‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 134 sur 147 · LES CONQUÊTES ET LA COLONISATION · texte numérisé non relu

LES CONQUÊTES ET LA COLONISATION

triomphants avec Thrasybule furent indulgents et généreux ; toute réaction fut défendue, et l'oubli, ordonné par une loi. Celui qui agit autrement s'expose non-seulement à perdre ce qu'il a acquis, mais à faire croire à tous qu'il a acquis ce qu'il possède fcans droit et injustement. Celui qui est fort de sou droit est indulgent. Quant aux biens injustement obtenus, vous savez ce que dit le proverbe ; De bien mal acquis, le tiers hoir ne jouira.

L'auteur oppose ensuite la conduite de Pantagruel à celle de Charlemagne. Le grand empereur eut aussi l'idée de transporter des peuples d'un pays dans un autre; mais il s'y prit mal, il transporta des Saxons dans les Pays-Bas et des habitants des Pays-Bas dans la Saxe. Qu'arriva-t-il? Les Saxons ne Taimèrent pas davantage pour être plus rapprochés de lui , mais les Flamands le haïrent parce qu'il les avait éloignés de leur pays, de sorte qu'on a pu dire qu'il avait fait d'un diable, deux. Pourquoi en fut-il ainsi? parce qu'il employa la violence et l'oppression. Pantagruel au contraire s'adressa à la persuasion; il ne transporta que ceux qui le voulurent bien, ils les établit dans un pays où ils étaient demandés, et, contrairement à ce qu'avait fait Charlemagne, d'un ange il en fit deux.

Ces conseils sur la guerre et les conquêtes peuvent nous sembler des lieux communs. Tout le monde admet aujourd'hui ces principes en théorie , quoiqu'on s'en tienne très loin dans la pratique. Au seizième siècle, tout cela était non seulement neuf, mais hardi. Au siècle suivant, le Télémaque fut blâmé par Louis XIV pour avoir développé ces mômes idées.

436 ni. PANTAGRUEL. — TROFITS DE LA CONQCÉTE.

A ce chapitre un peu sérieux vont succéder les actes et surtout les discours de Panurge, car, dans le troisième livre, on parle beaucoup plus qu'on n'agit. Nous trouvons, dès le début, Panurge en possession de cette même chûtellenie de Salmigondin en Dipsodie que, dans le livre précédent, Pantagruel a donnée à Kabelais lui-même. Ptabelais ne nous dit pas comment la transmission s'est opérée, mais il aurait trop à faire s'il tenait à nous expliquer comment une foule de choses qu'il nous a prédites dans le second livre ne se font pas dans les suivants, ou se font tout autrement qu'il ne l'avait annoncé.

Salmigondin rapportait par an à son propriétaire 6,789,106,789 royaux, revenu certain, sans compter le produit des hannetons et caquerolles (escargots) — qui était bon an, mal an, de 2,435,769 moutons à la grand laine. Quelquefois cette somme s'élevait jusqu'à 1,234,554,321 seraphs, quand il y avait bonne année de caquerolles et hannetons, mais cela n'arrivait pas tous les ans. — Le royal était une monnaie d'or du temps de Philippe-lc-Bel ; le mouton à la grand laine , une monnaie d'or du temps de St Louis, et le seraph une monnaie orientale. Il était fort indifférent à Rabelais, et^il nous est très indifférent à nous-mêmes, de^ savoir la valeur précise de cette somme ; Rabelais a seulement voulu dire que Panurge se trouvait très riche, et il l'a fait avec cette précision dans l'absurde qui lui est habituelle.

Eh bien, le nouveau châtelain gouverna si bien et si prudemment qu'en moins de quatorze jours , il dilapida le revenu certain et incertain de sa châtcl-

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