CHAPITRE TROISIÈME Le romanticisme et la musique
S'il semble au premier coup d'œil que le romanticisme ne peut pas s'appliquer à la musique, c’est qu'il s’y applique trop; c’est que dans cel art charmant, où nous avons la bonne habitude de n’applaudir que ce qui nous fait plaisir, le classicisme nous semblerait trop ridicule. Nous ne connaissons pas la musique des Grecs, et l’on
n'écoulerait pas un instant à la Scala la musique qui ravissail nos pères en 1719.
11 me semble que la musique nous fail plaisir en mettant notre imagination dans la nécessilé de concevoir certaines illusions. Lorsque nous entendons de la musique que nous connaissons déjà, notre esprit, au lieu de s’abandonner à de délicieuses illusions au profit de la passion qui nous subjugt dans le moment, se mel à comparer Île plaisir d'aujourd'hui avec le plaisir d’hier ; et, dès lors, le plaisir d'aujourd'hui est détruit; car la sensibililé ne peut faire qu’une chose à la fois.
Cimarosa, Piccini, Sacchini, Galuppi, ont fail chacun trente opéras ; de ces cent vingt opéras, cinquante à peine ont élé joués à Milan ; et quand ont-ils été joués ? Vers 1780, quand nos pères étaient encore à l'Université. Donc, nous n’en avons pas la moindre idée et cependant nous ne pouvons pas les souffrir.
Pourquoi ? c’est qu’au lieu de jouir nous comparons ; Or, la comparaison est ce qui Lue la musique. Quand l’on nous donne Le Barbier de Séville de Paisiello ou la Secchia rapila de Zingarelli, nous comparons le style de cette ancienne musique au style moderne des Rossini, des Mozart, des Mayer.
Qu’arrive-l-il de là? C’est que nous applaudissons avec fureur le Barbier de Séville de Rossini, qui ne présente autre chose que les idées de Cimarosa habillées à la moderne.
de revenir au génie de la gaieté, on reprendra les chefs-d’œuvre de Cimarosa, et seulement on priera Rossini, ou quelqu'un de ses élèves, de renforcer un peu l'harmonie des accompagnements.
Cet hiver, nos dames, en bâillant à mourir de tous les opera seria dont on nousa assommés, se consolaient de temps en temps en chantant : ci penserà il marito. Elles empruntaient ce souvenir au Rivale di se stesso, le seul opéra vraiment bouffe dont on nous ait régalés depuis longtemps.
Get hiver la Camporesi che ci faceva sbadigliare col mezzo degli « Illinesi » aurait pu nous charmer par Don Giovanni, au moyen duquel madame Camporesi et Grivelli ont fait gagner dieci mila luigi à l’impresario de Londres. Le Mairimonio segrelo est trop connu pour le donner de longtemps ; mais, enfin, c’est un opéra très comique, el l’on sait que Grivelli et madame Camporesi l'ont chanté avec succès à l'étranger. Donc, ils auraient chanté à peu près aussi passablement un autre opéra de Cimarosa, aussi comique et moins connu.
Je conclus ; nous avons assez de sérieux a casa, nous voulons du comique à la Scala:
Il faudrait que la nova impresa fût obligée à donner alternativement un opera buffa ebun opera seria. Cet hiver, pour nous égayer, nous avions tous les soirs trois tragédies à la Scala ?.
1. QUIlinesi, Acbar grand Mogol, ed Il ritorno del Pale grino, A
J'ajoute que le carnaval prochain, puisque nous avons le bonheur d'avoir Rossini, au lieu d’un opera seria, il faut lui demander un opera buffa,et quele libretto de cetopera buffa ne soit pas une traduction du français, mais une chose vraiment italienne, adaptée à nos mœurs, et, par là, vraiment romantique.