Homère, Iliade, ch. 24, et Ménandre, Fragments
blé de son frère Ménephtah, ressentit doublement la perte, a laissé des souvenirs sur un grand nombre de monuments, notammentà Memphis, dont il était gouverneur ou vice-roi. Les inscriptions lapidaires nous le montrent présidant, à ce titre, dès la trentième année du règne de son père, les grandes panégyries qui se célébraient tous les quatre ans dans cette ville en l’honneur du dieu Phtah.
Noire savant compatriote, M. Mariette, auquel on doit le déchiffrement de ces inscriptions, en a retrouvé un grand nombre d’autres, consacrées au même prince au fond du Sérapéum de Memphis, cette étrange nécropole, peuplée d’Apis ou taureaux fétiches, dont les procès-verbaux mortuaires ont permis à l’infatigable épigraphiste de contrôler par des chiffres réels les dates hypothétiques d’une portion notable de la chronologie égyptienne et d’apporter, à l’appui ou au discrédit de l’existence de dynasties royales et de monarques fils des dieux, le témoignage irrécusable d’humbles ruminants.
Selon toute apparence, Scha-em-Djom a été inhumé dans le Sérapéum, où, après trente-trois siècles, M. Mariette croit avoir découvert ses restes momifiés. Nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici les termes mêmes du rapport que le
célèbre érudit a adressé sur ce sujet à ses confrères d’Europe.
a Trois des cinq Apis morts pendant la seconde moitié du règne de Ramsès II ont été ensevelis dans les chambres numéros 2, 3 et 4 des petits souterrains. Les deux autres avaient été déposés dans un même caveau, dont une paroi porte la date de Tan 55 du grand roi. L’un mourut lorsque le prince
Momie avec ses bandelettes.
Ménephtah, qui plus tard devait succéder à son père Ramsès II, eut remplacé Scha-em-I)jom dans le gouvernement de Memphis, et par la position de la momie, je ne pense pas que ce soit à cet Apis que se rapporte la date écrite sur le mur. L’autre est mort par conséquent en l’an 55, et cette remarque a de l’intérêt si, comme il pourrait se faire, la momie dont j’ai recueilli les débris, au lieu d’être celle d’un Apis, était celle du prince Scha-
em-Djom lui-même. Ce point nouveau mériterait de
Cercueil renfermant l’étui.
longues explications. Qu’on se figure une momie de
forme humaine, détruite dans toute sa partie inférieure à partir de la poitrine. Un épais masque d’or, aujourd’hui au Louvre, couvrait le visage. Au cou étaient passées deux chaînes également en or à l’une desquelles trois amulettes étaient suspendues. Quant
Cercueil extérieur contenant le premier cercueil et l’étui.
à l’intérieur, il ne présentait plus qu'une masse de bitume odorant 7 mêlée d'ossements sans forme au milieu desquels étaient enfouis deux ou trois bijoux à cloisons d'or, remplies de plaquettes de verre. Enfin, auprès de ce singulier monument, je ramassai un gros scara-
bée en stéatite grisâtre, une colonnette en feldspath vert et une vingtaine de statuettes funéraires de forme humaine. Voilà notre Apis, et on aura la mesure de l’embarras dans lequel cette découverte doit nous mettre quand on saura que, tandis que tous les monuments trouvés sur la momie n’indiquent
Sarcophage h
que le titre et le nom de Scha-em-Djom, tous ceux au contraire trouvés dans les environs mentionnent le nom et les qualifications habituelles d’Osorapis. Est-ce là un Apis? est-ce là la momie de Scha-em-
1. Ces sarcophages, en porphyre, en basalte, ou en albâtre, formaient la quatrième et dernière enveloppe des momies de haut rang.
Djom qui, mort en l’an 55 du règne de son père, aura tenu à être enterré dans la plus belle des tombes qui ornaient le cimetière de la ville dont il était le gouverneur, à l’exemple des autres grands de l’Egypte qui se faisaient ensevelir à Abydos près de la tombe d’Osiris? »
En résumé, cette trouvaille funèbre, ce magma décomposé, sont-ils les restes du fils bien-aimé de Ramsès, de l’héritier désigné de son immense empire, ou simplement ceux d’un bœuf engraissé dans une étable sacerdotable? N’y a-t-il pas dans ce doute, une raillerie de la renommée et de la mort, aussi amère qu’aucune de celles que l’histoire a jamais recueillies dans les tombeaux?
Nous avons signalé ailleurs les rapports qui existaient entre la durée des règnes des Pharaons et la splendeur de leurs tombes. Celle de Ramsès dut par conséquent surpasser toutes les autres en magnificence. C’était la troisième à droite dans la vallée des tombeaux. Il n’en reste aujourd’hui que d’informes décombres. Toutes les demeures funéraires de la montagne sainte de l’occident ayant été violées et bouleversées par les Perses lors de l’invasion de Cambyse, ces vainqueurs barbares s’acharnèrent spécialement sur la tombe de l’homme en qui s’était surtout incarnée la nationalité égyptienne dans ses
luttes contre les hommes du nord, qu’ils regardaient avec raison comme leurs ancêtres. Cependant, bien avant cette époque de vengeance soldatesque, la réaction sacerdotale, qui avait mis fin à la dynastie des Ramsèsides, qui avait identifié le dieu patron de cette famille guerrière avec Tiphon le génie du mal, qui avait poursuivi les images de Seth jusque dans les cartouches du grand roi, cette réaction avait-elle bien respecté sa mémoire et son cercueil?