‹ Ramses le Grand ou L'EgypteChapitre 25 sur 66 · CAMPAGNES · texte numérisé non relu

CAMPAGNES

DE RAMSÈS LE GRAND

Situation, richesses et population de l’Égypte à l'avénemenl de Ramsès. — Motifs plausibles de ses expéditions. — Campagne en Éthiopie. — Deux grazies à trente-trois siècles d’intervalle. — Départ de Ramsès pour l’Asie. — Son armée. — Témoignages de Tacite, d’Hérodote, de Strahon et des monuments. — Un bulletin de victoire et un poète lauréat du quatorzième siècle avant notre ère. — Bataille d’Atesh. — Retour de Ramsès.

A l'avénement de Ramsès, plus de deux siècles s’étaient écoulés depuis l’expulsion des Hycsos. La succession presque non interrompue d’une dizaine de règnes mémorables avait élevé au plus haut degré la prospérité intérieure de l’empire et son influence au dehors. Les avantages naturels d’une longue sécurité, une administration à la haute ir

des besoins de son époque, la multiplication et le bon entretien des canaux, ces pacifiques conquérants du sol arable sur le désert, augmentaient chaque jour les chances favorables de l’existence, si facile déjà sur une terre féconde et sous un beau ciel. Et tandis que toutes ces causes réunies faisaient des classes agricoles et industrielles de l’Égypte la population la plus laborieuse et la plus compacte qui existât alors, d’autre part la caste militaire, aguerrie de génération en génération par une suite heureuse d’expéditions lointaines, présentait, dans son effectif réel et allégé des chiffres exagérés que nous ont transmis les écrivains de la Grèce et de Rome 1 , la masse de combattants la mieux armée, la plus belliqueuse et la plus redoutable de ces temps antiques.

De tels éléments de grandeur, joints à la jeunesse de ftleïamoun,àson ardeur surexcitée par ses premiers succès de guerre et par l’exemple de son père, nous dispensent de chercher, avec les historiens légendaires, dans les oracles des dieux ou l’inter-

1. On ne peut pas plus admettre les 700 000 hommes armés du récit des prêtres théhains à Germanicus (Tacite, Annales), que l’élite choisie de 640 000 hommes suivant Diodore. L’un et l’autre de ces chiffres donneraient de 2 à 3 millions d’individus pour la caste entière. C'est trop. (Voy. l’Appendice VII.)

prétation des songes, les motifs de son ambition et de ses conquêtes.

De grands troubles d’ailleurs agitaient alors l’Orient et le bruit de leurs commotions lointaines devait retentir jusques aux bords du Nil. Dans les grandes irruptions que Séti I er avait dirigées vers l’Asie centrale, il s’était heurté, à plusieurs reprises, contre la confédération des Chétas, dans le nom desquels semblent se cacher et celui des vieux Hy- S '.os et l’appellation plus moderne des Scythes. Des gorges du Taurus et du Liban, où ils avaient établi leurs citadelles et le centre de leur puissance, ces anciens nomades présidaient aux grands mouvements de populations que les convulsions religieuses ou sociales de la haute Asie ne cessaient de détacher de l’antique trône Arian, et se recrutaient incessamment de nouveaux essaims.

Il était à craindre qu’avant peu tous ces torrents d’hommes ne suivissent la pente creusée par les anciennes émigrations, et ne vinssent comme elles inonder l’Égypte. Attendre leurs attaques était dangereux ; mieux valait courir à leur rencontre, les refouler vers leurs sources, ou, tout au moins, les briser et en disperser les rameaux sur la terre. Ainsi sans doute pensa Meïamoun, et au point de vue moderne on ne peut que l’approuver.

D’après Diodore, que nous croyons pouvoir suivre ici, il se prépara à celte grande entreprise par les actes qui pouvaient le mieux enraciner sa popularité dans l’esprit de ses sujets. Afin de pouvoir compter sur la fidélité de ceux qu’il devait laisser derrière lui sur le sol de la patrie, et de s’assurer la persévérance à toute épreuve des compagnons d’armes désignés pour le suivre, il s’efforça de les enchaîner à son avenir par les liens de l’intérêt et de la reconnaissance Affable et bienveillant pour tous, il déploya une libéralité égale à sa toute-puissance. Il combla les uns de présents; à d’autres il distribua des terres ; à d’autres encore il fit la remise de châtiments encourus et rendit à la liberté tous les accusés d’État, tous les détenus pour dettes, dont le nombre encombrait les prisons*.

La population et le sol de l’empire croissant de règne en règne et nécessitant une nouvelle division territoriale, il arrêta à trente-six le nombre des nomes ou gouvernements provinciaux 1 2 et plaça à la tête de chacun d’eux, pour présider àTadministra-

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