‹ Ramses le Grand ou L'EgypteChapitre 48 sur 66 · Ampère, loc. cil · texte numérisé non relu

Ampère, loc. cil

dès lors imposé d’autre soin que de jouir en paix du fruit des exploits de sa jeunesse. — Les parois d’Ibsamboul, au contraire, d’accord avec les inscriptions que l’on a pu relever dans les ruines des deux Ramesséums de Thèbes, les plus frustes des monuments du grand roi, ainsi qu’un des bas-reliefs de Beït-el-Oually, nous le montrent dans son âge mûr, entouré de tils nombreux, et combattant avec eux les mêmes ennemis contre lesquels il avait dirigé les expéditions de sa jeunesse : les noires tribus du midi et les hordes blanches ou jaunes du septentrion.

Le tableau de la grande salle d’Ibsamboul, inscrit par Champollion sous le n° 1, offre à cet égard, avec celui que le même savant a copié sur le pylône à demi écroulé du Ramesséum occidental, de telles analogies de détails, qu’on ne peut guère considérer l’un que comme la reproduction de l’autre. Dans tous les deux Ramsès, accompagné de trois de ses tils, hommes faits déjà, montés comme lui sur des chars de guerre, poursuit à toutes brides une armée d’ennemis dont les lourds vêtements recouvèrts de manteaux, la chevelure relevée en une seule mèche au milieu du crâne et le teint pâle, indiqueraient suffisamment l’origine transoxienne, lors même que les légendes de ces pages historiques ne leur

donneraient pas la qualification de Chétas. AThèbes comme à Ibsamboul on voit ces opiniâtres adversaires de Ramsès chercher un refuge dans une place forte dont quatre princes égyptiens, autres fils du conquérant, viennent assaillir les murailles. Nous ignorons si on a retrouvé à Ibsamboul le nom de la ville assiégée, nom dont les ruines du monument thébain n’ont conservé que la dernière moitié. Mais celte terminaison est assez significative, elle se lit : apour. Or ce seul ethnique sanskrit transporte le lieu de la scène bien avant dans l’Orient.

Aux hommes qui ont été appelés à peser sur le monde à la veille de bouleversements profonds dans les couches sociales ou dans l’esprit humain, il n’a pas été donné, que nous sachions, de trouver le repos ailleurs que dans la mort. Tout nous porte donc à croire que, contrairement aux assertions des anciens, Ramsès dut passer les longues années de son

règne à veiller, à lutter, les armes à la main, pour maintenir au dehors le prestige de son nom et l’intégrité de ses conquêtes. Plus d’une fois sans doute il fut obligé, comme depuis notre Charlemagne, de courir en cheveux blancs, de ses frontières du midi toujours menacées par la sauvage barbarie des Nahazis, à celles du nord, toujours ébranlées par les mouvements des populations aryanes, poussant devant elles les Sémites et les Pélasges sur toutes les routes de l’Occident. Plus heureux que le fils de Pépin, la vision des tempêtes qui devaient emporter avec sa dynastie l’œuvre de sa vie, lui fut-elle épargnée? Et, si son organisme de fer lui valut l’honneur, si envié des Pharaons, de célébrer jusqu’à deux fois la panégyrie trentenairede son couronnement, porta-t-il dans cette jouissance sénile son sceptre et sa harpe au niveau de son orgueil? Nul ne peut le dire; l’histoire et les monuments sont muets à cet égard. La première lui accorde soixante-six ou soixante-huit années de règne, mais à dater de la soixante-deuxième les seconds gardent un silence funèbre sur ce grand nom*.

1. La dernière date relevée à Ibsamboul est de la 38* année. Les rochers de Silsilis mentionnent la 40* et la 44*; les parois du Sérapéum la 55*. Enfin une stèle du musée de Florence est datée de la 62*.

Comme les patriarches, ses contemporains, Ramsès vit naître et grandir autour de lui une nombreuse famille. Les inscriptions monumentales nous ont fait connaître les noms de vingt-trois princes, ses fils, et de treize de ses filles, dont cinq sont qualifiées du titre de reines, et dont une, portant le nom peu euphonique pour nous de Baunt-Ant, semble avoir été la Benjamine de ses vieux jours.

Mais il vit aussi s’éteindre un à un autour de lui la plupart de ses enfants, et tous ceux de ses fils qui avaient pris part aux luttes, aux combats, aux triomphes de son âge mûr. Il survécut treize ans à celui qu’entre tous, ses peuples et lui regardaient comme le plus digne de lui succéder. Je prince Schaem-Djom, et il dut laisser son sceptre entre des mains débiles. Alors, comme devait le reconnaître plus tard le bon roi Priam, il dut avouer qu’une longue lignée n’est pas toujours pour un père et pour un roi une garantie de bonheur et de stabilité, que la vieillesse est rarement une bénédiction et que ceux qui sont aimés des dieux meurent jeunes 1 .

Le prince Scha-em-Djom, populaire parmi ses contemporains, et dont l’Égypte, sous le règne trou-

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