‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 37 sur 147 · SON SÉJOUR A LIGUGÉ · texte numérisé non relu

SON SÉJOUR A LIGUGÉ

goût à la botanique ? Ce S'-rait un nouveau rapport entre les occupations de Rabelais à Ligugé et celles de J.-J. Rousseau aux Charmettes- Ce qu'il y a de certain, c'est que cette étude les captiva tous deux. Rabelais eu parle à plusieurs reprises dans son roman. Là il aim'j à nous représenter Gargantua herborisant avec son professeur Ponocrate et son valet Rhizotome [coupe-racines]. «Passans par quelques prés ou autres lieux herbus, visitoient les arbres et plantes et en emi)Ortoient les mains pleines au logis» (livre T"", chap. XXI II). Plus loin il nous entretient de la culture des plantes et de leurs ennemis naturels:

Le lin a pour ennemis les teignes (insectes) et les cuscutes, plantes parasites à longs filaments rouges qu'on appelle en quelques pays las cheveux de St-Jean, parce qu'elles apparaissent vers l'époque de la St-Jean.

Le froment a pour ennemi l'ivraie, autre céréale, l'orge a pour ennemi Vœgilops, ou œil de chèvre, graminée qui lui ressemble. Les lentilles ont pour ennemie la sccitridaca ou coronille; les pois sont souvent rongés par l'orobanche, qui croît sur les racines et sort de terre sous forme d'une tige roussâtre et feuillue. Dans les prairies il faut éviter les prêles ou queues de chevai. On ne doit pas planter les choux au pied des vignes ; ces deux végétaux se nui^ent mutuellement.

Le nénuphar et le nymphoa, qui ornent les étangs de leu'S belles fleurs jaunes ou blanches, ont des vertus réfiigérentes; Taconit empoisonne les léo})ards et les loups, de là le nom vulgaire de tue-chien, donné à cette plante élégante et pittoresq-e ; l'ombre des ifs est funeste à ceux qui dorm^ ut dessous.

58 BIOGRAPHIE DE BABELAIS.

Dans un autre chapitre (liv. III, chap. L. Rabelais discute en forme sur l'origine des noms des plantes. .Le botaniste de Candolle a fait remarquer que Rabelais est le premier qui ait traité ce sujet, comme il est \?. premier qui ait f)urni le modèle de la description exacte et minutieuse d'un végétal, dans les chapitres sur le <pantagruélion>, qui n'est autre que le chanvre.

Cette connaissance des plantes lui fut très avantageuse lorsqu'il se présenta à la Faculté de médecine de iMontpellier, ainsi que nous le verrons plus loin.

Combien de temps Rabelais resta-t-il à Ligugé ? Pourquoi s'en éloigna-t-il ? Nous n'avons à cet égard que de simples conjectures. Le bénéfice promis par d'Estissac ne venant pas, alla-t-il en demander un aux frères du Bellay ? Le fait est qu'il paraît avoir passé quelque temps au château de Glatigny, dans le Perche, en qualité de chapelain et de secrétaire rédacteur, ou tout au moins correcteur, de leurs ouvrages.

En effet, les frères du Bellay ne se contentaient pas d'être des militaires et des diplomates distingués, ils asi)iraient aussi à la réputation d'écrivains. L'alné, Guillaume du Bellay, sieur de Langey, le troisième, Martin du Bellay, ont laissé sur l'histoire de leur temps des Mémoires estimés. Ces Mémoires sont e.\clusivement militaires. On disait de (ruillaume : «Il ne sait quand le roi se lève ou se couche, mais il sait bien 011 sont les ennemis. > Peu soucieux de l'étiquette, quand il avait chaud, il ôtait sa fraise et se mettait en veste devant François P'. Cela ne l'enqùchait pas d'être adroit dans sa conduite et dans ses

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