement composé de salive. Cette bave produit la cécité si elle arrive jusqu'au globe oculaire. » (REICHENOW.)
(5) « Serpents de couleur pourpre. » (PLINE.) Du grec ropotpa, pourpre.
(6) Serpents inoffensifs dont les joues sont très saillantes ; du grec rapetä, Joue.
Le Paréas, ainsi qu'un certain nombre d'autres reptiles de la liste ci-dessus, sont indiqués dans la Pharsale de Lucain. Après avoir rappelé comment ces animaux sont nés des gouttes de sang qui tombèrent de la tête de Méduse, Lucain ajoute: « Le reptile qui le premier souleva la tète, éclos de cette fange putride, ce fut l'aspic; le Nil l'enferme dans les sables du désert. Aussitôt l'æmorrhoïs, ce reptile qui ne doit laisser aux. malheureux aucune goutte de leur sang, surgit tout couvert d'’écailles et déployant ses anneaux immenses. À son tour se lève le chershydre, que son instinct envoie aux rives incertaines dés Scythes, et le chellydre, qui. répand la fumée sur ses traces; puis le cenchris, qui glisse toujours droit devant lui; sur son dos se gravent des milliers et plus de petites taches qu'on n'en voit peintes sur l'ophite, ce bloc sorti des mines de Thèbes ;. el l’hammodyle, dont l'écaillure, au reflet ardent, se confond avec les sables qui l'entourent ; et le cérasle, qui va incessamment se repliant sur son dos; et le scylale, qui seul, avant tous les autres, s'apprête à dépouiller sa parure d'hiver; et le brûlant dipsas ; et le redoutable amphisbène qui court dressant ses deux têtes ; et le natrix, qui souille les ondes; et l’ailé jaculus ; et le paréas qui se borne à sillonner la terre de sa queue; et l’avide presler qui entr'ouvre sa gueule écumante; et le seps, dont le poison corrupteur fait dissoudre le corps et les os; et le monstre dont le cri épouvante tous les autres, le basilic, qui tue avant même l'emploi de son venin: écartant loin de lui la foule des reptiles, il règne dans la solitude des sables.
« Et vous qui recevez nos pieux hommages, qui n'ètes nulle part dans
Co
ANATOMIE DESCRIPTIVE 199 Phalanges (1). Rimores (5).
Pemphredones (2). Rhagions (6).
Petyocampes (3). Rhaganes.
Rutèles (4), Salamandres (7).
l'Univers, dragons, brillants d’écailles d'or, seule la Lybie vous rend venimeux sous son ciel ardent. » (Lucaix, la Pharsale, trad. Courtaud-Devernéresse, t. IT, I. IX.)
(1) L'une ou l’autre des deux espèces de Galéodes (Galeodes græcus et Galeodes areaneoïdes, Arachnides articulées) encore nommées Phalanga dans toute la Russie septentrionale, et dont la morsure détermine une inflammation violente suivie d’une paralysie passagère. (Voy. ARISTOTE, PAUL D'ÉGiINE, AETIUS et PLINE, 1. XXXIX, ch. 1v.)
(2) Pemphredons, insectes hyménoptères; du grec raupondwv, bourdons.
(3) Chenilles du pin; du grec rtrus, pin, et xaurn, chenille. (PLIxE, 1. XXIX, ch. rv.)
(4) Rutélides, insectes coléoptères de la tribu des Scarabées. « Vers qui rongent les arbres », assurent Esmangart et Johanneau.
(5) Vraisemblablement Remores. L'Echineis remoraille sucet, le naucrate, est un poisson dont la tête porte une plaque armée de crochets au moyen desquels il se fixe aux rochers, à la carène des vaisseaux, au corps des grands Squales. Ovide et Lucain ont prétendu que le remora fixé à la carène d’un vaisseau en suspendait la marche. Pline, plus crédule encore, a écrit: « Il sert à composer les poisons réfrigérants ; il arrête l’action de la justice et le cours des tribunaux, mais, en vertu de la même puissance, il compense les maux qu'il peut produire : il délivre les femmes d’un accouchement prématuré, et, si on le conserve dans du sel, son approche seule suffit pour retirer du fond des puits les plus profonds l'or qui peut y être tombé. » Aujourd'hui il est bien reconnu que l'animal dont il s'agit n'arrête rien et ne mérite mème pas le nom de sucet, puisque l'organe dont il se sert comme d'un-crampon est dépourvu d'organes de succion. (Pour détails complémentaires, voy. Anat. comp.)
(6) « Araignées rondes et de couleur noire comme un grain de raisin dont elles portent le nom. » (Ambroise PARÉ.)
(7) En dépit de Matthiole, de Picrius, d'Amatus et de Galien, l'incombustibilité de la salamandre (Salamandra maculosa) a été acceptée comme un article de foi pendant le moyen âge. On a mème attribué à cet animal le feu pour séjour, on lui a fait souffler et vomir du feu ; on lui a donné des ailes pour mieux se mouvoir dans cet élément subtil qu'il pouvait éteindre ; on l’a transformée en dragon: voilà la généalogie de la salamandre au milieu des flammes de François I° avec la devise: Nutrisco et eælinguo (je m'en nourris et je l’éteins). Mieux encore, on a vendu l’'arbeste comme de la laine de la toison de cet Urodèle. En fait, les glandes cutanées de la salamandre sécrêtent un suc laiteux et visqueux qui l’empèche d’être immédiatement brûlée par des charbons ardents et qui tue les bêtes de petite taille (oiseaux, grenouilles). Ce suc laiteux a une
Seytales (1). : He CLEiTe:
Stellions (2). Scalavotins (5).
Scorpènes (3). Solofuydars (6).
Scorpions (4). Sourds (7).
odeur qui rappelle beaucoup celle de l'insecte connu sous le nom de Cerambyæ moschatus; son évacuation est toujours subordonnée a une excitation musculaire volontaire (ALBin1). Rabelais s’est parfaitement rendu compte que la salamandre ne résistait pas à l’action d'un feu très vif. “ Je confesse bien, dit-il, dans le chapitre zir du livre ITT, que petit feu de paille la végète (la fortifie, lui donne de la vigueur, du latin vegetare) et resjouit, Mais je vous asseure que en grande fournaise elle est, comme tout aultre animant (animal), suffoquée et consumée. Nous en avons vu : l'expérience. Galen l’avoit long-temps confermé et démonstré, lib. 3, de Temperamentis. »
= (1) « Ce serpent, dit Linocier, est d’une venue comme le Double-marcheur, excepté-qu'il est plus gros : car l’autre est comme un ver; celui-ci est de la grosseur d'un manche de dolouère de laquelle il retient son nom et ne va que d'un côté. Il est tout marquetté sur la peau. Ce serpent et le Double-marcheur sortent les premiers de la tannière ; mais combien que tous les autres aient ceste propriété, qu'estant sortis ils courent au fenoil pour recouvrer la veue, toutes fois celui-ci n’y va pointt, d'où vient qu'on l’appelle cecilie en latin ou aveugle en français. Sa morsure est comme celle de la vipère. » Un dessin de Linocier complète cette description. (LiNocreR, loc. cit. suprà, p. 893.) L'espèce de ce serpent venimeux dont ont parlé Elien, Dioscoride et Nicander nous est inconnue. C'estce reptile qui a donné son nom à la scytale, bâton de correspondance secrète des Lacédémoniens. En erpétologie moderne, le scytale est un ophidien opistoglyphe.
(2) Le stellion (Stellio vulgaris), ou Étoile, est un lézard portant des taches en forme d'étoiles. Sa chair, sauf celle de la tête et des pattes, a été employée contre la piqûre du scorpion et l’épilepsie ; ses excréments, appelés stercus lacerti ct crocodilea, ont servi de fard.
(3) Poissons de mer (Pine, 1. XXXII, ch. 1x) ; poissons thoraciques ; « Scorpions jaunes », d'après L. Barré.
(4) Dans nos pays on cite quelques cas où la piqûre de cette arachnide a amené un état adynamique assez grave avec fièvre, vomissements, tremblement et gonflement du membre blessé. Dans la zone torride, elle peut causer Ia mort. (Voy. Joyeux-LAFFuYE, Sur l'appareil venimeux et le venin du scorpion, th. Paris, 1886.)
(o) Animaux de la famille des Lézards (Bibliophile JacoB); du grec sxakabuitne, lézards.
(6) Fourmis venimeuses (Bibliophile Jacos).
(7) L'orvet (Anguis fragilis), encore appelé Serpent de verre, parce que Sa queue se rompt facilement,
Sangsues (1). Stabins.
Solifuges (2). | Sangles (6).
Sepes (3). Sepédons (7).
Stinces (4). Scolopendres (8).
Stuphes (5). Tarentoles (q).
(1) Hirudinées dont Savigny a fait un genre. Parmi les Hirudinées, les Bdelles et principalement la Bdelle du Nil, qui mesure jusqu’à 10 centimètres, peuvent être nuisibles à l’homme. On se sert en médecine de la sangsue verte et de la sangsue grise.
(2) Fourmis venimeuses qui fuient le soleil. (PzixE, L XXIX, ch. 1v.)
(3) « Le Seps ou Serpent pourrisseur est semblable au Coule-sang, excepté qu'il va droit et de l’autre costé et n’a aucune corne. Il est de couleur pasle et blafarde ou de plusieurs couleurs, comme dit Nicander. Les accidents après sa morsure sont une grande douleur, à cause du venin pourrissant, puis une cheute universelle de tout le poil du corps qu'il pourrist, et en le pourrissant amène la maladie appelée des Grecs akpds et Aevx. » (LiNociER.) Du grec o4ÿ, dont la racine oixw signifie engendrer la pourriture. Ambroise Paré nous a laissé un dessin du pourrisseur. (A. PARÉ, loc. cit, suprà, p. 768.)
(4) « Crocodiles terrestres », d'après Pline (1. VIIT, ch. xxv). Hérodote a également fait mention de « Crocodiles terrestres, semblables aux Lézards et vivant dans la région parcourue par les pâtres de la Lybie ». Ces prétendus Crocodiles sont — leur description ne permet aucun doute à cet égard — les Varans (Varani arenarii), Quant aux animaux appelés maintenant Scinques (Stinces), ils n'ont, bien qu'appartenant aussi à l'ordre des Sauriens, rien de commun avec les Varans.
(5) Serpents du genre des Sangles ; du grec stésw, resserrer.
(6) On donne toujours le nom de Sangle à la Lisse de grande taille (Coronella austriaca), qui étouffe sa proie en s’entortillant autour d'elle. .
(7) Reptiles analogues aux Seps; du grec sb, seps, et eidos, ressemblance.
(8) Grands serpents de mer. Le physétère tué par Pantagruel « se renversa ventre sus dors (dos, du latin dorsum), comme font touts poissons morts; et ainsi, renversant les poultres contre bas en mer, ressembloit au scolopendre serpent ayant cent pieds, comme l'ha descript le sage ancien Nicander ».(RABELAIS, 1. IV, ch. xxx1v.)
(9) IL a été accepté pendant des siècles que, parmi les Araignées du genre Lycose, il en était une, très commune aux environs de Tarente, la Lycose tarentule, dont la piqûre amenait une maladie singulière caractérisée par un besoin irrésistible et immense de danser (/arentismo), et dont la musique était le remède. Les airs qui guérissent les Tarentolati sont indiqués dans le traité des maladies de la peau de Samuel Hafenreffer. La morsure de la tarentule ne provoque, en réalité, que des accidents locaux de peu d'importance.
136 RABELAIS ANATOMISTE Typholopes (1). Téristales.
Tetragnaties (2). Vipères (3).
Aristote (4), Nicander, Galien, Pline, Paul d'Egine, Sérapion et divers médecins du moyen âge et même du siècle dernier ont écrit maintes lignes pour soutenir que
(1) Serpents dont le regard provoque la stupeur ou qui ont des yeux stupides; du grec tuyds, stupeur, et wd, œil.
(2) Tétragnathes, araignées dipulmonées, du grec retpa, quatre, et yv&os, mâchoire.
(3) La partie active et délétère du venin de vipère est une toxalbumine désignée sous le nom de vipérine ou d'échinidine. Elle est très dangereuse puisque M. Viaud Grand-Marais a vu la mort survenir chez un septième des individus mordus par des Vipères (chez 53 sur 370).
La durée de la gestation des Vipères est d'environ huit mois. Bien que les petits éclosent d’un œuf, ils sortent cependant vivants du sein de leur mère. Celle-ci se débarrasse à la fois de ses petits et des coquilles qu'ils ont brisées peu de temps avant de naître. Il est possible que ce soit dans cette particularité qu'il faille chercher l'étymologie du mot latin vipera dont nous avons fait vipère(de vivi, plur. de vivus, vivants, et parere, engendrer : qui engendre des petits vivants). Mais suivant Isidore, que nous serions plus disposé à croire, le terme vipera, au lieu de dériver de vivipara, dériverait de vipara, formé de vi (ablat. de vis) par violence, et parere engendrer : qui engendre par violence. Et cette étymologie trouverait son origine dans un préjugé ancien qui voulait que la femelle coupât, avant d’enfanter, la tête du mâle avec les dents et que les petits, pour venger la mort de leur père, déchirassent en naissant le sein de leur mère. (Voy. HÉRODOTE, PLINE, ELIEN, LAGUNA, IMPERAT, AMATUS, VINCENT, CAMÉRIN, etc.)
Il résulte des vers ci-dessous que Rabelais a cru aussi à cette sortie contre nature des vipereaux du ventre maternel :
« En ceste vie, dit Panurge à Grippeminaud, vous rongez et Rae tout; en l’aultre vous rongerez
Et mangerez comme vipères Les costés propres de vos mères.
Une bien jeune et toute blondelette Conceut un fils éthiopien sans père ; Puis l’enfanta sans douleur la tendrette, Quoiqu'il sortist comme faict la vipère, L'ayant rongé, en moult grand vitupère, Tout l’un des flancs. »
: (L: Vi ch, xir etre
Je n'ai pu recueillir de renseignements précis sur les Anérudutes, les Apimaos, les Alhatrabans, les Aractes, les Cychriodes, les Cesharces, les Jarraries, les Rhaganes, les Selsirs, les Stabins, les Téristales.
(4) ARISTOTE, Des Animaux, 1. VIII, ch, xxix,
la salive de l’homme à jeun est un poison mortel pour les animaux venimeux. En voici quelques-unes :
Est uli ul serpentes hominis contacta salivis Disperit ac sese mandalo conficit ipsa.
Crachez sur un serpent, sa force l’abandonne ; Il se mange lui-même, il se dévore, il meurt.
(Lucrèce, Trad, de Voltaire.)
La salive fait mourir les scolopendres marines, ainsi que les rubètes (1) et les grenouilles. (Prin&, 1. VIT, ch. n. Trad. de du Pinet.)
Salive d'homme, Tout serpent domme (2).
(LEROUX DE Lincy.)
« La salive d’un jeune homme bien sain à jeun est bonne pour les morsures des serpents et chien enragé. » (LÉMERY, art. Jomo du Dictionnaire des droques simples, t. Il ; Paris, 1783.)
Dans le Dictionnaire philosophique, Voltaire dit que deux personnes « lui ont attesté avoir vu un chirurgien tuer des serpents en les frappant légèrement avec une baguette humectée de salive » (3).
Si Lémery et Voltaire se fussent renseignés sérieusement, ils eussent su qu'au xvint siècle Redi, médecin de la cour du grand-duc de Toscane, a fait boire, pendant quinze jours de suite, de la salive humaine à des vipères sans que celles-ci en aient été aucunement incommo-
dées (4).
(1) Espèces de Grenouilles regardées à tort pendant longtemps comme venimeuses.
(2) Dompte.
(3) Pour de plus amples détails, voy. «Ie Crachat et la Salive dans les superstitions et les croyances populaires », par P. Sébillot, in Journ. l'Homme, n° 10, Paris, 1884.
(4) Si les serpents ne redoutent pas la salive humaine, ils affectionnent par contre beaucoup le lait. « J'ai, raconte frère Jean (1. IV, ch. xciv), aultrefois oui dire que le serpent entré dedans l’estomach ne faict desplaisir aulcun et soubdain retourne dehors, si par les pieds on pend le patient, lui présentant près de la bouche un poeslon plein de laictchauld. — Vous,
Il y à cependant quelques vérités générales dans la question d'Eusthenes. La glande venimeuse regorge de venin lorsque le serpent n'a-pas mordu depuis longtemps, et le venin est plus actif que dans le cas contraire. Un serpent tue plus vite un être à jeun qu'un être qui vient de manger. Pour faire périr un animal en digestion, 1l faut une dose de strychnine double de celle qu'il faut pour le faire mourir quand il est à jeun (CI. Bernard). Au dire de Brehm, de Sallé, etc., les individus qui sont sous l'influence de l'alcool ne ressentiraient même presque pas les terribles effets de la morsure des serpents. Si la salive de l'homme n'est pas toxique pour les animaux, elle l’est pour les plantes, en raison du sulfo-cyanure de potassium qu'elle contient (1).
Les amygdales, comme lunettes à un œil.
Les amygdales (du grec âuvydâin, amande) sont deux glandes en forme d'amande logées, l'une à droite, l’autre à gauche de l'entrée de la gorge, dans une excavation limitée en haut, en avant et en arrière par les piliers du voile du palais et inférieurement par la base de la langue. Elles sécrètent un liquide onctueux qui favorise le passage des aliments à travers l'isthme du gosier. Chez certains sujets, elles existent à peine; chez d’autres, au contraire, elles sont très prononcées.
dist Pantagruel, l'avez ouï dire : aussi avoient ceulx qui vous l'ont racompté. Mais tel remède ne fut onques vu ne leu. Hippocrates, lib. 5, Epid., escript le cas estre de son temps advenu : et le patient subit estre mort par spasme et convulsion. » Si prononcé que soit le goût des Ophidiens pour le lait, il est, en effet, difficile, sinon impossible, qu'un de ceux-ci, renfermé dans l'estomac, puisse forcer le sphincter musculaire qui en ferme l'entrée.
(1) Consultez : CHoupre, De l’action de la salive humaine sur la vie et la germination des plantes, Revue scientifique, n° 21, p. 584, 1888 ; et FLORAIN, Sur la Salive et les propriétes du sulfo-cyanure de potassium, Gazelle médicale de Paris, 1884, et Bull. de la Soc. des sc. méd. de Gannat, 1890.
D'après Le Duchat, « ce passage (1) et celui du livre V, chapitre xxvir, où il est dit que les Frères Fredons (2), dormants avoient bezicles au nez, ou lunettes pour le pire, fait voir dans Ménage que ce qu'on appeloit lunettes du temps
Les amygdales, comme lunelles à un œil.
de Rabelais c'étoit des lunettes à un seul verre; les bezicles d'alors étant proprement nos lunettes d’aujour-
(1) Les amygdales, comme lunettes à un œil.
(2) Les commentateurs se sont perdus en conjectures sur l'ordre des Frères Fredons. Pour plusieurs motifs qu'il est impossible d'exposer dans un court renvoi, nous croyons que ces Frères sont les Pénitents du tiers ordre de Saint-François dont la règle a subi au xv° et au xvi* siècle diverses modifications sur lesquelles les écrivains religieux ne sont pas d'accord.
Dans le vocabulaire musical du moyen âge le fredon était une note d'agrément et qui ne comptait pas. C'est pour cela et aussi parce que le silence leur était recommandé et qu'ils ne parlaient que par monosyllabes que Maître François a appelé Fredons les moines minuscules à peine dignes de figurer au milieu des glorieux Frères Mineurs, des Minimes et même des Capucins.
d'hui » (voy. Étienne PASOUIER, les Recherches de la France, 1. VIII, ch. xxx) (1).
Le Duchat a raison, et un des tableaux — le portrait de Léon X — peints au Vatican par Raphaël en fait foi. Dans ce tableau, le pape, assis devant un missel richement enluminé, tient dans la main droite une lunette (2) à un œil ressemblant absolument à une loupe emmanchée, au simple oculaire biconvexe ou lentille convergente, qui se place au-devant de l'œil pour donner des images amplifiées des petits objets dont les détails échappent à la vue. Le mot besicle ne vient pas, comme on le croit communément, du latin bis oculi (deux yeux), mais bien de l’ancien mot français béricle (écrit quelquefois bérilet aussi bézicle), qui désignait le cristal dont on faisait autrefois les verres de lunettes; plus tard on donna ce nom au verre artificiel qui remplaça le cristal, et enfin, par extension, aux lunettes à deux oculaires assemblés, l’un à côté de l’autre, dans la même enchâssure. On appelle encore béryl une sorte d'émeraude (bE LABORDE, Notice sur les émaux du Louvre. Glossaire) (3).
Bacon, après l’Arabe Alhazen-Ben-Alhezen, a parlé des lentilles à verres convexes comme moyens d'aider les gens
(1) « Les bezicles sont pour les deux yeux ensemble et les luneftes pour un seul œil, » a dit encore ailleurs Le Duchat (t. II de son Rabelais, p. 206 en note).
(2) « Lunelle, verre taillé ressemblant à une petite lune, » dit Ménage. « Un verre sphérique convexe, composé de segments d’une petite sphère, grossit les objets qu'on regarde à travers, de sorte qu’on peut remarquer distinctement leurs petites parties ; c’est pour cela qu'on donne à ce verre le.nom de loupes, » lit-on, d'autre part, dans l’Essai de physique de Pierre de van Musschenbroeck (t. II, p. 594, trad. de Pierre Massuet; Paris, 1739). Les mots lunette et loupe n'indiquent donc que la forme donnée à la matière employée pour les instruments d'optique en question, de même que le mot besicle n'indique que la matière dont ils ont été primitivement formés.
(3) Il y a en latin un substantif beryllus qui veut dire à la fois cristal et lunettes. D'où le verbe beryllare, briller.
Beryllus a formé le diminutif beryculus, beryc'lus, d'où est sorti le mot berycles, bericles et enfin besicles par le changement si fréquent der en s.
à vue faible ou âgés dans la lecture des manuscrits. C'est «à grand renfort de besicles practiquant Part dont on peult lire lettres non apparentes » que Rabelais est parvenu à déchiffrer la généalogie de Gargantua.
Conclusion : lamygdale, encastrée dans les piliers du voile du palais, comme la lentille biconvexe, autrement dit en forme d'amande, sertie dans la monture métallique de la lunette à un œil. (Pour de plus amples détails, voy. Appareil génital : La génilure, comme un cent de clous à latte.)
Le foye, comme une besaguëé.
Le fote est un organe glanduleux, situé dans la partie droite du ventre, au-dessus de l'estomac, et qui sécrète la bile et le sucre (1). Il représente un segment d’ovoïde, obli-
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Le foye, comme une besiquë.
quement coupé suivant la longueur et plus épais à son extrémité droite qu'a son extrémité gauche recourbée et terminée par une languette tranchante. Du milieu de sa face inférieure, légèrement concave, émerge un gros tronc vasculo-nerveux appelé pédicule du foie, formé par l'accolement de nombreux vaisseaux et nerfs et des canaux
(1) C’est le sucre sécrété en trop RUES quantité qu'on retrouve dans l'urine des diabétiques.
biliaires. Le foie est composé de trois lobes, dont le plus petit est dénommé « tierce lobe » par Maître François.
Un des Tures qui martyrisaient Panurge succomba à une blessure causée par une broche qui « lui perça le tierce lobe du foye, le diaphragme et, par à travers la capsule du cœur, lui sortit par le haut des espaules, entre les spondyles et l'omoplate senestre (1) ».
Besaguë, bisaiguë, variété de fauchard, hache à deux tranchants (du latin bis, deux fois, et aculus, aigu ; aigu à ses deux extrémités). Le petit fauchard à manche court des piétons (2), ainsi qu'on peut en Juger, ressemble au foie représenté dans les Œuvres d'Ambroise Paré.
Le fiel, comme une doloire.
Le fiel, la vésicule biliaire. Les bouchers et les ménasères disent encore le fiel du bœuf, le fiel du poulet pour désigner la vésicule qui renferme la bile. Le « tant docte et gentil médecin chinonois » a appelé dans sa première thèse de Hcence (Voy. Physiologie de l'appareil digestif) ce réservoir qui est enclavé dans une fossette de la face inférieure du foie, la bouteille du fiel.
Doloire, sorte de hachereau emmanché à angle droit dont les tonneliers se servent pour dresser les douelles ou douves des tonneaux..Au xrr° siècle, la doloire est devenue plus recourbée du côté du tranchant et plus légère par suite de la suppression du renfort court postérieur pouvant servir de marteau qu'elle a eu d’abord.
La comparaison de Rabelais est préférable à celle indi-
(1) Gauche.
(2) IT existe au musée de Munich (collection du roi de Suède; Charles XV) une hache d'armes allemande du xv° siècle, à longue hampe, pour homme de pied, et au musée d'artillerie de Paris (K. 95) une hache d'armes russe également à longue hampe pour homme de pied, dite bar-diche, dont le fer ressemble à celui du petit fauchard à manche court, (A. Demi, loc, cit, suprà, pp. 460 et 461.)
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quée dans les traités classiques. On en sera convaineu si l'on regarde les deux dessins mis ici en parallèle et dont l'un est extrait d’un travail sur la vésicule biliaire qu'a publié en juillet 1891, dans les Bulletins de la Société anatomique, M. Hartmann, prosecteur à la Faculté de médecine de Paris,
Le fiel, comme une doloire.
et dont l’autre est la copie d'une doloire que porte suspendue à sa ceinture un ouvrier charpentier figurant dans un vitrail du xui° siècle de la cathédrale de Bourges.
La ratelle, comme un courcaillet.
La ratelle, la rate, est une glande vasculo-sanguine, 1rrégulièrement arrondie, noirâtre, sur certains points, bleuâtre ou violacée sur d’autres, située à gauche de l'estomac. Elle crie sous le doigt qui la presse en faisant éprouver une sensation de craquement semblable à celle qui est connue en minéralogie sous le nom de « eri de Pétain ».
En voyant un grand cétacé inonder d’eau le navire de Her Trippa, « Panurge entra en joye tant excessive, et tant
RABELAIS ANATOMISTE exerçea sa ratelle qu'il en eut la colique plus de deux heures » (1).
Courcaillet (>), appeau pour attirer les cailles. C'est une poche de cuir munie d’un sifflet, qui imite le cri des cailles
quand on la serre entre les doigts. On fait aujourd'hui des
La ralelle, comme un courcaillet.
courcaillets de diverses formes. Un chasseur de mes amis en possède un en cuir noir, rond, un peu allongé, qui a par conséquent l'aspect de la rate. Un courcaillet analogue existait-il au xvit siècle? Cela n’est pas absolument impossible (3). | A
Je prends la simple caille, entr'imMant son chant. (Philippe DEsporTes, 1544-1606.)
(1) Corneille Agrippa, qui avait prédit à Panurge le malheur de son mariage avec une persistance outrageusement désobligeante. Descartes a dit: «que la rate sécrétait deux espèces de sang : un fluide ténu qui était la cause de la joie, un autre plus tenace qui était la cause de la tristesse ; et selon que la rate envoyait au cœur une quantité plus grande de l’un ou de l’autre de ces deux sangs, on était gai ou triste. C'était sur le prétendu dégorgement de la rate du sang grossier qui la remplit dans la tristesse qu'était fondée cette locution vulgaire : s'épanouir, se désopiler la rate. » (AbELON.) L'opération inverse a donné lieu à cette autre locution: s’échauffer la rate. Les fonctions de la rate ne sont pas encore connues.
(2) Mot fait par onomatopée : kourkä-ié, cri des cailles.
(3) Certains objets usuels n'ont subi depuis cette époque que des modifications insignifiantes, par exemple : la cognée, le compas d'épaisseur, la truelle, etc.
Le siphac, comme un brassal.
Le siphac, le péritoine (1}. C’est une membrane transparente qui revêt la face interne des parois de l'abdomen et les viscères qui y sont contenus. Dans son traité De Medendis morbis, Leonellus Faventinus a défini le «siphac panniculus nervosus continens inter Se zirbum (2), stomachum et hepar. Le siphac est un pannicule nerveux enveloppant l'épiploon, l'estomac et le foie. »
Maître François eût pu aussi bien dire péritoine. On lit, en effet, dans le chapitre xvu du livre V : « L'hoste de Rouillac finoit (3) ses Jours en crevant, plus ne povant le péritoine et peau clore et retenir ses trippes, qu'elles n'enfondrassent (4) par dehors, comme d’un tonneau défoncé. »
Brassal, brassard. I. Instrument de bois, sorte de manchon, dans lequel Le joueur de ballon enfonce le bras jusqu'au coude et qu'il tient en saisissant une forte cheville qui en traverse obliquement l'intérieur. |
Il. Garniture en cuir dont on se couvre le bras pour jouer au ballon. |
III. Corbeille d'osier fort allongée que les joueurs de ballon attachent à leur bras droit pour donner plus d’impulsion au projectile. Dans le livre IT de l’AÆistotre macaronique de Folengo, je relève les deux phrases suivantes : « Balde assez par force se met de la partie. On lui donne un brassart, il l’accommode à son bras droit et sur sa main; 11 se présente à Jouer. »
IV. Parties de l’armure qui protégeaient le bras et souvent aussi l’avant-bras.