‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 49 sur 130 · SCÈNE VITI ANDROMAQUE, CÉPHISE · texte numérisé non relu

SCÈNE VITI ANDROMAQUE, CÉPHISE

CÉPHISE

Madame, à votre époux c'est être assez fidèle, l'i-op de vertu pourrait vous rendre criminelle.

ANKKUMAULE =^=== i'ib

Lui-iiiêiiie il porterait votre âme à la douceur.

ANDROMAQUE

Quoi ! je lui donnerais Pyrrhus pour successeur?

CÉPHISE

.Vinsi le veut son fiL*î, que les Grecs vous ra\issent.

Pensez-vous qu'après tout ses mânes en rougissent?

Qu'il méprisât, madame, un roi victorieux

Qui vous fait remonter au rang de vos aïeux,

Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère,

Qui ne se souvient plus qu'Achille était son père,

Qui dément ses exploits, et les rend superflus?

AXDRO>L\QUE

Dois-je les oublier, s'il ne s'en souvient plus?

Dois-je oublier Hector privé de funérailles,

lit traîné sans honneur autour de nos murailles?

Dois-je oublier son père à mes pieds renversé,

Ensanglantant l'autel qu'il tenait embrassé?

Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle

Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle;

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,

Entrant à la lueur de nos palais brillants.

Sur tous mes frères morts se faisant un passage

Et, de sang tout couvert, échauffant le carnage ;

Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,

Dan^ la flamme étouffés, sous le fer expirants ;

Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue :

Voilà comme Pyrrhus vint s'offrir à ma vue ;

Voilà par quels exploits il sut se couronner ;

Enfin, voilà l'époux que tu me veux donner.

Xon, je ne serai point compUce de ses crimes ;

Qu'il nous prenne s'il veut pour dernières \ictinies.

Tous mes ressentiments lui seraient asservis !

CÉPHISE

Eh bien ! allons donc voir expirer votre fils :

<Mi n'attend plus que vous... Vous frémissez, madame!

ANDROMAQUE

Ah! de quel souvenir \iens-tu frapper mon âme! Quoi ! Céphise, j'irais voir expirer encor

< I' tils, ma seule joie, et l'image d'Hector ;

< »• lils, que de sa flamme il me laissa pour gage ! Hélas ! je m'en sou\iens, le jour que son courte Lui fit chercher Achille, ou plutôt le trépas,

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11 demanda son fils, et le prit dans ses bras :

« Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes.

J'ignore quel succès le sort garde à mes armes ;

Je te laisse mon fils pour gage de ma foi :

S'il me perd, je prétends qu'il me retrouve en toi.

Si d'un heureux hymen la mémoire t'est chère,

Montre au fils à quel point tu chérissais le père. »

Et je puis voir répandre un sang si précieux?

Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux?

Roi barbare, faut-il que mon crime l'entraîne?

Si je te hais, est-il coupable de ma haine?

T'a-t-il de tous les siens reproché le trépas?

S'est-il plaint à tes yeux des maux qu'il ne sent pas '.

Mais cependant, mon fils, tu meurs si je n'arrête

Le fer que le cruel tient levé sur ta tête.

Je l'en puis détourner, et je t'y vais offrir !...

Non, tu ne mourras point, je ne le puis souffrir.

Allons trouver Pyrrhus. Mais non, chère Céphise,

Va le trouver pour moi.

CÉPHISE

Que faut-il que je dise?

ANDROMAQUE

Dis-lui (jue de mon fils l'amour est assez fort... Crois-tu que dans son cœur il ait juré sa mort? L'amour peut-il si loin pousser sa bai'barie?

CÉPHISE

Madame, il va bientôt revenir en furie.

ANDROMAQUE

Eh bien ! va l'assurer...

CÉPHISE

De quoi? de votre foi?

ANDROMAQUE

Hélas ! pour la promettre est-elle encore à moi? 0 cendres d'un époux ! ô Troyens ! ô mon père ! 0 mon fils ! que tes jours coûtent cher à ta mère ! Allons.

CÉPHISE

Où donc, madame? et que résolvez-vous?

ANDROMAQUE

Allons sui- sou tombeau consulter mon époux.

ANDKOMAOUi-: = li>7

Au comniencement do l'acte IV, Audroiiiaquo a trouvé le conseil qu'elle cherchait : elle sait maintenant comment accommoder son devoir maternel, qui lui impose de sauver à tout prix Astyanax, avec la fidélité qu'elle veut conserver à Hector; elle épousera donc Pyrrhus, et elle le dit à Céphise; elle s'unira avec lui devant les autels et elle l'engagera du même cou]) à son fils « par des nœuds immortels ». Mais aussitôt, dit-elle\

Ma main, à moi seule funeste, D'une infidèle vie abrégera le rc-^te, Et sauvant ma vertu, rendra ce que je doi A Pyrrhus, à mon fils, à mon époux, à moi. Voilà de mon amour l'innocent stratagème ; Voilà ce qu'un époux m'a commandé lui-même. J'irai seule rejoindre Hector et mes aïeux. Céphise, c'est à toi de me fermer les yeux.

[Céphise essaie vainement de la détourner de son projet. Hermione et Cléone surviennent. Hermione vient d'apprendre le nouveau revirement de Pyrrhus et elle ne respire plu? que haine et que vengeance. Elle fait chercher Oreste et lui pose tout de suite la question :|

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