LE DENTISTE
Le bourreau a mis bas son habit, relevé ses manches; d’une main il brandit un sabre, de l’autre saisit aux cheveux le patient (c’est un garde-champêtre) et dit a la foule des paysans ébahis : Voilà où Ton reconnaît T homme adroit, l’homme qui a étudié. A gauche , un tableau accroché au-dessus d’une table représente un malheureux garrotté sur une chaise , deux hommes procèdent à l’extraction d’une de ses dents, au moyen d un levier sur lequel ils pèsent de tous leurs efforts ; en tête du tableau, on lit : Chicot, surnommé TOusard.
213. Deux ouvriers, anciens militaires , déjeunent au cabaret ; auprès d’eux, sont attablés de jeunes sous-officiers qui, sans doute, ont tenu quelque propos mal sonnant à l’oreille de leurs voisins ; l’un de ces derniers, coiffé d’un bonnet de police et portant le ruban de légionnaire à la boutonnière d’une redingote passée par-dessus son tablier de travail, se retourne vers le soldat placé derrière lui, et dit avec un geste plein de promesses: Toi , joli sergent, — ne dis pas de mal des Anciens, — et fais ensorte , — cpie je mange ma soupe tranquilement ; au fond, sur un mura 1 angle duquel est accrochée cette enseigne : Au Cadren bleu, on lit: Juin — donne a boire et a mangere— le tous a juste
214. — Un bourgeois grotesque , les lunettes sur le nez , les
cheveux rassemblés en une petite queue que redresse un immense col de chemise , a endossé Tuniforme de Garde national , bonnet à poil hérissé , habit trop court laissant apercevoir la moitié d’un gilet rayé. Ma foi, ma chère I — dit-il , à sa femme , en achevant de passer ses gants , il ri est tel que la grande tenue , — ca vous donne tout de suite un air !