ŒUVRES DIVERSES DE BABELAI
De rAulnaye, Tun des plas ingénient éditeurs de Babelais, appelle le Disciple «la plus misérable, la plus bête, la plus plate production» que puisse enfan^ ter l'esprit humain. Jacques -Charles Brunet est aussi d'avis que Rabelais n'a pu se rendre, en 1537 ou 1538, coupable de cette «plate facétie.»
Voici le chapitre le plus piquant et le plus spirituel du* volume :
Comme (le géant Brînguenarilles) estait ung jour au bort de la mer, près d'un moulin à vent, auquel il y avait un gros mas* tin de chien, lequel ne cessait d'abbayer après le dict Bringuenarilles ; parquoy il ne pouvoit reposer nuict ni jour, dont il fut si fort despité que, par fureur et ire, il ouvrit la bouche si grande qu'il dégloutit et avalla le dict moulin tout entier, sans rompre ny casser aulcune chose, avecq le musnier et son chien tout en vie, tant avoit la bouche grande et fendue, parqnoy vous pouvez tous croire qu'il eust bien avaUé ung noyau de cerise tout entier.
Et pource qu'il avoit les narines proportîonneez à la bouche, et que le vent donnoit dedans, ledict moulin mouloit et toumoit en son estomach, comme s'il eust esté en pleins champs. Toutefois il print bien audict meusnier de ce qu'il avoit encore force sa^z pleins de blé, parquoi il laissa tousjours muldre et tourner le dict moulin. Ce nonobstant, quand il n'eut plus que mouldre, le feu se print es meules, et brusla ledict moulin dedans le ventre dudict Bringuenarilles ; parqiioy 11 tumba en fiebvre continue, tant à cause du feu que du claquet d'icelluy moulin. Il mourut le jour mesme qu'il trespassa; toutefois ledict musnier et son chien se saulverent par les narrines, qui demeurèrent ouvertes, et pourcQ que l'asne du musnier rompit son licol, il s^n courut à tous les diables après son maistre à travers champs, et vous après.
Cette plaisanterie «et vous après», qui a pour but d'associer le lecteur aux mésaventures d*un personnage, reparaît à chaque instant datfs le Disciple de Pantagruel, On ne la trouve jamais dans les ouvrages authentiques de Babelais.
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LE mSCU'LE DE PÀNTAGBUEL.
Dans le IV' livre, Rabelais nous parle aussi de Bringuenarilles, grand avaleur de moulins à vent, mais il le fait mourir d'une façon moins extraordinaire. /