‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 71 sur 104 · II · texte numérisé non relu

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Les premiers chapitres nous ramènent au Gargantua géant, qui a mangé les pèlerins en salade et arrosé les Parisiens, c'est-à-dire au Gargantua de la (Jhronique^ lequel n'a guère de commun que le nom avec l'élève de Ponocrates, l'auteur de la «concion> auxvaincus^ le fondateur de l'abbaye de Thélème.

Ici cepeàdant le récit se sépare de la Chronique en un point, Grandgousier n'a pas été forgé par Merlin ; il a un père et des ancêtres , en noble personnage qu'il est. Ce père, c'est le héros populaire Vit-de-Grâin, le mangeur de blé, cousin germain de Casse-Croûte et de Brise- Mie. Quant à sa généalogie, elle est parodiée de celle que nous offrent les Evangiles de St-Matthieu et de St-Luc — que Rabelais rappelle — mais la parodie est bienveillante et de pure galté ; pour la juger équitablement, il faut oublier les plaisanteries de Voltaire* Rabelais s'amuse à donner à son héros une série d'ancêtres plus ou moins gtotesques, et, en faisant cette énumération, il emploie des formes, des tournures de phrases connues, de manière à nous faire penser à deux choses

312 LIVRE II. PANTAGRUEL, -r- I. SA JEUNESSE.

à la fois ; mais le comique est pour lui uniquement dans la série qu'il fait passer devant nos yeux et rien n^en rejaillit sur les passages de FScriture qu'il rappelle de loin. Il n'est pas toujours aussi inno* cent.

Cette généalogie remonte aux premiers jours da monde. Peu de temps après la mort d'Abel, survint une année qu'on appelle Tannée des grosses nèfles — Babelais dit mesles ; c'est le nom vulgaire de ce fruit en Normandie, en latin mespylus, — Trois de ces fruits suffisaient pour remplir un boisseau. Cette année-là il y eut des calendes grecques, le mois de mars faillit en carême, la mi- août tomba en mai, et c'est en septembre ou en octobre, — il y a doute à ce sujet, — qu'arriva la fameuse semaine des trois jeudis. Ces nèfles étaient fort appétissantes et l'on s'en régala, mais il en fut comn^e pour Noé lorsqu!il mangea trop abondamment du fruit de la vigne, les mangeurs de nèfles eurent à se repentir de leur gourmandise : ils se mirent tous à enfler prodigieusement, mais pas tous de la même manière; les uns, eMèrent par le ventre, et c'est d'eux que procèdent St Pansard et St Mardigras ; les autres enflèrent par les épaules, d'où la race des bossus dont descendait Esope le fabuliste; d'autres croissaient par le nez, d'où la famille du poète Ovide, sur* nommé Naso; d'autres par les oreilles, de là les oreilles proverbiales des Bourbonnais ; d'autres enfin croissaient par tout le corps, de là les géants ancêtres de Grandgousier et de Pantagruel.

Le premier fut Charibroth, puis vinrent successivement Sarabroth, Faribroth, Hurtaly, qui échappa au déluge parce qu'il resta à cheval sur Tarcàe.;

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