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LA VIE 6i
même raison, et à peu près clans le même temps, qu'il me fallut encore abandonner une méthode de composition déjà bien avancée ». Ainsi Rameau, en même temps qu'il devient meilleur, perd ses forces. Le sentait-il? Peut-être, car il se met au travail avec une activité fébrile, comme s'il craignait devoir le temps lui échapper; cette même année 174^, il donne encore les Fêles de Polymnie, opéra-ballet en trois actes, de Caliuzac 1, représenté à l'Opéra le 12 octobre, et le Temple de la Gloire, opéra en cinq actes, rimé par Voltaire, et joué à Versailles le 27 novembre, à Paris le 7 décembre ; le i5 mars 1747, ce sont les Fêles de l'Hymen et de l'Amour, opéra-ballet de Cahuzac, donné à Versailles pour le second mariage du Dauphin; le 29 février 1748, Za'is^ opéra du même Cahuzac, donné à Paris ; le 27 août, Pygmalioii, que Rameau remit en musique d'après l'ancien Ballet des Arts de La Motte, retouché par Ballot de Savot'; le 27 novembre, les Surprises de V Amour, ballet en deux actes, de Gentil-Bernard, donné à Versailles sur le théâtre
1. Louis de Cahuzac, né à Montauban. mort à Paris en 1759, auteur médiocre de comédies {Zénéide. 1742). de tragédies (/*/ia7-rt//io/2</. 1736; le comte de Wanvick, 1742). et surtout d'opéras et de ballets. Sou expérience de ce dernier genre donne de lintérèt à son Traité de la danse ancienne et moderne (La Haye, 1754).
2. C'était le frère du notaire avec qui Rameau était eu affaire à ce moment, M'' Ballot.
iri JEAN-PHILIPPE RAMEAU
des Petits-Appartements; et le :i2 avril 1749» Naïs, opéra de Cahiizac, donné à l'Opéra en l'honneur de la paix d'Aix-la-Chapelle.
Plusieurs de ces spectacles, on le voit, étaient destinés à la Cour ; mais c'est bien de son propre mouvement que Rameau a écrit Zaïs et Pygmalion ; et il était de force à résister même aux désirs du Roi, s'il l'eût voulu. Visiblement, il se hâte, et parfois il se force : Pygmaliou a été écrit en huit jours' ; et tous ces ouvrages contiennent des endroits pleins de charme, à coté d'autres qui trahissent la fatigue. Rameau le sait bien sans doute, et tente un plus grand effort ; le 5 décembre 1749/ il fait représenter un opéra nouveau : Zoroastre^ dont les paroles sont du nécessaire Cahuzac. La pièce fut montée avec un luxe extraordinaire ; mais elle est inégale. L'inspiration s'élève, et en môme temps se raréfie. h'Oiwerture est d'une beauté pure et neuve ; il faut ensuite traverser des déserts de chant, des pompes monotones, que tout à coup parfume une idée fraîche comme une fleur. Mais do telles rencontres sont rares, et Rameau, sentant le défaut de son imagination, a largement puisé dans ses anciens recueils, celui de 1741 surtout : même YAgaçaiUc, transposée de sol en
i.DeLéris. Dictoiinuiri' ftorldlifdi's Tliràtrrs(i']^/f), p. iGS.
ré, est devenue, à notre surprise, l'introduction pour la quatrième scène du deuxième acte. Selon Decroix \ il aurait aussi fait main basse sur les airs de Samson, qui lui étaient finalement restés. Le public fut rebuté d'abord : ce n'est qu'à Dresde, en i75i-, que Zoroastre trouva le succès, et plus tarda Paris, à la reprise de 1706.
Rameau a des consolations : en 1750, il publie sa Démonstration du principe de V Harmonie, dédiée à M. le Comte d'Aro-enson, ministre et secrétaire d'État, et « approuvée par Messieurs de l'Académie royale des Sciences ». Rameau avait même fait imprimer à la suite le rapport du comité de lecture, où il est déclaré « digne de l'approbation et de l'éloge des philosophes »; et on lit au bas les signatures de Mairan, xXicole et d'Alembert. Nul suffrage ne pouvait lui être plus précieux que celui de ces savants. Le 10 avril de la même année, le Roi lui accordait laoo livres de pension sur les bénéfices de l'Opéra : Fopinion publique ne fut pas étrangère peut-être à cette faveur. Nous voyons, l'année suivante, la pension n'ayant sans doute pas été payée, Collé s'indigner « qu'on ne fasse