II\UEL,MS MÉDECIN
lui passa la broche (213) peu au dessus du nombril vers le liane droict, et lui perça le tierce lobe du foyc (213 A), et le coup haulsant lui pénétra le diaphragme, et par à travers la capsule (213 B) du cœur lui sortit la broche par le haut csespaules entre les spondj'lcs (213 C) et Tomoplate scnostre. Vrai est qu'en tirant la broche de mon corps je tunibe à terre près des landiers, et me feit peu do mal la chcute, toulesfois non £?rand : car les lardons soustinrcnt le coup. Puis voyant mon bascha que le cas cstoit désespéré, et que sa maison cstoit bruslcc sans rémission et tout son bien perdu, se donna à touts les diables, appelant Grilgoth, Astarost, Rappalus, et Gribouillis parneuf fois.
« Quoi voyant, j'eus de paour ])our \i\ns de cinq sols, craignant: les diables viendront à ccste heure pour emporter ce fol-ici; scroient-ils bien gents à m'emporter aussi? je suis ja demi rosti; mes lardons sont cause do mon mal : car ces diables ici sont friands do lardons, comme vous avez l'autorité du philosophe lambliquo et îilurmault, on l'apologie de Bossutis et
(213) Ce coup dfl broolie vigoureux a un Irajel parfailemenl en rbgle avec l'analomie lopograpliique. Nous l'nvons vôriflé sur lo cadavre, une lige pénétrant dans l'abiiomsn, au-dossus de l'ombilic, peut traverser lo lobe supérieur du foie, percer lo diapbragme, péiuUrer dans lo péricarde el aller sortir par l'épaule, entre l'omoplate et les vertèbres, on déchirant lo poumon, que Rabelais a oublié do citer parmi les ori.'anes lésés.
(213 A) Le foie, organe sécréteur de la bile, est une glande volumineuse, dans laquelle tous les anatomistes distinguent deux lobes principaux : un droit, ou grand lobe, et un gauche, appelé aussi lobe moyen, pour le distinguer d'une éminence située à la surface inférieure du grand lobe, et désignée sous le nom do petit lobe, ou lobe do Spigel . C'est celui-là quo Rabelais appelle tierce lobe du foie.
(213 B) l.a capsule du coeur est le sac membraneux que nous nommons péricarde,
(213 C) Le mot spondyle désigne, d'après lo Glossaire de Louis Barré, « un genre d'insectes coléoptères! » Si l'édition Garnier donnait beaucoup d'indications semblables, elle serait peu digne du succès qu'elle a obtenu. 5/)oiirfi/;e est tout simplement synonyme de vertèbre, en grec fr-',viu).o5.
PANTAGRUEL
contrefactis jv'o magislros ?ios/ros ; mais jo feis le signe de la croix, criant, agios, alhanatos ho Theos, et nul ne venoit. Ce que cognoissant mon vilain bascha, se voulait tuer de ma broche, et s'en percer le cœur : de faict la mist contre sa poitrine, mais elle ne povoit oultrepasser, car elle n'estoit assez poinctue, et poulsoit tant qu'il povoit, mais il ne profictait rien. Alors je vins à lui, disant : « Missaire bougrino, tu « perds ici ton temps : car tu ne te tueras jamais ainsi : « bien te blesseras quelque hurtc (213 D), dont tu lan- « guiras toute ta vie entre les mains des barbiers: « mais si tu veulx, je te tuerai ici tout franc, en sorte « que tu n'en sentiras rien, et m'en croi : car j'en ai « bien tué d'auUres qui s'en sont bien trouvés. — Ha « mon ami, disl-il, je t'en prie, et ce faisant je te donne « ma bougette; tien, la voilà: il y a six cents seraphs « dedans, et quelques diamants et rubis en perfection.» — Et où sont-ils? dist Epistemon. — Par sainct Jean, dist Panurge, ils sont bien loin s'ils vont toujours. Mais où sont les neiges d'antan? c'estoit le plus grand souci qu'eust Villon le poète parisien. Achève, dist Pantagruel, je te prie, que nous sçachions comment tu accoustras ton bascha. — Foi d'homme de bien, dist Panurge, je n'en ments de mot. Je le bandi d'une meschante braye que je trouvai là demi-bruslée, et vous le liai rustrement pieds et mains de mes cbordes, si bien qu'il n'eust sceu regimber; puis lui passai ma
(213 D) Quelque hurte. Cette expression, que le commentateur de l'édition Charpentier traduit çne/îue p«r(, peut sembler tout naturellement designer un organe ihoracique, mais, les recherches que nous avons faites à cet égard étant restées sans résultat, force nous est de nous en tenir ù l'explication du bibliophile Jacob, malgré son élasticité : le mot A»r(e signifie coup, choc ; c'est le même mol que heurt. Commines a dit : « Ainsy voyla desja une ies hurles de l'adversité, » (I-iv. V, ch. 2.) Montaigne a employé hurler pour heurter : « Ma maison n'est close à personne qui y hurte. » (Essais.) Joinville a écrit: 0 Comme c'est pire chose que une meson chiée pour un petit vent ou sanz vent, que celle qui est dçhurtéc de fort bon vont, f
broche à travers la gargamelle (213 E), et le pcndi, accrochant la broche à deux gros crampons, qui soustcnoientdes hallebardes, El vous attise un beau feu au dessoubs, et vous flarabois mon mi ourt comme on faict les harencs sorcis à la cheminée. Puis prenant sa bougette et un petit javelot qui estoit sus les crampons, ra'cnfui le beau galop. Et Dieu sçait comment je sentois mon aspaule de mouton.
• Quand je fus descendu en la rue, je trouvai tout le monde qui estoit accouru au feu à force d'eau pour rcsleindre, Et me voyants ainsi à demi rosli, curent pitié de moi naturellement, et me jcclarent toute leur eau sus moi, et me refraischirent joyeusement, ce que me fcit fort grand bien (213 F); puis me donnarent quelque peu îi l'cpaistre, mais je ne mangeois gucres ; car ils no me bailloient que de l'eau à boire, à leur mode. AuUre mal ne me fcironl, sinon un villain petit Turc, bossu par le devant, qui furtivement me croquoit mes lardons ; mais je lui bailli si verd dronos sur les doigts à tout mon javelot qu'il n'y retourna pas deux fois. Et une jeune corinthiace, qui m'avait apporté un i)ot de myrobolans (213 G) emblics, conlicls à leur mode, laquelle regardoit mon pauvre haire esmoucheté, comme il s'cstoit retiré au feu, car il ne m'alloit plus que jusques sus les gonoulx. Mais notez que cestui rostissement me guérit d'une ischiatique (21 i) entièrement, à
(213 E) Gargamelle, gorge.
(213 F) L'applicalion d'eau froide esl le meilleur remède de la bi ûlure.
(213 G) Myrobolans ou myrobaluns, da nufo/ onguent, ol DaAivo; gland, fruits parfumés vcniml de l'itide. Les myrobolans emblics (pliyllanlus emblica) sont laxatifs, il'après Lillré el Robin. Voici ce qu'en a écrit Avicenne : « Myrobalani sunt citrlni immalurati. Emblicns esl dobilior myrobalani ; lixcilal coïtum. n (Liv. 11.)
Dans l'érysipèle , le médecin arabe Izhac évacuait la bile jaune avec des niyrobatans, el, dans la pleurésie, il conseillait de pareils fruits légèrement laxatifs. (Sphenoel , Ilist . jiragm. delà médecine secr. ,1V.)
(214) La sciatique (ischiatique), maladie souvent difficile à guérir, coniinc toutes les névralgies, disparaît quelquefois simplement à la suite d'applications ou de frictions chaudes (v. noie 108).
PANTAGnCBL.
laquelle j'estois subject plus de sept ans avoit, du coslé auquel mon rostisseur s'endormanl me laissa brusler.
0 Or, ce pendent qu'ils s'amusoient à moi, le feu triumphoit, ne demandez comment, à prendre en plus de deux mille maisons, tant que quelqu'un d'entr'eulx l'advisa et s'escria, disant : « Ventre Mahom, toute la ville brusle, et nous nous amusons ici ! »
« Ainsi chascuns'en va à sa chascunière. De moi, je prend mon chemin vers la porte. Quand je fus sus un petit tuquet qui est auprès, je me retourne arrière, comme la femme de Loth, et vid toute la ville bruslant, dont je fus tant aise, que je me cuidai concbier de (215) joie: mais Dieu m'en punit bien. - Comment? dit Pantagruel. — Ainsi, dist Panurge, que je regardois en grand liesse ce beau feu, me gabelant, et disant ; Ha pauvres pulces ; ha pauvres souris, vous aurez maulvais hyver, le feu est à vostre pallier! sortirent plus de six, voire plus de treze cents et unze chiens gros et menus touts ensemble de la ville, fuyants le feu. De première venue accourrurent droict à moi , sentant l'odeur de ma paillarde chair demi-rostie, et m'eussent dévoré à l'heure, si mon bon ange ne m'eust bien inpiré, m'enseignant un remède contre le mal des dents. — Et à quel propos, dist Pantagruel, craignoistu le mal des dents'? N'eslois-tu guéri de tes rheumes? — Pasques de soles, respondist Panurge, est-il mal do
(213) Il ejiste une classe assez nombreuse de diarrhées nerveuses survenues par voie réflexe, sans exeitalion douloureuse périphérique préalable ; nous donnons à ce groupe le nom de diarrhées émolives. La diarrhée se produit alors en vertu d'une modidcalion directe des centres nerveux. Les impressions morales vives ont, on le sait, une très grande influence sur l'activité de certaines sécrétions. La pour fait tarir la sécrétion salivaire ; mais, par contre, l'idée seule d'un bon repas fdit affluer la salive dans la bouche de l'affamé ; la vue de son nourrisson fait affluer le lait dans la mamelle de la nourrice, etc. De mûme, la joie extrême, la douleur morale, le sentiment du danger physique ou de la lutte intellectuelle, l'approche d'un combat, la colère, etc., sont fréquemment les causes de la diarrhée émotive. (D' DU C/lZAL, Dicl. encycl. des iciences méd., t. XXIX.)