V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX" SIÈCLE
des sons de toute forme qui viennent de la triple volée de Saint-Germain des-Prés. Puis encore, de temps en temps, cette masse de bruits sublimes s'entr'ouvre et donne passage à la strette de l'Ave Maria, qui éclate et pétille comme une aigrette d'étoiles. Au-dessous., au plus profond du concert, vous distinguez confusément le cbant intérieur des églises qui transpire à travers les pores vibrants de leurs voûtes.
Certes, c'est là un opéra qui vaut la peine d'être écouté. D'ordinaire la rumeur qui s'échappe de Paris le jour, c'est la ville qui parle; la nuit, c'est la ville qui respire; ici, c'est la ville qui chante. Prêtez donc l'oreille à ce tutti des clochers, répandez sur l'ensemble le murmure d'un demi-million d'hommes, la plainte éternelle du fleuve, les souffles infmis du vent, le quatuor grave et lointain des quatre forêts disposées sur les collines de l'horizon comme d'immenses buffets d'orgue, éteignez-y ainsi que dans une demi-teinte tout ce que le carillon central aurait de trop rauque et de trop aigu, et dites si vous connaissez au monde quelque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus doux, de plus éblouissant, que ce tumulte de cloches et de sonneries, que cette fournaise de musique, que ces dix mille voix d'airain chantant à la fois dans des flûtes de pierres hautes de trois cents pieds ; que cette cité qui n'est plus qu'un orchestre, que cette symphonie qui fait le bruit d'une tempête.