‹ Ramses le Grand ou L'EgypteChapitre 52 sur 66 · Tsis et Asiri · texte numérisé non relu

Tsis et Asiri

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répète ici ce queux-mêmes m’ont déclaré. Les divinités dont ils disent ne pas connaître les noms me paraissent avoir été nommées par les Pélasges, sauf Neptune (Posseïdon). Ce sont les Libyens qui nous ont révélé cette dernière divinité ; nul avant eux n’avait prononcé son nom, et ils l’ont toujours honoré comme un dieu. Les Égyptiens ne rendent pas de culte aux héros.

LL Les Grecs ont appris des Égyptiens les coutumes que j’ai dites, et d’autres dont je parlerai ultérieurement....

LU. Primitivement, lesPélasges, en priant, faisaient aux dieux des offrandes de toutes choses, comme on me l’a affirmé à Dodone, mais ils ne donnaient à aucun d’eux ni nom ni surnom ; car ils ne leur en avaient jamais entendu donner. Ils les appelaient les dieux, pour cette seule raison, qu’après avoir mis l’univers en ordre, ils en maintenaient toutes les lois. Ensuite, bien du temps s’étant écoulé, ils apprirent de l’Égypte les noms des dieux autres que Bacchus, et beaucoup plus tard ce dernier. Au sujet de ces noms, ils consultèrent l’oracle de Dodone, celui que chez les Grecs on regarde comme le plus ancien, et l’unique alors. Quand les Pélasges eurent demandé s’ils prendraient des noms provenant des barbares, l’oracle leur répondit : « Prends.» Ils sacrifièrent donc aux dieux sous ces noms, dont ils firent dès lors usage, et que finalement les Grecs reçurent d’eux.

LUI. D’où est venu chacun des dieux? Ont-ils tous

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toujours existé? Quelle est leur forme? On n’en a rien su, à proprement parler, jusqu’à une époque très récente. Car je crois Hésiode et Homère plus anciens que moi de quatre cents ans, pas davantage. Or, ce sont eux qui ont fait la théogonie des Grecs, qui ont donné aux dieux des noms, qui leur ont distribué les honneurs et les attributions, qui ont décrit leur forme; et, à ce qu’il me semble, les poètes que l’on dit antérieurs à ces deux hommes sont nés après eux.. . .

LVIII. L’oracle de Thèbes d’Égypte et celui de Dodone rendent leurs réponses à peu près de la même manière. L’art de prophétiser par l’inspection des victimes est venu aussi d’Égypte. Les Égyptiens ont, les premiers de tous les hommes, fait des fêtes solennelles, des processions; des offrandes, et c’est d’eux que les Grecs ont appris ces cérémonies. Voici, pour moi, la preuve de cefait : en Égypte, il est visible qu’elles sont très-anciennes ; en Grèce, qu’elles sont récemment établies.

LIX. Les Égyptiens ne se bornent pas, chaque année, à une seule fête solennelle; ces grandes réunions sont fréquentes; la première, celle où l’on se rend avec le plus de zèle, se fait à Bubaste, enl’honneur de Diane; la seconde, à Busiris, en l’honneur d’Isis : car en cette ville est le plus grand temple d’Isis. La ville elle-même a été bâtie au milieu du Delta; or, Isis, dans la langue des Grecs, est Cérès. La troisième réunion est à Sais, en l’honneur de Minerve; la qua-

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trième à Héliopolis, en l’honneur du Soleil ; la cinquième à Buto, en l’honneur de Latone; la sixième à Papremis, en l’honneur de Mars.

LX. Voici comment ils se rendent en la ville de Bubaste : car les hommes avec les femmes y vont de toutes parts en grande multitude, chaque famille dans sa barque. Quelques-unes des femmes ont des castagnettes et les font retentir; de leur côté, pendant tout le voyage, des hommes jouent de la flûte ; le reste, hommes et femmes, chantent en battant des mains. Lorsqu’en naviguant ils abordent vers une des villes qui se trouvent sur la route , ils amarrent la barque et font ce que je vais dire : parmi les femmes, les unes continuent leurs chants ou leur bruit de castagnettes, d’autres insultent à grands cris les femmes de la ville,

d’autres dansent A chaque ville riveraine du

fleuve, elles se comportent de la même manière. Arrivés à Bubaste, les passagers se mettent en fête et offrent de grands sacrifices ; et, dans cette solennité, ils consomment plus de vin de raisin que dans tout le reste de l’année. Sans compter les enfants, sept cent mille hommes et femmes, au rapport des habitants, s’y réunissent. Voilà ce qui se passe à Bubaste.

LXI Après les sacrifices, les hommes et les

femmes, agglomérés en une multitude innombrable, se portent des coups: pourquoi dieu ils se frappent, ce serait de ma part une impiété de le dire. Les Gariens établis en Égypte font cela et plus encore ; ils se donnent

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au front des coups de couteau ; par là, ils montrent qu’ils sont étrangers, et non Égyptiens.

LXII. Lorsque ces derniers sont rassemblés pour faire des sacrifices en la ville de Sais, pendant une certaine nuit, ils allument tous en plein air autour des maisons un grand nombre de lampes remplies de sel et d’huile ; la mèche flottant à la surface. Elle brûle toute la nuit, et cette fête a le nom de fête des lampes. Ceux des Égyptiens qui ne sont point venus à la réunion, observent la nuit du sacrifice, allument tous aussi des lampes, de sorte que ce n’est pas seulement la ville de Sais qui est illuminée , mais l’Égypte tout entière. Pour quel motif cette nuit a-t-elle sa part de lumières et d’honneurs? On le raconte en une légende sacrée.

LXIII. A Héliopolis, à Buto, les assistants se bornent à immoler des victimes. A Papremis, on offre les mêmes sacrifices, on observe les mêmes cérémonies que dans les autres villes ; de plus, lorsque le soleil commence à décliner, quelques prêtres sont occupés autour de la statue ; les autres, en beaucoup plus grand nombre, armés de bâtons, se tiennent à l’entrée du temple; le peuple, c’est-à-dire plusieurs milliers de personnes, accomplissant leurs vœux, pareillement armés, sont rassemblés du côté opposé. Or, la veille, on a transporté du temple, en une autre station, la statue, que renferme une petite chapelle de bois doré; les prêtres, que l’on a placés auprès de la statue, se met-

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tent à tirer un char à quatre roues pour reconduire au grand temple la chapelle de bois et la statue qu’elle contient; mais ceux qui sont sous le portique leur en refusent l’entrée. La foule des dévots, accourant au secours du dieu, les frappe; ils se défendent; un violent combat à coups de bâtons s’ensuit, et mainte tête est fracassée. Je présume qu’un grand nombre meurent de leurs blessures; cependant, les Égyptiens affirment que jamais personne n’a été tué.

.... LXV. Mais les Égyptiens observent avec une extrême attention toutes les prescriptions religieuses, et en particulier celles que je vais rapporter. Quoique limitrophe de la Libye, leur contrée n’est point infestée de bêtes farouches; les animaux qu’ils connaissent sont tous réputés sacrés, tant ceux qui vivent avec les hommes que ceux qui n’y vivent pas. Si je disais pourquoi ils les consacrent, je pénétrerais en mon récit jusqu’aux choses divines, dont j’évite surtout de rien raconter : car, s’il m'est arrivé de les effleurer, je ne l’ai point fait sans être contraint par la nécessité. Il existe, au sujet des animaux, une coutume que je vais exposer : des gardiens des deux sexes sont désignés pour nourrir chaque espèce séparément; le fils succède au père dans cette fonction honorifique. Les habitants des villes accomplissent leurs vœux par l’entremise de ces gardiens; lorsqu’ils ont fait un vœu à la divinité à laquelle appartient l’un des animaux, ils rasent soit la tête entière, soit la moitié, soit le tiers de la tête de leurs fils ;

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ils mettent dans les plateaux d’une balance, d’un côté les cheveux, de l’autre leur poids en argent; quel que soit ce poids, ils le donnent à. la gardienne de l’animal; celle-ci, en échange, coupe par morceaux des poissons et les jette à ses bêtes pour leur servir de pâture : telle est la nourriture qui leur est offerte. Si quelqu’un tue l’une de ces bêtes volontairement, il est mis à mort ; s’il la tue involontairement, il est puni d’une amende que fixent les prêtres. Celui qui tuerait volontairement ou involontairement un ibis ou un épervier serait infailliblement immolé.

LXVI. Quel que soit le nombre des animaux nourris avec les hommes, il serait beaucoup plus considérable encore, si, dans l’espèce des chats, les mâles ne détruisaient beaucoup de petits par instinct sauvage, ou si les fréqiients incendies ne faisaient périr un grand nombre de ces animaux. En de tels accidents, une douleur profonde s’empare des Égyptiens. Lorsque, dans quelque maison, un chat meurt de sa bêlle mort, les habitants se rasent seulement les sourcils; mais si c’est un chien qui meurt, ils se rasent le corps et la tête.

LXYII. On transporte en des maisons consacrées les chats morts ; ensuite, après les avoir embaumés, on les inhume à Bubaste. Les chiens sont inhumés, chacun dans sa ville, en des chambres consacrées, les ichneumons de même. Les musaraignes, les éperviers sont conduits à Buto, les ibis à Hermopolis. Les ours, qui

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sont très-rares, et les loups (chacals), dont la taille n’excède guère celle des renards, sont enterrés au lieu où on les a trouvés étendus.

LXVIII. Le crocodile, .... pendant les quatre mois les plus froids, ne mange rien; quoique quadrupède, il vit à la fois sur terre et dans l’eau ; il pond ses œufs à terre et les y fait éclore. Il passe sur le rivage la plus grande part du jour, et toute la nuit dans le fleuve, car l’eau est plus chaude que le serein et la rosée. De tous les êtres mortels que nous connaissons, celui-ci, delà moindre taille parvient à la plus grande; ses œufs ne sont guère plus gros que ceux d’uno oie ; le petit naît de la longueur de l’œuf, et il s’accroît jusqu’à dix-sept coudées, quelquefois plus. Il a des yeux de porc, de grandes dents et des écailles en saillie, tout le long de l’épine dorsale. Il est le seul des animaux qui n’ait point de langue. Sa mâchoire inférieure est immobile, et il rabat sur elle sa mâchoire supérieure, en quoi il est encore unique parmi les créatures. Il a de fortes griffes, et sur le dos des écailles qu’il est impossible d’entamer. Aveugle dans l’eau, à terre sa vue est très-perçante ; or , comme il passe la plupart du temps dans le fleuve, sa bouche est remplie d’insectes qui lui sucent le sang. Bêtes et oiseaux le fuient; mais avec lui le trochyle vit en paix, parce que cet oiseau lui rend service. En effet, lorsque le crocodile sort* de l’eau et monte à terre, son premier besoin est d’aspirer le souffle du zéphyr; il y arrive donc la gueule béante; alors le

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trochyle y pénètre et le délivre des insectes qu’il avale. Le crocodile reçoit ce service avec joie et ne fait jamais de mal au trochyle.

LXIX. Pour tels des Égyptiens, le crocodile est sacré ; pour tels autres, il ne l’est pas ; ceux-ci le traitent en ennemi. Autour de Thèbes et du lac Mœris, les habitants estiment qu’il est sacré. Chacun d’eux élève un crocodile que l’éducation apprivoise; ils lui passent dans les oreilles des pendants et des boucles de cristal et d’or; ils entourent de bracelets ses pattes de devant; ils lui donnent des aliments choisis provenant des sacrifices. Enfin, vivant, ils le soignent de leur mieux ; mort, ils l’embaument et l’inhument dans les sépultures consacrées. Au contraire, ceux qui habitent le territoire d’Éléphantine mangent des crocodiles, ne les croyant en aucune façon sacrés. Le nom égyptien de cet animal n’est pas crocodile, mais champse. Les Ioniens l’ont appelé crocodile, lui trouvant par sa forme de la ressemblance avec les lézards (xpoxooetXoç) qui naissent dans les murs de clôture.

.... LXXVII. Les Égyptiens qui habitent la partie cultivée du pays, se plaisant à orner leur mémoire, sont les plus doctes de tous les hommes que j’aie abordés et étudiés. Voici leur régime : très -attentifs à conserver leur santé, chaque mois, trois jours de suite, ils se purgent avec des vomitifs et des clystères, car ils pensent que toutes les maladies de l’homme proviennent des aliments. Indépendamment de ces précautions,

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les Egyptiens sont, après les Libyens, les mieux portants de tous les mortels, selon moi, à cause de la constance des saisons ; en effet, les maladies nous arrivent à la suite des changements de toutes choses, et surtout des saisons. Ils se nourrissent de pains qu’ils font avec le dourah ; ils boivent un vin qu’ils fabriquent avec de l’orge, dans les districts où il n’y a point de vignes. Ils mangent des poissons, les uns séchés au soleil et crus, les autres salés dans des séchoirs au sortir de la mer ; ils mangent, parmi les oiseaux, des cailles et des canards, et, en outre, de petits oiseaux crus, qu'ils ont fait sécher. Tous les autres oiseaux et les poissons qu’ils ont chez eux, hormis ceux qu’ils reconnaissent comme sacrés, font partie de leurs aliments, rôtis ou bouillis.

LXXVIII. Aux banquets des riches, quand le repas est achevé, un homme apporte, dans un cercueil, l’image en bois d'un corps mort imité parfaitement par le sculpteur et le peintre, et long d’une ou de deux coudées. Cet homme, le montrant à chacun des convives, dit : « Vois celui-ci, bois et tiens-toi joyeux; tel tu seras après ta mort. »

.... LXXX. Avec les Lacédémoniens seuls, les Égyptiens sont d’accord sur cet autre usage : les jeunes gens, lorsqu’ils rencontrent leurs anciens, cèdent le pas, et font un détour ; à leur approche, ils se lèvent de leurs sièges. Mais sur celui qui suit, ils ne se rapportent à aucune nation hellénique : au lieu de se saluer de la voix

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dans les rues, ils se saluent en laissant tomber leur main jusqu’au genou.

LXXXI. Ils sont vêtus de tuniques de lin, avec des franges autour des jambes ; ils donnent à ces franges le nom de calasiris, et, par-dessus la tunique, ils portent des manteaux de laine blanche. Toutefois on n’entre point dans les temples avec de la laine ; on n’en laisse pas à ceux qu’on ensevelit : ce serait une impiété. A cet égard, ils sont d’accord avec les traditions orphiques qu’on appelle aussi bachiques, et qui sont observées à la fois par les Égyptiens et par les Pythagoriciens. Car, chez ces derniers, c’est une impiété d’ensevelir dans des tissus de laine celui qui est initié aux mystères. On donne à cet usage un motif religieux.

.... LXXXIV. La médecine en Égypte est partagée en spécialités : chaque médecin s’occupe d’une seule espèce de maladie et non de plusieurs. Les médecins, en tous lieux, foisonnent : les uns pour les yeux, d’autres pour la tête, d’autres pour les dents, d’autres pour le ventre, d’autres pour les maux internes.

LXXXV. Voici quels sont leurs deuils et leurs funérailles : lorsqu’ils perdent un parent dont ils faisaient grande estime, toutes les femmes de la famille, après s’être souillées de fange la tête et la figure, laissent le corps à la maison, s’en vont çà et là par la ville, se frappent la poitrine découverte et les seins nus, en compagnie de toutes celles qui ont avec elles des relations d’amitié. D’un autre côté, les hommes, la poitrine découverte

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aussi, se frappent pareillement; cela fait, ils emportent le corps pour le faire embaumer.

LXXXVI. Il y a des personnes préposées à ce soin ; c’est leur profession. Lorsque le mort leur a été apporté, les embaumeurs montrent aux parents des modèles de cadavres en bois, imités par la peinture, et ils indiquent celui qu’ils disent le plus digne d’attention, dont je ne crois pas convenable de donner le nom ici 1 ; ils font voir après celui-là le second, qui est d’un prix moins élevé ; et enfin le troisième, le moins coûteux. Après quoi, ils demandent comment on désire qu’ils opèrent à l’égard du défunt. Aussitôt qu’ils sont tombés d’accord sur le mode et le salaire , les parents s’en vont. Les opérateurs, restés seuls chez eux, procèdent de cette manière à l’embaumement de première classe. D’abord, avec un fer courbé, ils extraient la cervelle par les narines, du moins la plus grande part, et le reste par l’injection de substances dissolvantes. Ensuite, avec une pierre d’Ethiopie aiguisée, ils incisent le flanc du mort , font sortir tous les intestins de l’abdomen, le lavent avec du vin de palmier, le saupoudrent de parfums broyés, et finalement le recousent après l’avoir rempli de myrrhe pure concassée, de cannelle et d’autres parfums, dont l’encens seul est exclu. Ces choses faites, ils sèchent le corps dans du natron, et l’y laissent plongé pendant soixante-dix jours, pas

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