CHAPITRE II
Oft l'on t*c»rhiiine de la toouM nMBMre.
Pour l'instant, je crois que ce que nous avons de mieux à faire , c'est de prendre la route de fFalnut-Street Théâtre.
C'est là que mademoiselle Rachel donne ce soir sa première représentation.
On joue :
LE DÉPIT et les HORACES.
C'est une affreuse salle et un pitoyable théâtre que ce Walnut,
Nous ne pouvons comprendre qu'une aussi belle ville ne possède pas quelque chose de mieux. — On est en train, nous dit-on, de bâtir, à grands frais» une salle qui sera véritablement splendide.
Comme nous n'avons pas le temps d'attendre qu'elle soit achevée, nous nous contenterons, pour ce soir, de celle que nous avons.
Mal nous en prend : non à cause de la recette, qui est
: fort honnête ; non , à cause du succès , qui est fort grand ;
mais à cause du froid hideux quMl fait dans ces malheureuses coulisses.
On n*a pas fait de feu, et l'on est totalement glacé. Tout le monde s'enrhume.
Mademoiselle Rachel, qw, depuis sa. soirée du Alétropolitain , n'a jamais cessé complètement de tousser , souffre ce ^ soir tellement du froid , que , le lendemain , elle tombe sérieusement malade, et qu'elle est obligée de prendre le lit.
A compter de ce moment jusqu'à son départ pour ChoT' lesl&wn, elle ne (jaiite ^\\ïs Jùneê'Hotel , où elle habite avec sa sœur Sarah !
Alors commence une véritable procession de médecins, ce qui fait éclore forcément dans les feuilles de Philadelphie ce lugubre canard de la mort de pnademoiselle Rachel.
Ce qu^il y a de plus inconcevable là-dedans, c'est que les^ Journaux en question rendent compte dé ce malheureux événement, en y joignant les détails les plus précis, les circonstances les plus explicatives.
Si bien que tous les journaux de l'Union répètent à i'envi la plaisanterie pbiladelphienne, et, comme le canard est un * animal qui a vile fait de traverser les mers, il passe bieiptôt en Angleterre et en France à l'état de foît accompli.
Q& qui n'empêche aucuoement mademoisdle Eachel de rire aux larmes ea apprenant qu'elle est tout a fait morte et un peu enterrée !
6e qui entretient un peu la bonne humeur de mademoiselte Rachel, c'est l'orthographe et le style de la missive sui* ^ * vante qu'on lui adresse à Jones' Hutel avec prière de la faire parvenir à son frère, La voici daas toute sa fraichetir :
« A Momieur Baphaël Félix, v
» Monsieur,
» Aurez-vous la èonté à dirigé la trajédie d*Jdrien le Courrier d'être joué le soir de jeudi, ou samedi, ou la semaine prochaine, et pas en vendredi, parce que plusieurs de familles de« juives détirear l)eaucoup de voir votre sœur incomparable, mademoiselle Rachel , dans cette pièce et nHrait pas au théâtre en leur sabbat. Par eompliant avec cette requête, vous obligerez plusieurs des juives et des autres aussi. *»
Mademoiselle Rachel est on ne peut plus désolée de ne ~ pouvoir donner une représentation de cet Adrien le Cour" rier qu'on désire tant applaudir ; mais à l'impossible nul n'est tenu. Elle est malade décidément et reste emprisonnée dans la triste chambre de son trijte hôt«l. — Pour adoucir un peu les ennuis de sa captivité, je lui donne les romans do Cooper qu*elle n'a pas encore lus. Où pouvait on être mieux que dans cette belle ville, sur les bords même de la Delaware, pour faire connaissa^e avec lesflgi'vres du grand romancier américain ^ ^
Une chose assez étrange, c'est quo les fils du Nouveau- Monde ne professent pour leur illustre compatrioAqu'une admiration très-rest^j^te. Nous nous attendions à voir des statues de Cooper sur toutes les places publique^ — Des statues à un écrivain en Amérique ! — Allons *donc ! on ne lit seulement pas ses œuvres 1 — Ceci est exact. Les Américains ne lisent pas, ils comptent. — Ils trouvent ça plus instructif 1
GHAPITBfi III.
Oa la tuasse aux mllUont comnieBee à être Men maiivalse.
En attendant le rétablissement de mademoiselle Rachel, la
compagnie française * et la troupe anglaise de Walnui-
Théâtre donnent quatre i^présentations.
La première soirée se compose de :
NAVAL ENGAGEMENTS, . ^ (Comédie anglaise.)
LES DBOrrS DE L HOMME,
• et