UNCAS
Que crains-tu ? Rien ne peut t'arracher de mes bras,
J'ai langui si longtemps dans cette servitude,
De craindre, de trembler j'avais pris l'habitude...
Uncas la rassure, tous deux s'éloignent en voyant paraître Empsaël qui vient au tombeau de sa mère, sur lequel Almiri a élevé un tertre de gazon.
Empsaël a confié Zoraïde au vieux Magua, — il s'agenouille devant le tombeau de Mirrha.
Que mon cœur est serré!... Là... couverte de terre... Au froissement du sol sous mon pied incertain, Je sens un froid mortel se glisser dans mon seioi... Elle est morte! — ma main n'a pas clos sa paupière! Elle est morte de faim, de douleur, de misère!
tô6 RAOUL
Pauvre, pauvre Mirrha ! déjà froide, ta main
N'a pu toucher la mienne, et ton regard éteint
N'a pas vu tes enfants, et tes lèvres glacéss
Du long baiser d'adieu n'ont pas été pressées!
Demain, quand nous allons quitter ces bords sanglant»,
Va, ne redoute pas que tes tristes enfants
Veuillent te laisser là... te laisser à la terre 1
Tu viendras avec nous, Mirrha, ma bonne mère;
Au delà du grand lac j'emporterai tes os;
Là, près de tes deux fils, dans un lieu de repos,
Tu dormiras tranquille; un tamarin sauvage
Recourbera sur toi son lugubre feuillage;
Chaque jour, quand viendra l'heure triste du soir,
Empsaël, Almiri, viendront tous deux te voir...
Mon père !
En effet, c'est Almiri. — Magua a été blessé, Almir amène Zoraïde à son frère. — Zoraïde n'a qu'mne pensée, c'est le danger que court son père; Empsaël lui promet qu'il pourra s'éloigner sans crainte; — mais quand il apprend que Zoraïde veut le suivre, il entre en grande colère; — il prie, il menace, — puis il revient à la prière.
Ne dois-tu pas un jour être épouse, être mère,
Ne dois-tu pas un jour abandonner ce père,
Ce père, dont l'amour ne se montra jamais
Que pour rompre des nœuds qu'alors tu chérissais?
Oh I viens, ma Zoraïde, oh! viens, ma bien-aimée,
Respirer du désert la brise parfumée!
De l'ombre des palmiers viens goûter la fraîcheur;
Viens dans ma case, viens; là sera le bonheur.
Ma case I avec quel soin elle sera parée!
Toujours de vert feuillage au dedans décorée j
UAOUL ifil
Au dehors, les rameaux des citronniers épais En cacheront le faîte aux regards indiscrets, Et sous les verts abris de leur paisible ombrage, Tranquilles dans leur nid, sautant sous le feuillage, Les oiseaux du désert chanteront tout le jour. Le gazon sous tes pas s'étendra tout autour.
Le bonheur nous attend. «- Un jour tu seras mère.
Mère, ma Zoraïde... Ah! quel doux ministère!
Qu'il est charmant, ce mot! — L'as-tu bien entendu?
A ton sein palpitant un enfant suspendu;
Ses bras tendus vers nous aussitôt qu'il s'éveille,
Sa voix confuse encor, hormis à notre oreille,
Et bégayant déjà ton titre précieux...
Ses regards incertains cherchant déjà nos yeux...
Ah! que cet avenir nous présente de charmes!
Tu ne me réponds pas, mais tu verses des larmes...
Zoraïde! O destin, je brave ton courroux I
Tu me verrais sourire accablé sous tes coups.
Frappe, je te défie !...
Les esclaves vainqueurs envahissent la scène ; — ils demandent la mort de Fernandès. — Empsaël et le vieux Magua veulent le défendre; mais leur voix est étouffée par les clameurs. — Empsaël prie, menace, défie ; — dans un moment où la fureur des esclaves redouble, — Zoraïde embrasse son père en s'écriant :
Empsaël, défends-nous!
Empsaël se jette au-devant d'eux le poignard à la main; — il mourra s'il le faut. — Au moment du plus grand tumulte, — Fernandès s'écrie :
m RAOUL
Esclaves, arrêtez, vous voulez mon trépas? Je mourrai, mais du moins jamais ma Zoraïde N'épousera ce noir.
EMPSAËL.
Elle est à moi, perfide I
FEPNANDÈS.
Quoi! ma fille épouser un esclave! jamais! Elle meurt avec moi, je mourrai sans regrets,
EMPSAEL.
Elle meurt avec toi! cruel! qu'oses-tu dire?... Mon épouse...
fsrnandès, la frappant de son poignard.
Prends-la, la voilà! tiens!...