‹ RacineChapitre 64 sur 64 · I. Poalse, fmitai, btt · texte numérisé non relu

I. Poalse, fmitai, btt

Lors le preux Hippolyte (sic)^ qui, avecques le foue\

Avecques la parole et les rênes avait

Retenu ses chevaux, comme un savant pilote

Retient contre le vent son navire qui flotte,

Ne savoit plus qu'y faire : il n'y a si bon frein

Bride, rêne, ni voix qui modère leur train.

La frayeur les maîtrises et, quoiqu'il s'évertue.

Il ne leur peut ôler cette crainte têtue.

Us se dressent amont, et de trop grand effort

L'écume avec le sang de la bouche leur sort.

Ils soufflent des naseaux et n'ont aucune veine,

Nerf ni muscle sur eux qui ne tende de peine.

Comme à les arrester il se travaille ainsi,

Et qu'eux & reculer se travaillent aussi,

Voici venir le monslie, et à l'heure, et à Theurs,

Les chevaux éperdus rompent toute demeure,

S'élancent de travers, grimpent au roc pierreux,

Pensant toujours l'avoir ensuite derrière eux.

Hippolyte, au contraire, essaye à toute force

D'arrêter leur carrière, et en vain s'y efforce.

Il se penche la tête, et à force de reins

Tire vers lui la bride avecques les deux maint;

La face lui dégoutte; eux, que la crainte presse

Au lieu de s'arrêter redoublent de vitesse.

Il est contraint de choir, et de malheur advient

Qu'une longue lanière en tombant le retient.

Il demeure empêtré, le nœud toujours se serre,

Et les chevaux ardents le traînent contre terre

A travers los halliers et les buissons touffus,

Qui le vont déchirant avec leurs doigts griffus.

La tête lui bondit et ressaute sanglante ;

De ses membres saigneux la terre est rougissante.

Gomme on voit un limas qui rampe, aventureux,

Le long d'un cep tortu laisser un trac glaireux.

i . Racine semble s'être rappelé cette coupe, lorsqu'il a dit

La frayeur les emporte...

a. Ed latin rumpunt moram.

324 LB ROMANTIS!aE DES CLASSIQUES

Son eslomac, ouvert dan tronc pointu, se vide De ses boyaux traînés sous le char homicide.

Sa belle âme le laisse, et va conter là-bas, Passant le fleuve noir, son angoisseux trépas. De ses yeux éthérés la luisante prunelle, Morte, se va couvrant d'une nuit éternelle.

Nous, que la peur avoit dès le commencement Séparés loin de lui, accourons vilement Où le sang nous guidoit d'une vermeille trace, Et là nous arrivons à l'heure qu'il trépasse; Car les liens de cuir, qui le serroient si fort. Rompirent d'aventure, usés de trop d'elTortf, Et le laissèrent prêt de terminer sa peine.

Qu'il retenoit encore avec un peu d'haleine.

Ses chiens autour de lui piteusement hurlants Se montroient du malheur de leur maître dolents. Nous, qui l'avions servi, nous jetons contre terre, Nous déchirons la face, et chacun d'une pierre Nous plombons la poitrine, et de cris éclatants, Pâles et déformés, Talions tous lamentants.

Les uns lui vont baisant les jambes déjà roides, Les autres l'estomac, les autres ses mains froides* Nous lui disons adieu, maudissant le Destin, Le char, les limonniers et le monstre marin, Causes de son malheur ; puis, dessus nos épaules. L'apportons veuf de vie étendu sur des gaules. Or, je me suis hâté pour vous venir conter Ce piteux accident qu'il vous convient dompter.

En lisant ce curieux récit, il ne faut pas perdre de vue que, parmi les tragédies qui précédèrent le théâtre du xvii® siècle, celles de Robert Garnier, né en 1834, à la Ferté-Bernard, mort en 1590 au ManSy occupent le premier rang.

Appendice à la parje 42 t.

ÉPISODE DE DÉMÈNÈTÈ

TIRÉ DU BOMAN DE L'ÉVÊQUE HÉLIODORB

Les Ethiopiques, ou les Amours de Théagène et de

Charidée

.... « Un certain jour de là grande solemnité que l'on appelle Panathenca, auquel les Athéniens font traisner par terre en procession un navire en l'honneur de Minerve, j'estois sur le commencement de mon adolescence^ et avois chanté Thymne qu'on a accoustumé de chanter ce jour-là en Thonneur de la Déesse, marchant le premier en la procession, ainsi que la coustume le porte ; puis m'en retouruay chez nous tout ainsy comme j'avois esté accoustré pour la solemnité, avecquc la même robe II. 19

326 LE nOMANTISMB DBS CLASSIQUES

«t les mesmes chapeaux^ de fleurs. Aussi tost qu'elle me vid eu cest accoustrement , elle sortit hors de son bon sens et ne desguisa plus son amour; ains (mais), découvrant sa meschante concupiscence, accourut à moy et m'embrassa estroiotement, disant : « nouveau Hippolyte ! ô mon Theseus 1 » Que pensez-vous que je devins alors, veu qu'à ceste heure je rougis encore de honte en le vous racontant seulement ?

9 Or, quand le soir fut venu, mon père alla souper à l'iiostel de ville, et, comme en une générale assemblée et festin public, il y devait passer toute la nuict. Parquoy elle s'en vint la nuict, et se mit en effort d'obtenir de moy une chose détestable. Mais, quand elle vid que je lui résistois en toutes sortes, et que je rejeclois toutes les caresses, prières, menasses et promesses qu'elle me pouvoit faire^ elle se despartit de moi, soupirant amèrement et du plus profond de son cueur. Si ne demoura que celle nuict seule la meschante à me dresser embusches : car, premièrement, elle ne se leva point du lict le lendemain ; ains, quand mon père retourna le matin en la maison, et qu'il luy demanda que c'estoit à dire cela qu'elle estoit encore au lict, elle feit semblant qu'elle se trouvoit niai, et ne luy respondit autre chose la première fois. Et, comme mon père insis-

1. Chapeaux, chapelets, guirlandes portées sur la (été (cap, du la in caput,iéie, — Le chapeau de la mariée: c'est-à-dire, sa guirlande de télé, sa coiffure de fleurs.

tast à luy demauder par plusieurs fois qui luy l'aisoit mal, — «Ce bon enfant, dict-elle, mesmement envers moy, voire filz et Jo mien, ccluy que sou* ventes i'ois j'ay plus aimé que vous, les Dieux m'en soycnt tcsmoings, ayant entendu, ne sçay par qui ne comment, que j'étois enceinte (ce que je ne vous avois point voulu descouvrir jusques à ce que j*en fusse du tout assurée), a espié l'occasion que vous fussiez hors de la maison, et, comme je i'ad* monestois, ainsi comme l'on remonstre coustumièrement aux jeunes gentz,...il m'a saulté à deux pieds sur le ventre et m'a ainsi accoustrée comme vous voyez. »

» Incontinent que mon père eut ouy ceste accusation, sans me dire rien, sans m'interroger, sans me donner congé ny loisir de me défendre, croyant fermement que celle qu'il estimoit si bien affeclionnée envers moy ne mentiroit jamais à mon préjudice, tout de ce pas me vint trouver où j'eslois en quelque lieu de notre logis, ne sçachant rien de tout cecy, et commença à me battre de grandz coupz de poing, puis appela ses serviteurs et m'oultragea vilainement d'escourgées *, sans que je peusse deviner, à tout le moins, pour quelle cause j'estois ainsy vilainement desciré. Après qu'il eut assouvy son ire à me battre, — « Hédeal mon père, dy-je alors, s'il n'estoit devant (avant) raisonnable, au moins

1 . Fouet qui esl fait: de plusieurs lanières de cuir. Étymologie, corgie, qui est le mémeque courroie ; laiin coriumiy cuir.

328 l-K ftOVANTISHE D8S GLASStQUBS

me Ecmblâ-t-il que maintenant vous me dcussiez dire quelle occasioD vous avec eue de m'oultrager ainsi de coiipz. — ! la bonne pièce, me respondil adoucy, il veult que je luy dise les meschancekz qu'il a luy-même commises ! > En disant cela, il me laisse là et s'eureva rers Démèiièlè. • . . . .

Appendice à la page 38, lignes 44 à 48.

Que dire de ranachrouismc de Gluck, bien autre que ceux de Racine! Gluck, dans son Jphigénie en Aulide, a cru devoir mettre un ballet pour (égayer ce sujet sombre, et, parmi les airs de ce ballet, savez- vous quoi? Une gavotte! — Une gavotte, au milieu des préparatifs du sacrifice d'une victime humaine I

830 LE ROMANTlSaiK DSH GLASSlQUSii

Appendice à la page 2(8, au bas.

Au commencement de VHéracUus de Ck)rDeiiIe.

Phocas s'exprime ainsi :

Surtout qui, comme moi, d*une obscure naissance, Honte par la révolte à la loiite-puissance, Qui, de simple soldat, à l'empire élevé, Me l'ai que par le crime acquis et conservé.

Jamais tyran ne prononça ce mot.

mmm

APPËNDICB 331

Appendice à la page 2S1.

Dans Tintéressanle Correspondance de M, de Rémusal avec sa mère (Calmann Lévy, 1884), celleci lui écrit, le 18 juin 1816 : a C'est un beau mélodrame que Thistoirc d'Angleterre. Ello a dû créer Shakspeare, comme le siècle de Louis XIV a fait Racine. »

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