‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 25 sur 130 · NOUVEAUTÉ DU THÉATKE RACINIEN · texte numérisé non relu

NOUVEAUTÉ DU THÉATKE RACINIEN

Quelle- est de mes malheurs l'extrémité mortelle? Où ma douleur doit-elle recourir?

Dois-je vi\T:e, dois-je mourir?

Un amant me retient, une mère m'appelle :

Dans la nuit du tombeau je la vois qui m'attend.

Ce que veut la raison, l'amour me le défend Et m'en ôte l'envie.

Que je vois de sujets d'abandonner le jour ! Mais, hélas ! qu'on tient à la vie, Quand on tient si fort à l'amour !

Oui, tu retiens, Amour, mon âme fugitive ; Je reconnais la voix de mon vainqueur :

L'espérance est morte en mon cœur, Et cependant tu vis, et tu veux que je vive. Tu dis que mon amant me suivrait au tombeau, Que je dois de mea jours conserver le flambeau

Pour sauver ce que j'aime.

Hémon, vois le pouvoir que l'amour a sur moi :

Je ne vivrais pas pour moi-même.

Et je veux bien vivre pour toi. '

Quy a-t-il donc de nouveau dans cette Théba'ide, en dehors de la langue, et qui annonce une révolution prochaine dans l'art du théâtre? Peu de chose et beaucoup. C'est la réduction de l'intrigue, la concentration du drame psychologique, la volonté déjà bien arrêtée chez Racine de n'intéresser les spectateurs qu'à la crise ouverte entre ses personnages.

Vienne un temps où cette crise, au lieu d'être une crise u ambition, soif de régner ou comme, dans Alexandre, désir de gloire, sera une crise passionnel'e. et Racine, par It' simple jeu des trois unités, si lourdes à ses prédécesseurs et auxquelles il se plie avec tant d'aisance, en réduisant même à quelques heures et, peut-on dire, au minimum de

temps, la formation et le dénouement de la, crise, en concentrant tons ses efforts snr celle-ci, en lui donnant toute son intensité et en la débarrassant de tous ses ornements et de toutes ses complications parasites, en portant les caractères, par l'effet de cette crise, ta leur paroxysme de vibration et en les révélant ainsi jusqu'au fond d'eux-mêmes sans avoir besoin d'y employer les analyses où se perdaient ses prédécesseurs, et Kacine, disons-nous, aura vraiment renouvelé la tragédie française et créé, à côté du type cornélien et raisonneur de cette tragédie, un type racinien et agissant, égal, sinon supérieur, et, en tout cas, très différent.

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