LA RANCUNE, L'OLIVE, RAGOTIN
l'olive.
Quel tintamarre!
RAGOTIN
A moi, monsieur L'Olive, à moi!
la baguenaudière, jetant le chapeau du charretier.
Quel bruit! les armes bas,, maraud, de par le roi! Apprends, chétif mortel qui devant moi te couvre, Qu'on doit à mon châteaumêmerespect qu'au Louvre.
LE CHARRETIER
Mon pauvre âne qui vient d'expirer devant vous, Morgoy ! m'a mis l'esprit tout sens dessus dessous.
LA BAGUENAUDIÈRE
Et qui l'a fait mourir?
LE CHARRETIER
Cet avocat sans cause.
LA BAGUENAUDIÈRE
Pourquoi ?
Mal à propos mon arme a fait la chose, Mais c'est sans mon aven, demandez-lni plntôt. J'étais parti dn Mans, monté snr nn courtaud, Comme un petit saint George avec cet équipage, Sans avoir le dessein de faire aucun dommage, Foi d'avocat ! Ayant joint la troupe au faubourg, Nous avons pris d'ici le chemin le plus court; Tantôt caracolant devant, tantôt derrière, Et tantôt cajolant l'une ou l'autre portière, Faisant couler le temps, gagnant toujours pays, En propos gaillardins, réjouissants devis, Nous nous sommes trouvés proche votre avenue. D'abord votre présence ayant frappé ma vue, Pied à terre aussitôt j'ai mis avec eux tous; Vous nous avez reçus bras dessus bras dessous. Pour jouir en chemin de votre air amiable, J'ai voulu remonter à cheval, c'est le diable! En montant le matin dans ma cour bien et beau Je m'étais dextrement aidé d'un escabeau; Mais, en pleine campagne étant sans avantage, La pâleur de han han m'est montée au visage. Toutefois prenant cœur pour cet exploit guerrier, J'ai vaillamment porté mon pied à l'étrier; D'une main empoignant le pommeau de la selle, Pour porter l'autre jambe en l'autre part d'icelle, Je me guindais en l'air quand la selle a tourné ;
Au crin tout aussitôt je me suis cramponné; Enfin, cahin caha, j'avais monté ma bête. La chose jusque-là n'avait rien que d'honnête; Mais malheureusement ce maudit mousqueton, Ayant entortillé mes jambes de son long, S'est trouvé sur la selle, et juste entre mes fesses. Pour m'affermir dessus, sensible à ces détresses, Mes pieds trop courts cherchant mes étriers trop longs, Ont fait à mon cheval sentir leurs éperons Dans un endroit douillet où jamais la molette N'avait piqué cheval. 11 part, marche à courbette, Plus fort que ne voulait un quasi-Phaéton Dont le corps ne portait que sur un mousqueton. Moi, j'ai soudain serré mes deux jambes de crainte: L'animal aussitôt, à cette double atteinte, A levé le derrière, et moi je suis glissé Aussitôt sur le col où je me suis blessé; Car le cheval mutin, après cette ruade, A relevé sa tête, et fait une saccade Qui du col sur la croupe à l'instant m'a placé, Du maudit mousqueton toujours embarrassé. N'y souffrant rien, il a gambadé de plus belle, Et m'a fait un pivot du pommeau de la selle. M'étant saisi du crin, et me tenant serré, Mon cheval galopait, quand mon arme a tiré: Je me suis cru le coup au travers de la panse; Mon cheval en a craint tout autant, que je pense, Car il en a du coup si rudement bronché,
Que le maudit pommeau qui me tenait bouché Juste un certain endroit comme un bouchon de liège, A mon corps chancelant n'a plus servi de siège. Suspendu donc en l'air, un pied libre et traînant, L'autre pour mon malheur à l'étrier tenant, Jamais de mon trépas je ne me crus si proche. Enfin je fais effort, et mon pied se décroche; Lors on a vu soudain, comme un fardeau de plomb, Corps, harnais, baudrier, épée, et mousqueton, Bandoulière, enfin bref tout l'attirail de guerre, Donner, non sans douleur, de compagnie à terre ; Et tout cela s'est fait, ma foi! sans vanité, Bien plus adroitement que je n'étais monté. A peine relevé de cette culebute, J'avais l'esprit encore étourdi de ma chute, Quand cet homme a plein poing est venu me charger : M'étant senti des pieds encor pour déloger, J'ai promptement cherché du secours dans la fuite ; Mais il s'est jusqu'ici chargé de ma conduite, Toujours la fourche aux reins.
LE CHARRETIER
Eh mordienne! ai -je tort?
Du coup qu'il a tiré, monsieur, mon âne est mort ; Il me le doit payer.
RAGOTIN
L'ai-je fait par malice?
LA BAGUENAUDIERE.
Va songer an bagage, on te fera justice. Allons tous au-devant des dames.
BLAISE BOUVILLON
Les voici.