‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 121 sur 130 · SCÈNE VII AGRIPPINE, BURRHUS · texte numérisé non relu

SCÈNE VII AGRIPPINE, BURRHUS

AGRIPPINE

Ah ! ciel ! de mes soupçons quelle était l'injustice ! Je condamnais Burrhus pour écouter Narcisse ! Burrhus, avez-vous vu quels regards furieux Néron en me quittant m'a laissés pour adieux? C'en est fait, le cruel n'a plus rien qui l'aiTête ; Le coup qu'on m'a prédit va tomber sur ma tête. Il vous accablera vous-même à votre tom*.

BURRHUS

Ah ! madame ! pour moi, j'ai vécu trop d'un jour.

Plût au ciel que sa main, heureusement cruelle,

Eût fait sur moi l'essai de sa fureur nouvelle !

Qu'il ne m'eût pas donné, par ce triste attentat,

Un gage trop certain des malheurs de l'État!

Son crime seul n'est pas ce qui me désespère ;

Sa jalousie a pu l'armer contre son frère :

Mais s'il vous faut, madame, expliquer ma douleur,

Néron l'a vu mourir sans changer de couleur.

Ses yeux indiSérents ont déjà la constance

D'un tyran dans le crime endurci dès l'enfance.

Qu'il achève, madame, et qu'il fasse périr

Un ministre importun qui ne le peut souSrir.

Hélas ! loin de vouloir éviter sa colère,

La plus soudaine mort me sera la plus chère.

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