SCENE V LE DESTIN, ISABELLE
Où courez-vous? Par un transport extrême, Madame Bouvillon vous prévient elle-même : Que va-t-elle penser en ne vous trouvant pas?
Des nobles campagnards la retiennent là-bas; Tandis qu'elle s'amuse en compliments frivoles, Ne perdons point de temps en de vaines paroles. Vous savez ce qu'au Mans mon cœur vous a promis, Vous savez ce qu'ici le vôtre m'a permis; Pour votre enlèvement tout est prêt, et Léandre Avec trois bons relais en lieu sûr va nous rendre. A la porte du parc courons sans hésiter . . .
Etes-vous sûr que rien ne nous puisse arrêter ? La jour est encor grand, quelqu'un peut nous
[surprendre ;
De penr de quelque obstacle, il vaudrait mieux
[attendre ; La nuit serait un temps propre à notre désir.
LE DESTIN
Quel temps plus favorable avons-nous à choisir? Madame Souvillon est là-bas en affaire; Le soin de notre troupe occupe votre père ; L'embarras qu'ils auront l'un et l'autre en ces lieux, Et sur vous et sur moi lui fermera les yeux, Et nous serons déjà bien loin de leur présence Avant que quelqu'un d'eux ait appris notre absence. Est-ce qu'en différant, et par précaution, Vous voulez donner temps à Biaise Bouvillon De vous épouser?
Moi! que venez-vous me dire?
De tous les maux pour moi ce serait là le pire ; J'aimerais mieux mourir que le voir mon époux.
Et qui vous retient donc? parlez; est-ce, entre nous, Que ma profession vous tiendrait en balance? Ignorez-vous combien on nous estime en France? Sans vanité, madame, il est très peu de lieux Où je ne sois en droit d'oser lever les yeux.
Si vous vous défiez de la foi que j'en donne, Il faut . . .
ISABELLE
Je n'ai des yeux que pour votre personne, Et n'examine rien que vos seuls intérêts. Madame Bouvillon m'observe ici de près:
Ayant un grand crédit sur l'esprit de mon père, Par avance elle prend sur moi des droits de mère ; A ses ordres mon père attache mes destins, Elle vous voit d'un œil qui fait que je la crains.
LE DESTIN
Ne craignez rien.
ISABELLE
Allons . . . Elle vient. Ah ! que faire ?