LUCIEN MARTIN
(suite)
Après ma visite chez Gilberte Martin, grâce à ses bons conseils, j'étais en mesure de préparer mon année de travail avec méthode et sans perte de temps. Je pris donc congé de cette charmante camarade, en la remerciant de son trouble.
Le lendemain, j'ai essayé de communiquer avec le grand violoniste français, Jacques Thibaud, pour qui j'avais eu l'honneur de jouer au studio de mon professeur à Montréal, l'éminent pédagogue Camille Couture. Peine pordue, Jacques Thibaud n’était pas à Paris, mais on tournée de concerts en France. Je dus donc lui écrire. Dans sa lettre, Jacques Thibaud me fit savoir qu'il ne donnait pas de leçons, car il n’en avait pas le temps. Cependant, il me donna le conseil de faire mon entrée à l'Ecele Normale de Musique de Paris, me recommandant comme futur maître, Maurice Hayot. En entrant à cette école, Jacques Thibaud m'assurait qu'il pourrait suivre avec intérêt mon travail et que je serais assez souvent en contact avec lui, car 5l était un des fondateurs de l'école avec Alfred Cortot, pianiste français d'illustre mémoire. J'ai suivi les conseils de Jacques Thibaud,
Je communiquai avec Maurice Hayot qui me donna rendez-vous pour une audition. Après l'audition, je fus accepté dans sa classe à l'école, en plus, il accepta de me donner des leçons particulières, Je le trouvai très sympathique et il me donna rendez-vous pour la semaine suivante. Lorsque pour la première fois j'entrai dans la classe du maître, qu'elle ne füt ma surprise de renconirer un de mes camarades, nul autre qu'Arthur Leblanc. Leblanc était aussi élève de Maurice Hayot. Il venait d'obtenir sa ‘’licence de concert” quelques mois auparavant à l'Ecole Normale de Musiaue de Paris, Inutile de dire que Leblanc ei moi avons donc été compagnons d’études pour toute l’année scolaire.
Cette année d'études fut très dure.
Maître Hayot était très exigeant pour ses élèves. Comme c'était un bon maitre, je faisais mon possible pour lui être agréable. Avec beaucoup de tra-
avec beaucoup de succès le rôle diffile de Guy, dans la dernière pièce d'Ovila Légaré, ‘Le Dévouement fatal”.
À la radio, il a fait ses premières armes à CHLP, sous l'égide de Claude Sutton et de Jean Bart, On a également pu l'entendre dans “La Fiancée du Commando”, ‘Grande Soeur”, “Le Médecin de Campagne“, ‘Le Journal de mon curé”, “Incroyable mais vrai”,
etc.
vail et de patience, j'arrivai au bui que je m'étais donné, c'est-à-dire intéresser et forcer l'admiration de mon professeur. Quand arriva le temps des vacances, il était temps car je sentais que je ne pourrais pas aller plus loin à ce train-là!
À part mes études de violon, cette première année, il faut dire qu'il y avait d’autres cours à suivre. Les cours de M. Tracol qui avait charge de la classe de musique de chambre. Les çours d'analyse musicale... d’harmonie, etc. etc... Aussi, il y avait les-àcôtés: les concerts Pasdeloup, les concerts Lamoureux, la Symphonie de Paris à la salle Pleyel sous la direction de Pierre Monteux, les conceris donnés par de jeunes aspirants violonisies virtuoses, pianistes, etc., ec... Los conceris des grands tel que Kreisler, Heifetz, Thibaud, Elman, et un nouveau violoniste qui faisait parler beaucoup de lui... Francescati. Je ne parle ici que des violonistes, mais il y avait autant de pianistes, violoncellistes. Enfin de quoi se nourrir le crâne de bonne musique. Incroyable le nombre de concerts, tous aussi intéressants les uns les autres que l'on peut entendre à Paris. Quand je pense qu'ici à Montréal, c'est à peine si on a dix concerts symphoniques dans une saison.
Enfin c'est toujours mieux qu'il y a quinze ans où l'on avait pratiquement rien, si ce n'est que l'effort individuel de quelques artistes courageux qui étaient à peine apréciés. Cependant nous devons admettre que depuis ce temps-là, on a beaucoup évolué et que l'avenir semble très prometteur.
Aux vacances, comme les Chaumiers m'avaient invité à passer l'été avec eux en Bretagne, je décidai avec un jeune compagnon américain de faire le trajet de Paris à Roscoff en bicyclette ou vélo, comme on dit à Paris.
Les Chaumiers se sont bien amusé à notre idée, et ont bien ri un peu de nous, mais notre décision était prise.
Je m'achetai donc une bicyclette et au jour fixé, après des préparatifs minutieux, nous partimes, le jeune homme et moi, avec comme bagages: deux barres de savon, une serviette, une brosse et pâte à dents, un peigne (j'avais encore des cheveux dans le temps) deux cents francs en poche, $14.00 dollars en argent canadien. Trajet de 600 kylomètres à peu près. Le départ fut très impressionnant. Nous partions de la Villa Guilmant et tous les pensionnaires s'étaient fait un devoir de venir nous dire bonjour et nous souhaiter bon voyage. Quelques sceptiques offraient du deux contre un que nous rebrousserions chemin avant d'arriver à Rouen. Je donnai donc le signal du départ à mon copain, et c'est dans un petit nuage de poussière que nous nous éloïignâämes de ces braves gens, ayant encore au oreilles leurs bons souhaits et leurs plaisanteries amicales.
Montréal, 21 mai 1949
Ed
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CHLP
l'écho français de Montréal
présente