Diodore, liv. I", ch. uv
Après avoir ainsi réglé l’organisation de l’intérieur et de l’armée, Meïamoun dut encore songer à assurer la sûreté des frontières pour tout le temps qu’il comptait employer en expéditions éloignées. Du côté de l’occident, la possession des oasis, que maintenaient des postes fortifiés et l’immensité du désert, écartait l’idée de tout péril sérieux. Au nord, les barrages, entretenus et gardés, qui fermaient les sept bouches du Nil, suffisaient pour interdire aux rôdeurs de la Méditerranée l’entrée de l’Ëgypte et l’émigration aux indigènes. L’isthme de Suez, point de départ et d’arrivée de toutes les routes de l’Asie, couvert en partie par les lacs amers, que chaque grande marée mettait encore à cette époque en communication avec le golfe voisin, était en outre mis à l’abri de toute attaque par les nombreux établissements militaires qui devaient servir de base aux opérations que Ramsès méditait vers l’orient. Restaient les terres du midi , toujours
exposées aux descentes des hordes sauvages de la mauvaise race de Koush, et la mer des Algues , dont les moussons de l’Océan indien avaient appris la route aux Pélasges des bords du Sind et ae la Nerbudda. Toujours en quête d’aventures et de pillage, comme devaient l’être, à bien des siècles d’intervalle , leurs frères de la mer Égée et du grand Océan, ils y venaient fréquemment butiner, parfois comme trafiquants, et plus souvent comme pirates.
Pour remédier à ce double inconvénient, deux choses parurent nécessaires à Meïamoun : la soumission de la haute Éthiopie et l’établissement d’une marine militaire qui , dominant sur les eaux du golfe Arabique, assurerait, avec la sécurité de ses deux côtes , les communications que le commerce et l’exploitation des mines de cuivre de la presqu’île de Tor avaient ouvertes entre elles depuis plusieurs siècles. Ces deux entreprises se liaient l’une à l’autre, car le sol de l’Égypte et de la basse Nubie manquant de bois propres aux constructions navales, il fallait aller en conquérir sur les plateaux arrosés par les affluents du grand fleuve, au-dessus de Méroé.
En conséquence, il pénétra dans ces régions et les parcourut en tous sens à la tête d’un corps d’armée toujours victorieux ; soumettant à des tributs
d’or, d’ivoire, d’ébène et de bois de constructions, toutes les peuplades éthiopiennes qui, du Nil à la mer Rouge, avaient échappé jusqu’alors au joug égyptien. Puis, lorsque les chantiers créés dans les ports qui depuis ont porté les noms d’Adulis, de Bérénice et de Leucos *, lui eurent livré les premiers vaisseaux longs qu’eussent construits des mains égyptiennes *, il s’embarqua sur les eaux du golfe Arabique, et en subjugua les îles et les rives jusqu’à son extrémité méridionale. Le port Mosselycus, situé non loin du cap Guardafui, à 600 lieues de Thèbes, .fut, selon Pline et Strabon, le point extrême qu’atteignit Ramsès dans cette direction*.
Les souvenirs de ces événements, précurseurs d’événements plus grandioses, sont encore déchiffrables aujourd’hui sur les ruines qui couvrent le mont Barkal, au sud de la Nubie, ainsi que sur les débris du Ramesséum et du grand temple de la rive droite de Thèbes. Dans un des tableaux basrelief du spéos d’Ibsamboul , on a même pu constater la rentrée triomphale de Ramsès dans sa capitale, à son retour des régions du midi.