‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 3 sur 157 · LIVRE III. — I. LE MARIAGE DE PANTJRGE · texte numérisé non relu

LIVRE III. — I. LE MARIAGE DE PANTJRGE

ges, il y en a de déplorables. Consultons, si vous le voulez, les sorts virgiliaaes et homériques.» Ce genre de divination consiste à ouvrir trois fois au hasard les Œuvres de Virgile ou d'Homère et à prendre pour réponse les premiers vers qui frappent les yeux. On emploie encore quelquefois la Bible ou V Imitation à cet usage.

Pantagruel cite des prophéties de ce genre qui se sont réalisées. Alexandre Sévère, par exemple, un jour qu'il consultait l'Enéide, l'ouvrit à ce vers :

Ta regere imperio populos, Romane, mémento. [C'est à toi que revient de commander aux peuples, Romain, souviens-t'en bien.]

Quelques années après il fut élu empereur.

Claude' II voulut savoir ce qui adviendrait à Bon frère, son Virgile lui répondit :

Ostendunt terris hune tantum fata.

[Les Destins ne feront que le montrer au monde.]

Il fut tué dix-sept jours plus tard.

Pierre Amy, cordelier et ami de Rabelais, consulta Virgile pour savoir ce qu'il devait faire après la perquisition opérée chez lui et Rabelais ; il tomba sur le vers suivant :

Heu fuge, crudeles terras, fuge littus avarum ! [Fuis ce rivage avare et ces terres cruelles !]

Il suivit le conseil du livre et se tira heureusement d'affaire.

Panurge s l'idée de consulter à la fois les dés et Virgile, c'est-à-dire de faire désigner par les dés le vers qu'il faudra choisir. Pantagruel n'est pas de cet avis ; il condamne tous les jeux de hasard, qui ne servent le plus souvent qu'à engloutir des fortunes.

LÎB SONGES. 7

Panurge persiste, il a toujours des dés dans sa poche, il les jette; ils donnent 5, 6, 5, total 16. On prendra le seizième vers de Virgile à l'ouverture du lànre.

On tombe sur la IV6 Eglogue, vers 63.

Nec Deus hune mensa, dea nec dignata cubili est. [Le Dieu ne daigna pas présider à sa table ni la déesse k son lit.]

Un second essai donna:

Membra quatit, gelidasqne coit formidine sanguis. [Il lai brise les membres et son sang se glace de terreur.]

A la troisième épreuve on trouve:

Femineo prad» et spoliornm ardebat amore. [Il brûlait d'un amour tout féminin pour le butin et les dépouilles.]

Ces vers sont largement commentés avec accompagnement de traits mythologiques, historiques, de contes et de raisonnements plus ou moins piquants, mais d'où il est impossible de tirer une conclusion. Pantagruel propose de recourir à la divination par les songes. Pantagruel, qui, dans cette seconde partie de l'ouvrage, manifeste parfois des tendances mystiques, croit que les songes pourraient bien nous présager l'avenir. Il fait à ce propos la théorie qui a été renouvelée de nos jours par les magnétiseurs et les spirites:

Lorsque les enfants bien nfcttoyés, bien repus et allaités donnent profondément, les nourrices vont s'ébattre en liberté, comme autorisées à faire ce qu'elles- voudront, car leur présence autour du berceau leur semble inutile. Il en est de même de l'âme lorsque le corps est endormi et que

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