Tandis qu'il Ta été par Arbate, Acte II, scène m
2. Latinisme très usité au temps de Racine, et dont noas avons déjà ci-dessus rencontré deux exemples. C'est-à-dire : eût dûf ou aurait dû.
laisse voir, comme Othello lui-même, un visage tra« gique, bouleversé par la jalousie :
Je ne le croirai point?... Vain espoir qui me flatte!
Tune le crois que tiop, malheureux Mithridate ! . . .
Xipharès mon rival ? Et d'accord avec lui
La Heine ' aurait osé me tromper aujourd'hui ?
Quoi! de quelque côté que je tourne la vue,
La foi, de tous les cœurs est pour moi disparue?
Tout m'abandonne ailleurs, tout me trahit ici,
Pharnace, amis, maîtresse; et toi, mon fils aussi?...
Qui m'en éclaircira? quels témoins? quel indice?... Le Ciel en ce moment m'inspire un artifice.
A l'un des gardes.
Qu'on appelle la Reine. — Oui, sans aller plus loin,
Je veux l'ouïr : mon choix s'arrête à ce témoin.
L'amour avidement croit tout ce qui le flatte.
Qui peut de son vainqueur mieux parler que l'ingrate?
Voyons qui son amour accusera des deux.
S'il n'est digne de moi, le piège est digne d'eux.
'Trompons qui nous trahit : et, pour connaître un traître,
Il n'est point de moyens.... Mais je la vois paraître:
Feignons; et de son cœur, d'un vain espoir flatté,
Par un mensonge adroit tirons la vérité.
Le piège est absolument le même qu'emploie TAvare de Molière dans une situation pareille * : Harpagon, lui aussi, est un vieillard amoureux qui a pour rival son fils ; et, afin de tirer de lui ce qu'il veut savoir, il le trompe de la même
1. La liste des personnages porte : <c Monime, accordée avec Mithridate, et déjà déclarée Keine. »
). l'Avare est de 1667, Mithridate est de 1673.
manière que Mithridate trompe Moaime. Assurément cette ruse est un moyen de comédie.
Seulement Veifet ici est tragique, comme lorsque Néron caché écoute et observe Tentretien de Junie avec Brîtannicas, Ce mensonge de Mithridate manque de noblesse, cela est incontestable; le poète essaye de parer l'objection en faisant dire au personnage :
S*il n'est digne de moi, le piège est digne d'eax.
En tout cas, ce moyen ne manque de vérité ni humaine, ni historique : humaine, parce que, comme dit M. Sarcey, « c'est une malice de vieux jaloux * ; » historique, parce que cela est conibraie à ce que Ton sait du caractère de Mithridate. n dit donc à Monime, d'un air de bonté, dans un langage d'une éloquence bien poétique et bien naturelle à la fois, qu'il est vieux, qu'il se fait justice, qu'il renonce au dessein de l'épouser, et que, prêt à repartir pour la guerre, il veut la laisser sur le trône avec un mari plus jeune, son fils Xipharès. Elle s'étonne, et se méfie d'abord, car elle est femme ; maïs le vieux roi poursuit sa ruse, et fait si bien, qu'à la fin il la persuade: elle tombe dans le piège, et s'en aperçoit trop tard: « Seigneur, vous changez dévisage...* » Mithridate,