‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 1 sur 157 · LIVRE III. — LE MARIAGE DE PÀNUEGE · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LE MARIAGE DE PÀNUEGE

dons de Panurge, et n'en garderons que ce qu'elles ont de plus caractéristique et de plus piquant

Panurge, une fois débarrassé de ses dettes, se présente un jour devant Pantagruel, la puce à l'oreille, les lunettes sur le bonnet, et revêtu d'une grande robe arménienne. Disons d'abord que ce costume, qui nous semble étrange, Tétait moins alors qu'il ne le serait maintenant. Les courtisans portaient généralement une bague à Tune ou l'autre oreille, à la manière des Hébreux d'autrefois. L'originalité de Panurge, c'était d'y avoir fait enchâsser une puce pour faire un mauvais jeu de mots. Les lunettes au bonnet n'étaient pas non plus une chose inouie ; les personnages sérieux et occupés portaient souvent des appendices de ce genre quand même ils n'en avaient aucun besoin. Quant à la toge arménienne, Panurge explique qu'étant décidé à la paix à tout prix, il renonce aux armes de guerre, c'est-à-dire à tout ce qui ressemble à des chausses ou pantalons, les pantalons étant, suivant lui, l'arme de guerre par excellence.

Il songe à se marier et demande l'avis de Pantagruel.

«— Mariez-vous, lui dit Pantagruel, si vous en avez envie.

— Mais si vous croyez qu'il est mieux pour moi de rester comme je suis, j'aimerais mieux ne me marier point.

— Point donc ne vous mariez.

— Voire mais, vous savez qu'il est écrit: Va soli, malheur à qui vit seul. L'homme seul n'a jamais cette gaieté, cette joie qu'on voit éclater entre les gens mariés.

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