L’ÉGYPTE AYANT RAMSÈS
L’ÉGYiTE AVANT RAMSÈS.
Le Nil, son bassin et ses premiers colons. — Races d’hommes connues en Égypte quinze siècles ayant J. O. — Chronologie ante-historique de l'empire égyptien. — Ména, premier dynaste. — Désaccord entre l’épigraphie et la géologie. — Invasion des Hycsos. — Lutte et guerre nationales. — La dix-huitième dynastie.
Lorsque ]e voyageur européen se dirige vers l’angle sud-est de la Méditerranée, il ne doit pas s’attendre à voir la terre d’Afrique se révéler à lui par ces grands aspects auxquels ont pu l’habituer les paysages alpins de la Ligurie, des iles Thyrhéniennes, de l’Italie ou de la Grèce. Sur la rive d’Afrique qui fait face à l’Asie Mineure, rien de pareil : une vapeur
rougeâtre, due sans doute à la raréfaction de l’air échauffé par l’action réunie du sable et du soleil, est à l’horizon le premier indice du voisinage de la terre; le second est donné par quelques têtes de palmiers, que la réfraction soulève dans la brume. Enfin, presque au moment où on va l’aborder, la côte basse et sablonneuse qui les supporte apparaît, comme une ligne mince et rougeâtre, frêle démarcation entre le vert foncé des eaux et le pâle azur du ciel.
Au delà de cette ligne, des marais auxquels leur étendue a valu le nom de lacs, et des sables mouvants, recommencent sans fin avec la culture et la fertilité du sol la lutte antique des deux frères rivaux, Typhon et Asiri1. Puis, derrière cette seconde zone une large plaine, presque à fleur d’eau, coupée de nombreux canaux, s’étend vers le sud, en se rétrécissant jusqu’au point d’où ces canaux et le fleuve qui les alimente divergent en triangle vers la mer. Ce fleuve, c’est le Nil ; cette plaine, c’est son Delta : terre noyée périodiquement pendant trois mois par les eaux qui l’ont créée ; « tapis de verdure,
1. Orthographe la plus exacte, croyons-nous, de YOsiris classique. Asiri = Asura, une des appellations les plus anciennes que l’homme ait employées pour désigner Dieu. (Voir E. Burnouf, commentaire sur le Yaçna; et Jean Reynaud, étude sur Zoroastre.
de fleurs et de moissons, de novembre en mars ; sol brûlant et crevassé , chargé d’une poussière noire et impalpable, pendant le reste de l’année Y » Au sommet du Delta, l’horizon s’élève et se rétrécit du sud-est au couchant. Là, viennent s’amoin- * drir et plonger sous les sables les crêtes des collines qui, depuis les gradins de la haute Afrique, resserrent l’étroite vallée du Nil entre leurs chaînes parallèles, et la protègent contre les invasions toujours menaçantes des déserts qu’elle traverse. Au pied du Mokattan, dernier escarpement de la chaîne arabique, s’étend la ville moderne du Kaire. Presque vis-à-vis, sur la rive gauche du fleuve, un angle saillant de la chaîne Libyque sert de base aux pyramides éternelles, dont le soleil, à son coucher, projette les ombres gigantesques sur le bois de palmiers qui recouvre l’espace où fut Memphis. « Placées à l’entrée de la vallée du Nil, elles ressemblent aux portes funèbres de l’Égypte, ou plutôt -à quelque monument triomphal élevé à la mort pour ses victoires. Pharaon est là avec tout son peuple, et ses sépulcres sont autour de lui1 2! »