‹ RacineChapitre 4 sur 10 · RETRAITE VV THEATRE · texte numérisé non relu

RETRAITE VV THEATRE

déposés dans son âme par les solitaires levaient et grandissaient après un long sommeil. Le choix du sujet dans sa dernière tragédie, et surtout la manière dont il l'avait traité, était un premier indice de ces dispositions. En proposant un but moral au théâtre, il avait ainsi terminé la préface de Phèdre : « ^e seroit peut-être un moyen de réconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine, qui l'ont condamnée dans ces derniers temps, et qui en jugeroient sans doute plus favorablement si les auteurs songeoient autant à instruire les spectateurs qu'à les divertir. »

C'était une avance à ses anciens maîtres et un commencement d'excuses. La mère de Sainte-Thècle fut la première à recevoir l'expression de ce repentir : « C'est elle, écrivait plus tard Racine à Mme de Maintenon, qui m'apprit à connoître Dieu dans mon enfance, et c'est elle aussi dont Dieu s'est servi pour me tirer de l'égarement et des misères où j'ai été engagé pendant quinze années. » Encouragé par elle, il osa rendre visite à Nicole. « 11 ne lui fut pas difficile, raconte Louis Racine, de faire sa paix avec M. Nicole, qui ne savoit pas ce que c'étoit que la guerre et qui le reçut à bras ouverts. »

L'entreprise était plus malaisée avec le grand Arnauld, « qui avoit toujours sur le cœur les plaisanteries écrites sur la mère Angélique ». En aidant cette fois de quelque diplomatie sa franchise accoutumée, Boileau rendit possible la démarche suprême, il porta Phèdre à Arnauld, et lui demanda son sentiment : « Il n'y a rien, répondit Arnauld, à reprendre au caractère de Phèdre, puisque, par ce caractère,

il nous donne cette grande leçon que, lorsqu'en punition de fautes précédentes, Dieu nous abandonne à nous-mêmes et à la perversité de notre cœur, il n'est point d'excès où nous ne puissions nous porter, même en les délestant. » Après cette déclaration, l'auteur pouvait venir lui-même, et Louis Racine raconte ainsi la réconciliation : « Boileau, charmé d'avoir si bien conduit sa négociation, demanda à M. Arnauld la permission de lui amener l'auteur de la tragédie. Ils vinrent chez lui le lendemain, et, quoiqu'il fût en nombreuse compagnie, le coupable, entrant avec l'humilité et la confusion peintes sur le visage, se jeta à ses pieds; M. Arnauld se jeta aux siens; tous deux s'embrassèrent. » On songe à la scène fameuse de Tartufe, mais pour remarquer combien, par la différence des sentiments, un même acte, de ridicule, peut devenir touchant.

Dès lors, le divorce de Racine avec le théâtre était consommé. « Il résolut, dit Louis Racine, non seulement de ne plus faire do tragédies, et même de ne plus faire de vers; il résolut encore de réparer ceux qu'il avait faits, par une rigoureuse pénitence. La vivacité de ses remords lui inspira le dessein de se faire chartreux. » Son confesseur « trouva ce parti trop violent » et lui conseilla « de rester dans le monde et d'en éviter les dangers, en se mariant à une personne remplie de piété ». Il suivit ce conseil, et, le i*"" juin 1677, par l'entremise de « sages amis », il épousait Catherine de Romanet.

« L'amour ni l'intérêt n'eurent aucune part à son choix, continue son fils; il ne consulta que la raison pour une affaire si sérieuse. » C'était, en effet, un

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