‹ Racine et ShakspeareChapitre 5 sur 72 · DE L'ÉDITEUR XV · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR XV

France à parler un peu partout du romanlisme. Le cénacle s’agile el publie des manifestes. Les classiques ripostent en prose ou en vers ; l’Académie elle-même va officiellement prendre'part à la querelle. Le 24 avril 1S24, Auger, direcleur en exercice de l’augusle compagnie, profile d’une séance solennelle pour se prononcer avec force contre les tenants de la nouvelle secle. Son discours oblient un grand retentissement. Tous les journaux gouvernementaux lui font écho el l’approuvent. L'Universilé, par la bouche de son grand-maîire, mel à son lour la jeunesse « en garde contre les invasions du mauvais goût », el condamne « les mauvaises doctrines », el Slendhal sent immédialement ce qu'il va gagner à ce revirement d’opinion.

Le romantisme, quand il l’avail embrassé en llalie avec lant de fougue, élail, aulanl qu'une docirine de modernisme arlislique, une sorle de nationalisme politique el de libéralisme. Aussi Silendhal avait-il élé assez désorienté, à son arrivée en France, de rencontrer sous la même éliquelle un mouvement conservaleur el religieux fort éloigné de ce qu’il aimail.

Ç’avail donc élé une chose assez paradoxale que son enrôlement dans les rangs des romanliques français : il délestait Chaleaubriand, plus encore Mme de Slaël, et il

n'avait grand goût, au fond, ni pour Hugo el Vigny, ni pour Nodier. À peine menlionnait-il, el loujours presque dédaigneusement, leurs œuvres dans le courrier lilléraire que pendant sept ou huit ans il envoya régulièrement aux journaux anglais, parliculièrement au New-Monthly Magazine el au London Magazine. Il n'y ménageait en réalilé pas plus les romantiques que les classiques. El le lecteur qui ne se laissail point piper par une question de vocabulaire ne découvrail pas loujours facilement quels élaient les alliés naturels de cel écrivain.

Le discours d’Auger change loul à coup la posilion des adversaires. Le romantisme, devenu suspect au trône et à l’aulel, tend !

comme en Tlalie el en Allemagne à se fondre avec le libéralisme. En comballant pour lui | on va donc pouvoir faire de l’opposilion au gouvernement el se réclamer de la liberlé. Une (|: aussi brusque volle-face enchante Stendhal |

qui décide aussilôl d'écrire une nouvelle brochure pour répondre à Auger. Il pourra non seulement y soulenir ses théories lilléraires mais encore laisser entendre à mois . couverts quelles sonl ses préoccupalions poli- | liques. Il ne s’en fera pas faule.

Quarante-huil heures après le discours d'Auger, Slendhal a résolu de lui répondre

el il s’inquièle d’un édileur. Il charge son

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