‹ Rabelais [electronic resource]Chapitre 5 sur 35 · POÉSIE D ÉTIENNE DOLET · texte numérisé non relu

POÉSIE D ÉTIENNE DOLET

Rabelais, cxi)lici«anL la slrucUirc du corps humain.

Par le Slyx cl l'Orcus, la Forluiic ennemie

Avait juré dans sa fureur De combiner pour moi le plus complet malheur

La plus extrême ignominie.

Tandis que tout entier à cela s'étudie

L'ellort de son cruel génie, Comme à plaisir sa haine est enfin assouvie. Un même instant me voit emprisonné, Devant le juge traîné, Et déjà, miséricorde !

Pendant au bout d'une corde !

Mais que ne peuvent les destins ?

Quand de cette manière infâme En un moment j'eus rendu l'âme.

Dans un temps aussi court j'obtins Ce que pas un ne se permettrait même De demander au Dieu suprême :

On me dissèque en grand spectacle ! Un médecin, Des plus doctes, démontre avec quel art divin

Le sage Auteur de la Nature Du corps de l'homme a su disposer la structure Dans l'ordre le plus merveilleux. Formant cercle, un public nombreux.

Une fois disséqué, l'admire.

Ce beau corps, si parfait, qu'on vient de lui décrire. Qu'aurait donc la Fortune à faire alors de mieux Que de voler, grinçant des dents, en frénésie, ' Droit au lac desserré, pour mettre fin d'un coup

A sa haine comme à sa vie.

Et n'avoir plus le cœur déchiré par l'envie ?

Car, pour moi, je suis, après tout.

Comblé d'honneurs; en plein dans la gloire je nage,

Moi que ce monstre sauvage Crut donner en pâture aux noirs corbeaux rôdeurs. Comme en jouet aux vents. Le Sort enrage, enrage Moi, je nage dans les honneurs!

iG

En i534 cl en lô^G, Rabelais quiLla Lyon ]jour aller deux fois à Rome, séjourna ensuite quelque temiis à Paris et revint cnlin conquérir ses derniers grades universitaires h Montpellier.

Les cours publics terminés, les bacheliers avaient le droit de se présenter aux quatre examens per inlenlionem adipiscendi licenliam. Il fallait (i) soutenir quatre thèses successivement, de deux en deux jours, sur un sujet donné la veille, et chacune de ces épreuves durait au moins une heure. Au bout de huit jours, on soutenait deux autres thèses appelées points rigoureux . Le premier point roulait sur une maladie et le second sur un aphorisme d'Hippocrate, tirés au sort vingt-quatre heures seulement avant la soutenance. En conséquence, le postulanty^f^'Haif dans deux livres, dans Tun chez le chancelier, dans l'autre chez le doyen. Cet acte durait de midi à quatre heures à la chapelle Saint-Michel de l'église Notre-Dame-des-Tables. Une fois admis, le candidat allait au palais épiscopal, dans la huitaine, recevoir la licence des mains de l'évôque ou de son vicaire général, en présence de deux professeurs délégués par la Faculté.

Le père de Gargantua a passé ces examens. Lui-même a pris soin de nous apprendre que sa première thèse de licence a porté sur un sujet de physiologie dont le chapitre iv du livre III, « à la louange des presteurs et debteurs, » est un résumé succinct. « Et pensoys véritablement, a-t-il noté, en debtes consister la montaigne de vertu héroïque, descripte par Hésiode (2), en

(1) Germain, la Renaissance à Montpellier, Mém. de la Soc. avchéol. de Monlpellier, 1871.

(2) Elle habile au sommet d'un roc inaccessible, Elle est de nos sueurs le fruit lent et pénible.

(MûsiODE, les Travaux et les Jours.)

(< Lycinus. — .Te crois doncquo' vous n'(Mes pas éloigné du bonheur auquel vous aspirez, si vous n'en jouisse/ pas déjà.

« Hcrrnotine — Eh ! mon cher, je ne fais qu'entrevoir la roule. La vertu,

laquelle je Iciiois degré preniiei' de ma licence (1) ».

On n'a pas trouvé, il est vrai, l'aclc de licence dans les registres de la Faculté, mais cette absence tient évidemment à ce que les thèses de licence étaient, comme nous venons de le dire, soutenues ordinairement dans une église et le titre de licencié conféré au domicile du prélat. La mention de paiement des droits de cet acte est consignée en ces termes à la suite du Registre des Matricules, i5o2-i56i, f" 38/,, v" :

A Licentianclis : Magistro Francisco Rabelesio, libr. IV VII den.

Ce document important, que nous reproduisons, a été découvert par M. Germain, professeur et doyen de la Faculté des Lettres de Montpellier, correspondant de l'Institut.

Die tercia aprilis anni millesimi qiiincjentesimi frigesimi septimi, quum, de concensu reverendorum magistrommJohannisFalconis decani, Slephani Coraaldi, Pelri Laurenlii, Leonis Ileremite, Dijonisii Pontanonis, Anlhonii Gri/fy, permagislrum reverendum Johannem Schironium hic liber matricide fuit traditiis prefato magistro Gilberlo Griffy cancellario, cum honore recipiendi pro eodem domino Schironio omnia emolamenta exigi solita, tam per procuratores magistrorum, quam scolarium, a matricuiandis, baccalaureandis, cursantibus pro licenlia, donec ad complementum solulionis peciiniarum per eumdem dominum Schironium expositarum in proseculione confirmalionis privilegiorum apud aulam regiam, pro interinatione declarationis per dominum nostrum regem concesse, eo procurante in curiasuprema dominorum generalium, tam contra procuratorem patrie lingue Occitane, quam contra consules Montispessuli, recepit prefatus magister Gilbertus Griffy summas subscriptas.

Primo a matriculandis, pro jure solito exegi , PER procuratores doctorum :

A magistro Stéphane Barrau, libr. I.

A magistro Claudio Piquiro, libr. I.

scion Hésiode, habite loin de nons, sur un roc élevé. La voie qui nous y conduit, est, lon<?uc, dilTicile, escarpée; on n'arrive qu'après beaucoup de sueurs et de travaux. » (Lucien, Ilermoline.) (i) L. III, ch. III.

^1 inagislro Anlhonio Ainela, libr. 1.

A magislro Pelro Villefranche, libr. I.

A mcujislro Gilberlo Heroardo, libr. 1.

xi macjistro Adam Malipili, libr. 1, elc. elc. de.

A LiGENTIANDIS :

Magistro Francisco Rabelesio, libr. IV VII dcn.

A CUHSANTIBUS :

A Matriculandis, pro jure scolarium :

A magistro Stephano Barrau, libr. II.

A maqistro Claudio Picherio, ) r, .. ,

. ,,■.,■{ Recepit prociirator.

A magislro Antlionio Ameti, \

A magistro Pelro Villefranche, libr. II.

A magislro Gilberlo Ileorardo, libr. II.

A magistro Adamo Malipili, libr. II, elc. elc. elc.

{Registre des Matricules, i5o2-i56i, fol. 384 v". )

Cette date du 3 avril iSSy ne fixe nullement, remarquons-le, le jour où Maître François fut reçu licencié. Cette réception remonte à une époque beaucoup plus éloignée, puisque notre compatriote se qualifie implicitement de docteur dans sa supplique au pape Paul III et que ce pape lui attribue aussi ce titre dans son induit du 17 janvier i536 (1).

Eoque tempore Facullati Medicinœ diligenler operam dédit, et in ea gradus ad hoc requisitos suscepit, publiée pro fessus est et arlem huius modi praticando pluries exerçait^ etc., elc. (Rabelais.)

Ac intérim litleris inFacultate Medicinœ diligenler operam dedisti, et in ea ad Bachalarialus, Licenlialive et Docloralus gradus promotus, nec non arlem medicinœ publiée professas fuisli et exercuisli. » (Paul III.)

(1) Voy. Anal, chirurfjicale et A. Le Roy, Floreltim philosophiciim, feuille ry, r" et v», el ieuille g, iij, v»<

INTRODUCTION If)

En dépit de la rubrique d'usage A Licenliandis, nous croyons donc que Rabelais solda seulement à son retour de Rome, pour pouvoir être proclamé docteur, les frais de sa licence et que sa promotion au doctorat ne fut qu'une cérémonie en son honneur.

Quoi qu'il en soit, le 22 mai iSOy, le savant tourangeau, coilTé du bonnet noir à houppe cramoisie (1), dénonçait, sur le Cahier des actes de l'Université, son entrée officielle dans le corps médical par les lignes ci-jointes:

Ego Franciscus Rabelœsiis, diocesis Turonensis, suscepi graduni doctoralus, sub D. Antonio Grypliio in prœclara medicinœ facultale, die vigesinia secunda mensis inaii, cinno Domini millesimo quingentesimo Irigesimo septirno. RABEL/ESUS.

Rabelais demeura une partie de l'année iSSy et de l'année i538 à Montpellier. Une note du registre des matricules (i5o2-i56i, fol. 382, v", et fol. 383, r*^) constate que le procureur en charge reçut de Schyron, professeur, « un écu d'or » pour l'honoraire de l'anatomie que Rabelais ava4t interprétée. C'est la dernière fois que le nom de l'illustre Chinohais figure sur les registres de la Faculté.

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