‹ Radio '49Chapitre 31 sur 35 · HEROISME TARDIF · texte numérisé non relu

HEROISME TARDIF

Une petite fille est tombée dans un puits. Deux jours plus tard, d'héroïques sauveteurs ont remonté son cadavre à la surface. Presque au même moment, un enfant s'est noyé dans une piscine, un autre s'est égaré dans la montagne, un troisième a avalé par mégarde un poison destiné à tuer les insectes, un auire est tombé du troisième étage. Enfin, la liste s'allonge, chaque jour.

Le drame de la petite fille a causé un vif émoi, non seuleraent en Californie, mais dans tous les états américains et à l'étranger. Près du puits fatal, des milliers de sepctateurs ont assisté au sauvetage inutile, la nuit comme le jour, sous le feu du soleil et des projecteurs de cinéma. La radio, la télévision et les actualités avaient leurs équipes “on the spot”. Les sauveteurs bénévoles, qui ont risqué leur vie pour arracher la petite à son tombeau de métal rouillé, ont été interviewés, photographiés. On leur a constitué une bourse en récompense de leurs efforts, et qui sait ? l'un d'eux fera peut-être du cinéma.

Dans tout cela, on a simplement oublié de mesurer la responsabilité des parents. Respectons leur douleur, mais tirons quand même conclusion : la méthode américaine d'élever les enfants souffre d'un manque de surveillance et de la prudence la plus élémentaire. Le puits dans lequel la petite fille est tombée se trouvait non loin de la maïson paternelle, dans un champ abandonné mais qui avait servi autrefois à des sondages pour le pétrole. Ce n'était pas précisément ce que l'on peut appeler un terrain peu recommandable, même si le puits en question était de faible diamètre. Dans l’affolemeni qui suivit l'accident, on tendit une corde à la petite, ce qui était une maladresse car l'effort qu'elle accomplit pour s’agripper à cette corde la fit glisser plus bas. Des nains, des jockeys, des acrobates de petite taille s'offrirent à descendre dans le puits, mais on ne leur permit pas de tenter cette dangereuse expérience. Pourtant, il y a trente ans, un jeune nègre sauvait, au Texas, un enfant qui était tombé dans un trou beaucoup plus petit. Maïs cela, on le sut trop tard. Les sauveteurs bénévoles perdirent un temps précieux en creusant une première excavation, que l'on dut abandonner pour entreprendre le forage d’un second puits. Dans le cas des enfants perdus, noyés et empoisonnés, il s’agit encore de l'insouciance des parents. C'est le règne des “haby-sitters'”’. Les enfants sont confiés, moyennant 50 sous et parfois un dollar, à des enfanis plus âgés, pendant que les parents vont au cinéma ou chez leurs amis, Durant le jour, les petits sont souvent lais. sés seuls dans un enclos, derrière la maïson, Quand les parenis constatent leur disparition, il est trop tard. Toute une armée de chercheurs est requisitionnée par les parents imprudents et malheureux. Cela donne lieu à un concours d'héroïsme le plus souvent tardif,

La facilité avec laquelle on peut trouver des héros en Californie, pays du cinéma, encourage les parents jusqu’à un certain point, à laisser leurs enfants sans surveillance, C'est à croire vraiment qu’un nouveau sport vient d'être mis à la mode,

Quand donc les parents seront-ils les premiers à gagner le prix d’héroïsme californien ?

Parlons aussi des adultes. Deux chercheurs d’or improvisés se sont perdus dans le désert de la Vallée de la Mort. Ils

Page 26

Page 1