Dans le tempérament égal, dont Bach fait voir les
toutes les gammes semblables entre elles, il a l'oreille assez fine pour les distinguer et les reconnaître.
« Le mode majeur, pris dans Foctave des notes ut^ ré et /a, convient aux chants d'allégresse et de réjouissance ; dans l'octave des notes fa et si\^^ il convient aux tempêtes, aux furies et autres sujets de cette espèce. Dans l'octave des notes sol ou 7?zj, il convient également aux chants tendres et gais ; le grand et le magnifique ont encore lieu dans l'octave des notes re, la ou mi.
« Le mode mineur pris dans l'octave des notes ré, sol, si, ou mi convient à la douceur et à la tendresse ; dans Toctave des notes ut et fa, il convient à la tendresse et aux plaintes ; dans l'octave des notes fa ou si [?, il convient aux chants lugubres. Les autres tons ne sont pas d'un grand
avantages à la même époque [Le clavecin bien tempéré, 1722), on diminue légèrement toutes les quintes, et tous les intervalles, dans toutes les gammes, sont égaux entre eux. Au contraire les tempéraments inégaux, traitant les quintes d'une manière différente, rendent les intervalles inégaux, les gammes dissemblables. Au temps de Rameau, en France, on diminuait les quintes ut-sol-ré-la-mi de manière à obtenir juste (5/4) la tierce ut-mi. On diminuait un peu moins les quintes mi-si-fa^-ut^-soh pour avoir mi-soli^ à peu près juste. Et on augmentait les quintes ut-fa-si^-mi'ç-la\,-ré\> jusqu'à ce que le la\> donnât l'unisson du sol^. On voit facilement que l'intervalle ut-ré, en ut majeur, n'était pas le même que l'intervalle si\)-ut, en Si\> majeur. Chaque ton avait ainsi un caractère tranché, et beaucoup d'artistes tenaient à cette diversité. Mais c'était là, selon Rameau, « un préjugé de musicien ». D'Alembert, Eléments de musique, p. 48, note.
usage, et rexpérience est le plus sûr moyen d'en connaître la propriété \ »
Enfin une suite d'accords, dans un certain ton, ne donne qu'une première ébauche de musique : la mélodie qui doit en sortir n'est pas encore tracée, ni même indiquée. Ici s'arrête le pouvoir des lois, l'imagination retrouve sa liberté entière : elle n'en usera qu'entre les limites dont l'harmonie ne lui permet pas de s'écarter.
« La mélodie n'a pas moins de force dans les expressions que l'harmonie ; mais il est presque impossible de pouvoir en donner des règles certaines, en ce que le bon goût y a plus de part que le reste ; ainsi nous laisserons aux heureux génies le plaisir de se distinguer dans ce genre, dont dépend presque toute la force des sentiments ; et nous espérons que les habiles gens, pour qui nous n'avons rien dit de nouveau, ne nous sauront pas mauvais gré d'avoir déclaré des secrets dont ils auraient peut-être souhaité être les seuls dépositaires, puisque notre peu de lumières ne nous permet pas de leur disputer ce dernier degré de perfection, sans lequel la plus belle harmonie devient quelquefois insipide, et par où ils sont toujours en état de surpasser les autres ; ce n'est pas que lorsque l'on sait disposer