PREMIÈRE PARTIE
VIE DE RAMUS
Naissance de Ramus. — Ses premières années. — Ses éludes an collège rla Navarre. — Son dégoût pour la scholastique. — Thèse paradoiale contre Aristota; il est reçu maître ês arts.
Pierre de la Ramée, dit Ramus, naquit à Cuth, village très ancien du pays de Vermandois, entre Noyon et Soissons. Son nom a trouvé place dans le Théâtre de > la noblesse françoise du Père Fr. Dinet (Paris, 1648, . in-fol.), et ce n'est pas sans raison : car il descendait d'une famille noble, originaire du pays de Liège. Lorsque cette ville eut été prise et réduite en cendres par Charles le Téméraire, en 1468, l'aïeul de Ramus, dépouillé de tous ses biens, se réfugia en Picardie, où il fut réduit par la misère à se faire charbonnier. Son fils, Jacques de la Ramée, fut laboureur, et épousa une femme aussi pauvre que lui, nommée Jeanne Charpen-
VIE DE ItÀMUS.
lier'. C'est de ce mariage que naquit Pierre de la Ramée et, comme plus tard ses ennemis et ses envieux se faisaient une arme contre lui do l'obscurité de sa naissance, loin d'en rougir, il réleva lui-même ces attaques avec une juste indignation dans son Discours d'installation au Collège de France (1551) ■ « On m'a reproché, dit-il, comme une honte d'être le fils d'un charbonnier. Il est vrai qu'après avoir vu prendre et saccager sa ville natale, mon grand-père exilé de sa patrie se fit charbonnier; mon père était laboureur; j'ai été moi-même encore plus misérable que tous les deux, et voilà ce qui a donné lieu à je ne sais quel mauvais riche, sans aïeux ni patrie, de me reprocher la pauvret'! de mes nobles ancêtres. Mais je suis chrétien, et je n'ai jamais considéré la pauvreté comme un mal ; je ne suis pas de ces péripatéticiens qui s'imaginent qu'on ne saurait faire de
grandes choses, si l'on n'a point de grandes richesses
0 Dieu tout-puissant ! ce petit-fils de charbonnier, ce fils de laboureur, cet homme accablé de tant de disgrâces, ne te demande pas des richesses qui lui seraient inutiles pour une profession dont les seuls instruments sont du papier, une plume et de l'encre ; mais il le supplie de lui accorder pendant toute sa vie un esprit droit, un zèle et une persévérance qui ne se lassent jamais *. »
Plusieurs historiens procédant par conjecture, ou s'appuyant sur des autorités insuffisantes, font naître Ram us
' Nancel, ViU Rami, p. S : « Ut essent ambo, siouli Horalius ait, humili de plèbe parentes. » Voyez plut bat (chap. X) de plus amples détails sur le nom, la naissance et la famille de Ramus.
* Oralio iiiit. profcss. sua: habita. Cf. Th. Zuiûger, Theatrum vilœ humanas (16Q4, in-fal.), vol. XX, 1. 111, p. 3697, col. b.