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CHAPITRE XIII

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Soi-disant pour arranger les affaires, un passager français vient, au nom des Américains, qui n y songent pas, demander à ses compatriotes d'entonner en chœur la MatêetUaise.

Ceux-ci, ne sachant aucunement, de mémoire, ^hymne national de la France, font un nez colossal à cette demande inattendue^ et récusent cet honneur à l'unanimité. *

Mais en voici bien d'une autre.

Le passager se retourne vers les convives et leur dit (en anglais, ma foi), que la Compagnie française est prête à satisfaire au vœu général.

C'était un guet-apens. — Comment en sortir? — Qui se dévouera?

Tout le monde maintenant a les yeux fixéssur ces infortunés français, qui donneraient n'importe quoi pour être ailleurs.

Le temps se passe — Personne ne commence.

Des murmures sourds se mêlent a de nombreux rires étouffés.

Décidément, les Français ne seront pas en odeur de sainteté auprès de ces messieurs de l'autre monde.

Enfin, ô bonheur I un sauveur se présente.

C'est «n créole de la Nouvelle-Orléans. — Un bonome charmant que nous connaissons tous. i '

Il sait la Mar$eillais^

Il chantera les couplets ; les Français n'auront qu'à reprendre le refrain en chœur.

Et en effet, il chante le premier couplet II est fort ému, — ce qui est une mauvaise chose pour chanter la Marseillaise.

Heureusement que les Français entonnent le refrain et rendent à tous les convives leur joyeux tisage.

J'ai souvent entendu chanter dans ma vie ; i%ï assisté à bien des concerts tous plus grotesques les uns que les autres ; mais jamais, au grand jamais, musique plus baroque n'avait stupéfié mes oreilles.

C'était à se rouler par terre à force de rire. — Pas un chanteur n'était à l'unisson de l'autre.

Citait tellement étrange, que chacun avait l'air de chanter un air différent.

Il va sans dire qu'on a passé tout de suite au dernier couplet :

« Amour sacré de la patrie ! »

Pauvre patrie î

Ce dernier couplet eut exactement le même sort que le premier.

Quant au refrain, il fut encore plus drôle et plus extravagant que l'autre, si c'est possible.

Si bien que cette petite fête musicale, qui menaçait de prendre une couleur légèrement politique, se termina par un lire immense, titantque, gigantesque, qui, s'élançant par les écoutilles, alla réveiller jusqu'aux mousses endormis dans les hunes.

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