‹ Rancune [microforme]Chapitre 12 sur 20 · ADOLPHE, IRÈNE · texte numérisé non relu

ADOLPHE, IRÈNE

IRÈNE entre en fredonnant joyeusement ; son tablier de mousseline, qu’elle tient des deux mains, est rempli de fleurs.

Comment, vous n'avez pas bougé ? Ah! le par-

RE

LS

mademoiselle, que vous me devez le respect ; je vous ai vue haute comme cela…

mn 85

rain paresseux que vous faites | Tenez, vous allez m'aider à faire mon bouquet. Voulez-vous m’enlever mon chapeau. (Adolphe le prend par les bords.) Non, non ! pas comme cela ! C'est noué ici. sous le menton.

ADOLPHE, dénouant doucement les brides.

Comme ça ?

IRÈNE

Bien ! (Déversant les fleurs sur la table.) Ouf!

qu'il fait chaud ! Prenez les feuilles. Vous me ]

es fournirez à mesure que je les demanderai. Ces œillets sont-ils beaux !... Sentez-moi cela l.. hein !... J'en ai comme cela de trois couleurs.

ADOLPILE, avec admiration Franchement, mademoiselle, cette course matinale ne vous à pas fait de tort! Un coloriste tant soit peu partial soutiendrait que ces fleurs palissent…

IRÈNE, souriant.

Chut! donnez-moi une feuille. Faites votre

devoir et tenez-vous tranquille.

ADOLPHE

Oui, voilà comme je suis traité. Vous oubliez,

que

D Re RÉ ue

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IRÈNE

Vite donc, une feuille. Mon Dieu, il y en à bien d'uutres qui m'ont vue haute comme cela.

ADOLPHE

que tu maltraites également!

IRÈNE

C’est étonnant, parrain, comme vous êtes nigauds, vous autres, les hommes...

ADOLPHE

Merci !

[RÈNE.

dans certaines circonstances. Laissez-moi done achever. Je ne dis pas cela pour vous, je parle de votre sexe en général... Voulez-vous me donner une feuille ?

ADOLPHE. 1

Dans quelles circonstances ?

IRÈNE

Tenez, des hommes qui ont presque le double de

notre âge deviennent parfois devant nous de simples enfants. C’est la même candeur, la même aveugle crédulité. Nous leur faisons à plaisir avaler des couleuvres, et sans que leur logique s’en étonne, nous les transportons brusquement de la pure extase au plus noir désespoir. Vous êtes tous comme

cela...

Se

ne

ADOLPHE

Pardon !... Etant donné certain état d'âme.

TRÈNE.

Parfaitement. Etant donné certain état de cœur. le plus fier et le plus sérieux d'entre vous devient la dupe la plus facile.

ADOLPHE, De votre perfidie. Et cela vous fait rire !

FRÈNE, Si cela nous amuse, je crois bien, Vous êtes si drôles avec votre mine piteuse de brebis tondues,

: de martyrs sans espoir.

ADOLPHE

Pauvres nous !

Fr ©

[RÈN&E

On vous maltraite, on frapye à tour de bras et vous n’en courbez toujours que plus lu tête. Vous prenez des airs € ‘iolés et l’on croit que vous allez

: 1 vous mettre à pleurer. C'est d'un comique ! Si vous : aviez seulement la pensée de vous redresser, de 5 parler avec dignité, d'un accent noble et mâle, de ” ressaisir tout d'un roup votre gravité d'homme. e, : Oh l'alors les rôles changeraient bien vite, mais il si : n’y à pas de danger... Aussi longtemps qu’il y i | aura de jolis grands garcons follement épris de : méchantes fillettes... Tant que Île monde sera

monde, les choses iront ainsi !

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