‹ Rameau (volume 2)Chapitre 31 sur 114 · I. Maket, p · texte numérisé non relu

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ga JEAN-PHILIPPE RAMEAU

forces. Musiciens et chanteurs le craignent et le détestent, à FOpéra, et il leur garde éternellement rancune pour les passages qu'ils l'ont contraint de supprimer, faute de pouvoir ou de vouloir les jouer convenablement. 11 n'est pas l'homme des grandes scènes, ni du grand public ; ce qu'il lui faut, c'est un auditoire d'amateurs, capables de faire un effort pour l'écouter; c'est un orchestre d'artistes, à la fois « habiles » et de « bonne volonté ». Il trouve l'un et l'autre chez M. de la Pouplinière ; aussi ne doute-t-il pas que l'art ne reste toujours « dans des bornes étroites, tantqu'il manquera de protecteurs accrédités'. »

Mais ce n'est pas à la Cour qu'il ira jamais les chercher. Le seul mérite à ses yeux, c'est d'être musicien, et il ne lui a pas fallu longtemps pour découvrir qu'un titre ou une charge ne confère en aucune manière cette qualité. Un jour qu'on répétait un de ses ballets, qui allait être joué devant le Roi, le maître à danser essayait de lui persuader d'abréger ses menuets et, lui citant le

I. Ramk.vu, Démonslratiun du principe de l'harmonie, p. 94 : « Je regrette à ce sujet le trio des Parques d'y/Z/^/nj/r/e et Aricie, dont Icssai m'avait réussi avec dliabiles musiciens de bonne volonté, et dont l'effet dépasse l'idée qu <ni s'en peut faire, eu égard à la situation. Il nie l'a fallu cependant abandonner pour l'exécution théâtrale. Ainsi l'art restera toujours dans des bornes étroites, tant qu'il manquera de protecteurs accrédités. »

nom d'un très gros personnage : « M. Rameau, cette personne trouvera vos menuets trop longs. — Monsieur, si on ne lui dit pas de les trouver longs, elle les trouvera courts \ » Nul parti pris en tout cela, d'ailleurs, nulle idée d'égalité, dont il n'a cure, mais seulement un sentiment sur et incorruptible des vrais intérêts de la musique. Ghabanon l'a fort bien dit" : « Notre artiste n'était point courtisan, et il ne pouvait l'être, se suffisant à lui-même, ne vivant qu'avec son génie, et négligeant jusqu'à la société des hommes : la sage et tranquille indépendance dont il jouissait n'était point le fruit de ses réflexions, mais la suite de son caractère ; il était né philosophe, comme le chêne naît robuste ».

La gloire ne lui est pas indifférente ; il n'y a pas un artiste qui dans le fond de son cœur n'en soit épris. Mais la beauté de son œuvre lui est plus chère encore. Vers la fin de sa vie, quelqu'un lui demanda un jour « si le bruit des applaudissements plaisait plus à son oreille que la musique de ses opéras ». Il resta quelques instants interdit, sans répondre; puis, « avec une espèce d'enthousiasme, il dit : J'aime encore mieux ma musique !^ »

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