‹ Rabelais médecin [electronic resource]Chapitre 72 sur 121 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

bliothécaire en chef de l'Ecole de médecine de Paris : ce patronage précieux valant infiniment mieux qu'une préface de mon cru, je me borne à saluer humblement le lecteur bénévole en l'invitant benoîtement à tourner le feuillet.

D' Félix Biiémond.

PRÉFACE

Nous nous figurons 4if^icil0inent Rabelais encyclopédiste, philosophe, satyrique, expliquant le catéchisme aux petits enfants sans hasarder quelquefois un de ces commentaires plaisants qui touchaient de si près à l'hérésie. C'était là, du reste, une faible partie du rôle que lui accorde Leroy, un de ses successeurs à la cure de Meudon. Rabelais fut, pour les gens du peuple, un consolateur, un ami ; sa bourse , comme sa maison , étaient toujours ouvertes à tous. Il est probable que la plus grande partie de ses paroissiens ne connaissaient rien de ses études philologiques, de ses voyages, de ses livres ; en revanche, ils savaient que leur curé était un excellent médecin, qu'il avait pratiqué à Lyon, à Angers, etc., et ils s'adressaient à lui chaque fois qu'ils étaient malades.

Il serait puéril de supposer qu'il fut en avance sur son temps. A tous points de vue,

PniÎFACE

c'est l'homme de la Renaissance. Son érudition est immense, mais comme elle vient de sources d'inégale valeur, comme la méthode expérimentale est encore inconnue , elle n'est ni réglée, ni classée. Rabelais ressemble à Paracelse, à Cornélius Agrippa, h Cardano ; ils ont étudié de la môme manière et, suivant les hasards de leur tempérament, ils inclinent vers les sciences occultes ou vers les sciences proprement dites. Les œuvres de Paracelse renferment une Philosophia sagax , dans laquelle la magie se mêle à la divination et à la médecine vraie. Le grand Pernel lui-même, un des meilleurs observateurs du seizième siècle, recommande quantité de pratiques superstitieuses. Il a écrit un livre sur les causes cachées des choses, dans lequel le merveilleux occupe une place énorme. Le Moyen Age n'avait connu qu'un dogmatisme rigide et infécond. Le professeur prenait le texte d'un auteur et le commentait ; les arabistes prétendaient à l'ingénuité, à l'érudition, jamais à l'originalité. A la Renaissance, la littérature scientifique des Grecs prit la première place. Le commentaire fut toujours la forme dominante de l'enseignement, mais il s'élargit et ouvrit la voie à l'observation personnelle. Dans l'éducation de chaque médecin, on trouvait nécessairement des traces d'arabismc , des réminiscences des sciences occultes.

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PKÉFACE

Rabelais nous a indiqué lui-même comment il concevait l'étude de l'art de guérir : « Soigneusement reviste les livres des médecins grecs, arabes et latins sans contemner les thalmudistes et cabalistes, et par fréquentes anatomies acquiers-toi la parfaite cognoissance de l'autre monde qui est l'homme. » Cette phrase répond au passé et à l'avenir. Le passé, c'est la lecture, la glose d'Hippocrate ou d'Averrhoès ; son temps est fini, car on est arrivé au scepticisme; le mélange de notions justes et fausses, d'observation grecque et de rêverie égyptienne, a découragé tout le monde. Bien habile celui qui pourrait dire ce que Cornélius Agrippa regardait comme vrai. Paracelse n'est raisonnable que lorsqu'il réfute ; dans ses assertions positives , il est nébuleux , ou il a la naïveté d'un enfant. L'avenir est à l'étude directe de la nature. C'est par l'anatomie qu'on a commencé : les croyances religieuses et les préjugés s'opposent à ses progrès; n'importe, les chirurgiens risqueront la hart pour enlever des cadavres, tant est impérieux le besoin de voir et de savoir.

Trois questions dominèrent dans la médecine du temps : la syphilis, la peste, les plaies d'armes à feu. Rabelais ne s'occupa que de la première. On ne saurait dire que ce fut un spécialiste. En 1530, à l'époque du début de ses études, il n'y avait pas quarante ans qu'on

PRÉFACE

avait parlé pour la première fois du mal nouveau. Des médecins discutaient encore sur sa véritable origine. Comme le fait observer M. Brémond, c'est d'eux que se moque Rabelais en parlant d'Etion, « lequel premier eut la vérole pour n'avoir bu frais en été comme témoigne Bartachin » . Il connaissait les manifestations des différentes périodes, les méthodes de traitement en vogue dont l'abus ne lui dit rien de bon. Il est impossible d'aller plus loin et de supposer qu'en décrivant les misères de ce pauvre diable de Panurge rôti en Turquie, il ait voulu parler d'un traitement par sudation qu'il aurait subi lui-môme.

Le scepticisme de Rabelais est joyeux, bon enfant : il ne s'indigne pas ; jamais ses peintures n'ont le coloris maladif de celles des humouristes anglais. Il sent que la médecine de son temps n'est pas parfaite, il est le premier à signaler ses points faibles et à en rire, mais il y croit et au besoin la pratique.

Rabelais n'a rien dit de la peste, si ce n'est qu'elle a fait sauver Pantagruel et Epistemon du pays d'Anjou. C'est ce qui lui était arrivé.

Los questions relatives aux plaies d'armes à feu ne furent sérieusement abordées que plus tard, vers la fin du siècle.

Rabelais connaissait les médecins, les étudiants : il est probable que Panurge malfaisant, pipeur. buveur, batteur de pavés, ribleur s'il

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en était à Paris, « au demeurant le meilleur lîls du monde »; avait passé par l'université « déambulant par les compites et quadrives de l'urbe ».

Il est certain que la lecture de Rabelais serait indispensable à qui voudrait écrire l'histoire de la médecine à la Renaissance. Les commentaires érudits de M. le docteur Brémond sont, sous ce rapport , une bonne fortune pour le public. Erudition, précision dans les indications, choix judicieux des anecdotes et des citations historiques, rien n'y manque. C'en est assez pour assurer à la seconde partie de Rabelais médecin le même succès qu'à la première.

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