‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 72 sur 157 · INSTRUCTIONS DE LÀ PRÊTRESSE · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DE LÀ PRÊTRESSE

mot de la Dive Bouteille ? — Moi, dit Panurge. — La prétresse l'affubla de divers ornements, et lui fit accomplir diverses cérémonies, qui sont des parodies de celles qu on imposait aux aspirants désireux de se faire initier aux mystères. Ces parodies sont plaisantes quelquefois: il était difficile d'être sérieux avec Panurge. Puis la prétresse le mena auprès de la Dîve Bouteille, qui était une sorte d'amphore placée dans une fontaine hexagone, remplie d'eau cristalline; elle lui fit faire une prière, puis la prière achevée, elle jeta dans la fontaine une substance qui la fit immédiatement bouillir. Elle dit ensuite à Panurge d'écouter, c Panurge escoutoit d'une oreille en silence; Bacbue se tenoit près de luy agenouillée, quand de la sacrée Bouteille issit un bruif tel qu'en fait une pluie soudainement tombée. Lors fut ouy le mot TrincK • «Elle est rompue ou fêlée !> s'écria PaDurge.

Mais Bacbuc se leva, prit Panurge sous le bras et lui dit : « Amy, rendez grâce es eieux. Vous avez eu promptement le mot de la Dive Bouteille, et le mot le plus joyeux, la plus divin que d'elle j'aie encore entendu depuis le temps qu'icy je ministre à son très sacré oracle. Levez-vous , allons au chapitre, en la glose duquel est ce beau mot interprété.— Allons, dit Panurge; de par Dieu, je suis aussi sage qu'an tan. >

Le lecteur peut d'abord croire comme Panurge i une déception: *

«Buvez, a dit la Dive Bouteille. Amusez-vous, il n'y a de vrai que le plaisir , de bon que la santé. >

C'est le mot de l'épiouréisme. C'est aussi celui de l'Ecclésiaste:

Manges votre pain avec joie, bavez votre vin avec allégresse. Jouissez de la vie avec la femme que vous aimez pendant tous les jours de votre vie passagère. Faites promptement tout ce que vous pouvez faire, il n'y aura plus ni œuvre, ni raison, ni sagesse, ni science dans le tombeau où vous courez (IX, 9).

L'auteur de l'Ecclésiaste nous raconte aussi les expériences qu'il a laites avant. d'eu arriver à cette conclusion. Mais est-ce là celle de Rabelais ? Cette longue pérégrination qu'il nous a fait faire, cette énigme dont noua cherchons la solution depuis si longtemps , aurait-elle pour but le doute ? Poursuivons, nous serons bientôt édifiés là-dessus.

L'oracle rendu , la prêtresse fait boire à tous d'un v» qui les met en fureur poétique. Chacun deux improvise de soif mieux , mais pas assez heureusement pour que nous croyions utile de citer leurs vers» La prétresse leur donne ensuite trois flacons remplis d'une eau mystérieuse et leur fait des recommandations quelque peu énigmatiques, mais dont le sens général est: Travaillez, cherchez, étudiez, instruisez-vous. En vous appuyant sur le travail de vos prédécesseurs, vous irez plus loin qu'eux. Chaque siècle apporte une science nouvelle La vérité est fille du temps* Mais en cherchant la vérité, ne vous isolez pas, aimezvous les uns les autres. Pour «parfaire le chemin de la cognoissance et de la sapiençe», il faut, «tous philosophe* et sages antiques l'ont reconnu, guide Me Dieu et compagnie d'homme». Partez «en protection de cestè sphère intellectuelle, de laquelle en tous lieux est le centre, et n'a en lieu aucun circonférence, et venus en voetre monde portez témoignage» de ce que vous avez appris ici.

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