‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 41 sur 130 · RACLNE. — CllAP. YIII · texte numérisé non relu

RACLNE. — CllAP. YIII

Perdez un ennemi d'autant plus dangereux, Qu'il s'essaiera sur vous à combattre contre eux.

PYRRHUS

La Grèce en ma faveur est trop inquiétée :

De soins plus importants je l'ai crue agitée,

Seigneur ; et sur le nom de son ambassadeur.

J'avais dans ses projets conçu plus de grandeur.

Qui croirait en eiïet qu'une lelle entreprise

Du fils d'Agamemnon méritât l'entremise;

Qu'un peuple tout entier, tant de fois triomphant,

N'eût daigné conspirer que la mort d'un enfant?

Mais à qui prétend-on que je le s&crifie?

La Grèce a-t-elle encor quelque droit sur sa \ie?

Et. seul de tous les Grecs, ne m'est-il pas permis

D'ordonner d'un captif que le sort m'a soumis?

Oui, seigneur, lorsqu'au pied des murs fumants de Troie

Les vainquem'S tout sanglants partagèrent leur proie.

Le sort, dont les aixêts furent alors suivis,

Fit tomber en mes mains x\ndroniaque et son fils.

Hécube près d'Lïïysse acheva sa misère;

Cassandre dans Aigos a suivi votre père :

Sur eux, sur leurs captifs, ai-je étendu mes droits?

Ai-je enfin disposé du fruit de leurs exploits?

On craint qu'avec Hector Troie un jour ne renaisse :

Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse !

Seigneur, tant de prudence entraîne trop de soin :

Je ne sais point prévoir les mallieurs de si loin.

Je songe quelle était autrefois cette ville

Si superbe en remparts, en héros si fertile,

Maîtresse de l'Asie ; et je regarde enfin

Quel fut le sort de Troie, et quel est son destin :

Je ne vois que des tours que la cendi'c a couvertes,

Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes,

Un enfant dans les fers ; et je ne puis songer

Que Ti'oic en cet état aspire à se venger.

Ali ! si du fils d'Hector la perte était jurée,

Pourquoi d'un an entier l'civons-noiis différée?

Dans le sein de Priam n'a-t-on pu l'iminolor?

Sous tant de morts, sous Troie, il fallait l'accabler.

Tout était juste alors : la vieillesse et l'enfance

En vain sur leur faiblesse appuyaient leur défense ;

La victoire et la nuit, plus cruelles que nous,

== ANDROMAQUE == 107

Nous excitaient au meurtre et confondaient nos coups.

Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère.

^lais que ma Cruauté survive à ma colère,

(^ue, mal^é la pitié dont je me sens saisir.

Dans le sang d'un enfant je me baigne à loisir?

Non, seigneur : que les Grecs cherchent quelque autre proie :

Qu'ils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troie :

De mes inimitiés le cours est achevé ;

L'Épire sauvera ce que Troie a sauvé.

ORESTE

Seigneur, vous savez trop avec quel artifice

Un faux Astyanax fut offert au supplice

Oii le seul fils d'Hector devait être conduit ;

Ce n'est pas les Troyens, c'est Hector qu"on poursuit.

Oui, les Grecs sur le fils persécutent le père ;

n a par trop de sang acheté leur colère.

Ce n'est que dans le sien qu'elle peut expirer ;

Et jusque dans l'Épire il les peut attirer :

Prévenez-les.

PYRRHUS

Tson, non. J"y consens avec joie !

Qu'ils cherchent dans l'Épire une seconde Troie ; Qu'ils confondent leur haine, et ne distinguent plus L? sang qui les fit vaincre et celui des vaincus. Aussi bien ce n'est pas la première injustice Dont la Grèce d'Achille a payé le service. Hector en profita, seigneur ; et quelque jour Son fils en pourrait bien profiter à son tour,

ORESTE

Ainsi la Grèce en vous trouve un enfant rebelle?

PYRRHUS

Et je n'ai donc vaincu que pour dépendre d'elle?

ORESTE

Hermione, seigneur, arrêtera vos coups :

Ses yeux s'opposeront entre son père et vous.

PYRRHUS

Hermione, seigneur, peut m'être toujoiu^s chère : Je puis l'aimer, sans être esclave de son père ; Et je saurai peut-être accorder quelque jour Les soins de ma grandeur et ceux de mon amour. Vous pouvez cependant voir la fille d'Hélène : Du sang qui vous unit je sais l'étroite chaîne.

Après cela, seigneur, je ne vous retiens plus, Et vous pourrez aux Grecs annoncer mon refus.

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