‹ Ramses le Grand ou L'EgypteChapitre 11 sur 66 · Voir l’Appendice iv · texte numérisé non relu

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Vue de Pliilæ, petit temple.

bruissements des batailles; plus habile à manier la houe qui fertilise la terre, ou le ciseau qui lui taille dans le granit des ornements pour les heures de la paix, que l’arc et le bouclier qui la sauvent au jour du danger, l’Égypte fléchit tout entière devant les Hycsos, et disparut pour un temps sous l’invasion.

Celle-ci balayant tout devant elle avec une fureur sauvage, surexcitée par le fanatisme d’un culte iconoclaste, ne s’arrêta qu’aux limites mêmes posées par la nature à sa facile conquête ; à cette chaîne rocheuse qui, un peu au-dessous du tropique et parallèlement à lui, court du désert de Libye aux rivages de la mer Rouge.

l'n haut fond à pentes rapides, hérissé d’un labyrinthe d’ilots et de pointes d’un granit sombre, incessamment bruni par le choc et l’écume des flots, marque le passage de cette chaîne à travers le Nil, et constitue le phénomène des cataractes de

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Syène, si élrangement exagéré par la classique antiquité. Un peu en amont de ces rapides s’élève l’île de Philæ, où la mythologie égyptienne avait placé le tombeau d’Asiri, et où en effet semble finir, avec l’Égypte, le sillon de fertilité que le fleuve ouvre depuis là jusqu’à la mer.

Sur les deux rives du Nil, d’énormes masses de grès et de granit aux teintes sombres et calcinées, aux assises bouleversées et confuses, s’élèvent comme le théâtre du triomphe de Nephtis et de Typhon, les dieux du désert et du chaos, et, fermant de toutes parts l’horizon de l’île mystérieuse, contrastent de la manière la plus inattendue avec les blancs pylônes et les colonnades régulières qui couvrent sa surface.

A partir de ce point jusqu’aux plaines de l’île de Say dans la Nubie moyenne, cet amas de rocs, empreint du même cachet de désolation, remonte la vallée du Nil et l’encaisse dans ses falaises abruptes, de manière à ne lui laisser que l’aspect d’un torrent des montagnes, qu’en certains endroits un jet de pierre peut franchir; dont un âpre sentier longe avec difficulté les escarpements; au fond duquel enfin d’étroits sillons d’orge et dourah, ainsi que de rares bouquets de dattiers, indiquent une mince lisière de terres cultivables, qui, cent fois interrom-

Temples de Phüæ, restaurés, d’après la commission d'Égypte.

RAMSÈS LE GRAND, pue par la saillie des rochers, atteint rarement la largeur d’un hectomètre, et nourrit à peine cent mille habitants, sur une étendue de plus de cent cinquante lieues en longueur.

Eh bien, cette pauvre contrée, cette région des pierres , selon l’énergique appellation des Arabes *, fut le salut de la riche et féconde Égypte, aux jours de la domination des Hycsos Elle recueillit derrière sa frontière de granit tous ceux des vaincus qui purent se soustraire à l’épée, ou au joug des envahisseurs. Elle leur offrit, dans les anfractuosités de ses rochers, des temples pour leurs dieux, des palais pour leurs princes, des lieux de ralliement pour leurs guerriers. Tous puisèrent dans son Apre hospitalité l’énergie qui leur manquait et qui transforma, peu à peu , en pensées de vengeance et en

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