‹ Ramses le Grand ou L'EgypteChapitre 36 sur 66 · Hérodote, Diodore, Manéthon · texte numérisé non relu

Hérodote, Diodore, Manéthon

loin d’être tenté de sourire de l’emphase naïve de ces hommes antiques et de leur enivrement devant leur propre orgueil , nous ne pouvons rester froid à l’invocation du jour dont nous parlons, si enfoui qu’il soit dans les couches de l’histoire, et nous nous sentons entraîné à applaudir aux paroles du grand prêtre de Thèbes, répondant à Méiamoun, au nom de son Dieu :

[Que ton retour soit joyeux ! Tu as poursuivi, dispersé les barbares; tu as brisé leurs arcs et triomphé de leurs chefs. Le monde t’a vu, à mes commandements, percer le cœur des nations maudites et rendre libre le souffle de ceux qui te suivaient sous mes enseignes sacrées ; et le monde s’est arrêté devant toi!... Ma bouche t’approuve.]

« Ainsi, » dit en terminant le barde Pen-ta-our,

« ainsi, le fils du Soleil Ramsès, ami d’Ammon, s’assit sur son trône, comme le Soleil, à toujours, toutes les contrées de la terre lui étant soumises. »

La yérité historique se trouve ici en désaccord avec le lyrisme enthousiaste du poète, car, si l’exploit de Ramsès, la bataille d’Atesh et l’occupation de cette ville, terminèrent la campagne, elles ne . mirent pas fin à la guerre.

De nombreux monuments nous offrent les tableaux d’autres et nombreuses expéditions de Ramsès et de longues listes de peuples nouveaux soumis par ses armes. Dans la campagne de l’an xi, il revint attaquer et prendre de vive force plusieurs forteresses du pays de Canaan, retombées entre les mains des rebelles et entre autres Ascalon ; c’est dans cette localité (Askalouna) place frontière, et non à Péluse, que nous serions tenté de placer la scène de la trahison dont Hérodote nous a laissé le récit légendaire. Enlin, c’est seulement dans la vingtunième année de son règne que Ramsès, au milieu des pompes d’une panégyrie célébrée à Thèbes en l’honneur d’Ammon, vit arriver une ambassade solennelle du prince desChétas, sollicitant du Pharaon un traité de paix définitif. Chétasar se reconnut le vassal, l’allié et le tributaire de Ramsès, et s’engagea à lui fournir un contingent d’auxiliaires chaque fois qu’il en serait requis. Ce traité, mis sous la protection des dieux nationaux de chaque partie contractante, fut gravé sur une stèle et exposé à tous les regards dans le temple d’Ammon. Des alliances réciproques le cimentèrent, et Ramsès admit dans son harem, au rang de ses épouses, la fille aînée de Chétasar.

« Cette paix porta des fruits durables et féconds

pour l’Égypte, où pendant bien longtemps des inscriptions gravées rappellent : que les peuples de Chéta et des bords du A il, chose inouïe jusqu’alors, n'avaient qu’un cœur pour servir Ramsès -Meïamoun 1 . »

Page 1