‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 52 sur 130 · SCÈNE V PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX · texte numérisé non relu

SCÈNE V PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX

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\ nus ne m'attendiez pas, madame; et je vois bien t.Mie mon abord ici trouble votre entretien. •Il' ne viens point, armé d'un indigne artidce, l>'un voile d'équité couvrir mou injustice :

i'S> == RACINE. — CHAP. Mil

H suffit que mon cœur me condamne tout bas ;

Et je soutiendrais mal ce que je ne crois pas.

J'épouse une Troyenne. Oui, madame, et j'avoue

Que je vous ai promis la foi que je lui voue.

Un autre vous dirait que dans les champs troyens

Nos deux pères sans nous formèrent ces liens.

Et que, sans consulter ni mon choix ni le vôtre,

Nous fûmes sans amour engagés l'un à l'autre ;

Mais c'est assez pour moi que je me sois soumis.

Par mes ambassadeurs mon cœur vous fut promis ;

Loin de les révoquer, je voulus y ^souscrire :

Je vous vis avec eux amver en Épire ;

Et quoique d'un autre œil l'éclat victorieux

Eût déjà prévenu le pouvoir de vos yeux.

Je ne m'arrêtai point à cette ardeur nouvelle,

Je voulus m'obstiner à vous être fidèle ;

Je vous reçus en reine ; et jusques à ce jour

J'ai cru que mes serments me tiendraient heu d'amour.

Mais cet amour remporte ; et, par un coup funeste,

Andi'omaque m'arrache un cœur qu'elle déteste :

L'un par l'autre entraînés, nous courons à l'autel

Nous jurer malgré nous un amour immortel.

Après cela, madame, éclatez contre un traître.

Qui l'est avec douleur, et qui pourtant veut l'être.

Pour moi, loin de contraindre un si juste courroux,

Il me soulagera peut-être autant que vous.

Donnez-moi tous les noms destinés aux parjures :

Je crains votre silence, et non pas vos injures ;

Et mon cœur, soulevant mille secrets témoins,

M'en dira d'autant plus que vous m'en direz moins.

HERMIONE

Seigneur, dans cet aveu dépouillé d'artifice.

J'aime à voir que du moins vous vous rendiez justice,

Et que, voulant bien rompre un nœud si solennel,

Vous vous abandonniez au crime en criminel.

Est-il juste, après tout, qu'un conquérant s'abaisse

Sous la servile loi de garder sa promesse?

Non, non, la perfidie a de quoi vous tenter ;

Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter.

Quoi ! sans que ni serment ni devoir vous retienne,

Kechercher une Grecque, amant d'une Troyenne;

Me quitter, me reprendre, et retourner encor

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j^'v ia filb (IHélène à la veuve d'Hector; Couronner tour à tour Tesclave et la princesse ; Immoler Jroie aux Grecs, au fils d'Hector la Grèce ; Tout cela part d'un cœui- toujours maître de soi, D'un héros qui n'est point esclave de sa foi. Pour plaire à votre épouse, il vous faudrait peut-être Prodiguer les doux noms de parjure et de traître. Vous veniez de mon front observer la pâleur, Pour aller dans ses bras rire de ma douleur. Pleurante après son char vous voulez cpi'on me voie ; Mais, seigneur, en un jour ce serait trop do joie ; Et sans chercher ailleurs des titres empruntés, 'Se vous suffit-il pas de ceux que vous portez? Du \ieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille exj)irante à sa vue, Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l'âge avait glacé ; Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée : De votre propre main Polyxène égorgée Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous Que peut-on refuser à ces généreux coups?

PYRRHUS

Madame, je sais trop à quels excès de rage

La vengeance d'Hélène emporta mon courage :

Je puis me plaindre à vous du sang que j'ai versé ;

Mais enfin je consens d'oublier le passé.

Je rends grâces au ciel que votre indifférence

De mes heureux soupirs m'apprenne l'innocence.

Mon cœur, je le vois bien, trop prompt à se gêner,

Devait mieux vous connaître et mieux s'examiner.

Mes remords vous faisaient une injure mortelle ;

H faut se croire aimé pour se croire infidèle.

Vous ne prétendiez point m'arrêter dans vos fers :

J'ai craint de vous trahir, peut-être je vous sers.

Nos cœurs n'étaient point faits dépendants l'un de l'autre :

Je suivais mon devoir, et vous cédiez au vôtre :

Rien ne vous engageait h m'aimer en effet.

HERMIOXE

Je ne t'ai point aimé, cruel ! Qu'ai-je donc fait? J'ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes; Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces ; J'y suis encor, malgré tes infidéhtés,

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Et malgré tous mes Grecs honteux de mes bontés.

Je leur ai commandé de cacher mon injure ;

J'attendais en secret le retour d'un parjuie;

J'ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu,

Tu me rapporterais un cœur qui m'était du.

Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle?

Et même en ce moment où ta bouche cruelle

Vient si tranquillement m'annoncer le trépas,

Ingi'at, je doute encor si je ne t'aime pas.

Mais, seigneur, s'il le faut, si le ciel en colère

Réserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire,

Achevez votre hymen, j'y consens ; mais du moins

Ne forcez pas mes yeux d'en être les témoins.

Pour la dernière fois je vous parle peut-être.

Différez-le d'un jour, demain vous serez maître...

Vous ne répondez point? Perfide, je le voi.

Tu comptes les moments que tu perds avec moi !

Ton cœur, impatient de revoir ta Troyenne,

Ne souffre qu'à regret qu'une autre t'entretienne.

Tu lui parles du cœur, tu la cherches des yeux.

Je ne te retiens plus, sauve-toi de ces Heux;

Va lui jurer la foi que tu m'avais jurée ;

Va profaner des dieux la majesté sacrée :

Ces dieux, ces justes dieux n'auront pas oublié

Que les mêmes serments avec moi t'ont h'é.

Porte aux pieds des autels ce cœur qui m'abandonne;

Va, cours ; mais crains encor d'y trouver Hermione.

I Malgré tout, elle hésite, elle est déchirée par les sentiments les plus contradictoires ; au cinquième acte, dans un assez long monologue, on la voit qui souhaite et craint tour à tour la mort de Pyrrhus. L'arrivée de Cléone, qui lui conte avec un luxe de détails un peu bien cruels tout l'appareil de la cérémonie et la marche à l'autel d'Andro- ^ maque et de Pyrrhus, fait cessar ses hésitations. Elle est indignée surtout de l'inaction d'Oreste qui, troublé par la majesté du trône, se consulte et n'ose frapper. Eh bien, elle prendra la place du lâche ; elle-même frappera Pyrrhus ; elle s'élance et se heurte à Oreste qui accourt lui annoncer que « c'en est fait », qu'elle est « servie «^ :

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