VON DER G0LT
Bruxelles, l» s octobre 1914.
Par ordre de la Goiîiitiaitdantur.
Les j^ersonnes avisées partiront de Sedan le 22 avril pour le Midi de la France. Elles devront se rendre, le 22 avril, entre 8 heures et 10 heures (temps allemand), aux fourrages militaires. Elles pourront emporter les bagages à mains nécessaires et quelques ustensiles ménagers ainsi qu'une malle, mêmes deux pour les familles nombreuses. Les bagages ou malles porteront l'adresse des personnes et en plus une étiquette blanche. — Les voyageurs et les paquets subiront une visite minutieuse au moment du départ.
Sedan, le 17 avril 1945.
(Texte français)
Tous les habitants de la maison, à l'exception des enfants au-dessous de 14 ans et de leurs mères, ainsi qu'à l'exception dés vieillards, doivent se préparer pour être transportés dans une heure et demie
Un officier décidera définitivement quelles personnes seront conduites dans les camps de réunion. Dans ce but, tous les habitants de la maison doivent se réunir devant leur habitation : en cas de mauvais temps, il est permis de rester dans le couloir. La porte de la maison devra rester ouverte. Toute réclamation sera inutile. Aucun habitant de la maison, même ceux qui ne seront pas transportés, ne pourra quitter la maison avant 8 heures du matin (heure allemande).
Chaque personne aura droit à 30 kilogrammes de bagages; s'il y aura un excédent de poids, tous les bagages de cette personne seront refusés sans égards. Les colis devront être faits séparément pour chaque personne et munis d'une adresse lisiblement écrite et solidement fixée. L'adresse devra porter le nom, le prénom et le numéro de la carte d'identité.
Il est tout à fait nécessaire de se munir dans son propre intérêt d'ustensiles pour boire et manger, ainsi que d'une couverture de laine, de bonnes chaussures et de linge. Chaque personne devra porter sur elle sa carte d'identité. Quiconque essaiera de se soustraire au transport sera impitoyablement puni.
FTAPPEX-KOMMANDANTUR
fAlU, avril 1916.
104 RAPATIIIÉS. — 1915-1918
Continuons notre triste promenade !
Une jeune femme rapatriée du département du Nord, actuellement dans le Gers, écrit les lignes suivantes, à son frère qui. se bat au front :
B. Gers.
Cher frère, « En réponse à ta carte que je vien de recevoir qui maifaitgrand plaisir de te savoir en bonne santé, tant qua moi jen suis de même et mes 3 petit enfants, qui demandon toujours apré toi depuis que tu est reparti, et apré le pauvre Pèrre martire des boche, et il me demande 2 coli par moi et des souliers tu sait bien malheureux de cette orible Gerre apré avoir soufaire pendant 3 ans et avoir été séparé de mes pauvres enfants pendant 6 moi que jai été en Allemagne aussi et haité renfermé comme des criminel toujours bagnonette au canon et on nous donner a manger une foi par jour et du pauvre manger, je ne sait notre pauvre mère elle a put y rézistait pendant 18 moi quel a été en cellule aussi comme moi, seux que javais toujours peure setait dètre fisillier parceque il on fisillier beaucoup de sivil surtout pour les Anglais tu sait quil ne les aime pas. le malheureux soldat anglais que sait pour lui que nous avons été interné en Allemagne il a été fisillier le jour que nous avons parti et oujourdhui je suis ici avec 3 petit enfants la toute seule dans le midi mais cher frère jai bien du malheure j'ai toujours peure que mes petits enfants eut faim tout est si chaire a vive que je suis arriver sans linger et surtout sans chaussure aussi et mont pauvre Eugène quil me dit quil as fin que faut til faire mon pauvre Pierre mais toi a ma place encore je te le
répète sait bien malheureux davoir été en Allemagne et avoir soufaire la fin pendant o ans avec le boche et oujourdhui, mais cher Frère je nés peut pas te dire tout ceux que nous avons passer avec ses barbares de boche qui sont la cause de toute nos misaire à tous et qui sait la fin quand nous reveron notre pauvre mère qui sait si el nait pas morte de fain et nos petits frère et sœur Dieu le sait, j'ai été a Lourdes et jai bien prier la Sainte Vierge pour toute notre famille et pour la paix, je fini en bonne santé et je tenbrasse de loin aurevoir bonne santé courage et confiance Vive la France) ta sœur
rapatriés a B.
Gers*.
Que dire de tant de simple patience au milieu de tant d'épreuves! Ceux qui n'ont pas souffert cela ne peuvent se défendre d'un sentiment qui confine à Thumiliation, devant l'inconscient héroïsme qui se manifeste dans un tel amour de la patrie.
La même note de confiance se retrouve partout. Un rapatrié de 1918 exprimait ainsi son étonnement du découragement de quelques-uns : « Vous dites en parlant du front : « il y a de bonnes nouvelles « aujourd'hui »... En pays envahi, nous trouvions toujours les nouvelles bonnes! Nous ne nous étonnions pas de la durée de la guerre et nous savions que la France serait victorieuse à la fin ».
Us ont tous eu confiance dans le triomphe du droit. Et cette constatation générale pourra nous tenir lieu de conclusion.