NOTICE SUR RAPHAËL
toutefois le bel effet de lumière de cette fresque. En général, il paraît n'avoir regardé les Stanze qu'en passant, puisqu'il ne cite que le Parnasse dans la chambre délia Segnatura , et la Bataille de Constantin dans la salle qui doit son nom à cette fresque, sans dire un seul mot des fresques de la salle des Palafrenieri.
Quant aux tableaux à l'huile de Raphaël, il ne parle que du tableau d'autel qui était à S. Pietro in Montorio, c'est-à-dire de la Transfiguration. Son incroyable ignorance des choses d'art ressort assez des deux prétendus défauts qu'il reproche à* Raphaël. Ainsi, il l'accuse d'avoir montré une trop grande prédilection pour le nu et d'avoir méconnu absolument les principes de la perspective.
Paolo Giovo donne pourtant dans sa notice un renseignement précieux : il nous apprend que Raphaël leva les plans des édifices de la Rome antique à l'aide de la boussole ; Vasari n'avait rien dit de ce fait intéressant.
Voici, au reste, le texte Min de cette esquisse biographique :
Raphaelis Urbinatis Vita.
Tertium in pictura locum Raphaël Urbinas mira docilis ingenii suavitate atque solertia adeptus est. Is multa familiaritate potentium, quam omnibus humanitatis bSiciis comparavit, non minus quam nobilitate operum inclaruit adeo, ut numquam illi occasio illustris defuerit ostentandai artis. Pinxit in Vaticano nec adhuc stabili authoritate cubicula duo ad prsescriptum Julii Pontificis, in altero novem Musse Apollini cythara canenti applaudunt, in altero ad Christi sepulchrum armati custodes in ipsa mortis umbra dubia quadam luce refulgent. In penitiore quoque Leonis X triclinio Totilee immanitatcm, ac incensse urbis casus, atque pericula reprœsentavit, pariquc elegantia, sed lascivienti ad modum penicillo, Porticum Leoninam florum omnium ac animantium spectabili varietate replevit; ejus extremum opus fuit devicti Maxentii pugna in ampliore cœnaculo inchoata, quam discipuli aliquanto post absolverunt. Sed ars ci plurimum favit in ea fabula, quam Clemens Pontifex in Janiculo ad aram Pétri
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Montorii dedicavit; in ea enim cum admiratione visitur puer a Cacodœmone vexatus, qui revolutis et rigentibus oculis commotiae mentis liabitum refert. Cseterura in toto picturse génère numquam ejus operi venustas defuit, quam gratiam interpretantur; quamquam in educendis membrorum toris aliquando nimius fuerit, quum vim artis supra naturam ambitiosius ostendere conaretur. Optices quoquc placitis in dimensionibus distantiisque non semper adaraussim observans visus est; verurn in ducendis lineis, quœ commissuras colorum quasi margines terminarent, et in mitiganda. commiscendaque vividiornin pigmentorum austeritate jucundissimus artifex ante alia id prœstanter contendit, quod unum in Bonarota defuerat, scilicet ut picturis erudite delineatis etiam colorum oleo commistorum lucidus ac inviolabilis ornatus accederet. Periit in ipso aîtatis flore , quum antiquœ urbis œdificiorum vestigia architectural studio metiretur, novo quidera ac admirabili invento, ut integram urbem architectorum oculis consideratam proponeret. Id autem facile consequebatur descriptis in piano pedali situ ventorumque lineis, ad quarum normain sicuti nautœ ex pictse membranae magnetisque usu maris ac litorum spatia deprehendunt, ita ipse laterum angulorumque naturam ex fundamentis certissima ratione colligebat. Eo defuncto plures pari prope gloria certantes artem excepcrunt, et in lïis Franciscus et Jidius discipuli vel bac una exquisita artis indole insignes, quod magistri manum perargute et diligenter œmulari videantur.
Vasari, sans alléguer aucune espèce de preuves, a donné sur la mort de Raphaël des détails qui jusqu'à un certain point pourraient jeter de la déconsidération sur les mœurs de ce grand homme, et' son témoignage, quoique entaché de cette malveillance qu'il a manifestée à l'égard de plusieurs autres artistes, a été accepté néanmoins avec toute la légèreté possible par presque tous les historiens et biographes de Raphaël.
Maintenant, si en recherchant la vérité, nous examinons les lettres de Goelio Calcagnini et de Marc Antonio Micliiel, que nous avons citées dans notre ouvrage , nous voyons que ces deux amis de l'illuïtrc défunt parlent avec la plus haute considération et de son caractère et de ses mœurs. Nous voyons aussi, dans ces mêmes lettres, que Raphaël vivait dans une sorte d'intimité avec les plus éminents personnages de son temps, et qu'il avait accueilli, comme un père, dans sa maison l'austère, Fabius Calvi dont il suivait les sages conseils. De plus, nous savons par la lettre de Marc- Antoine Michel, que Raphaël est mort après avoir été malade pendant quinze jours, ce qui n'indique pas une maladie de langueur, mais bien une maladie aiguë.
Dans les notices biographiques que l'historien Paolo Giovio et l'antiquaire Andréa Fulvio ont consacrées à Raphaël, ces deux contemporains, et, pour mieux dire, ces deux témoins oculaires, n'ont laissé planer aucun soupçon fâcheux sur la véritable cause de la mort imprévue du peintre d'Urbin. On a donc lieu d'être surpris que, longtemps après de pareils témoignages, Simone
Fornari de Reggio ait osé, dans ses Osservazioni sopra il Furioso delV Arïosto, publiées en 1549, recueillir des bruits absurdes et dcsbonorants sur la mort de Raphaël, et qu'après lui Giorgio Vasari, pour qui la circonspection aurait diî être un devoir sacré, se soit fait l'écho de ces bruits calomnieux. Simone Fornari manque absolument de conscience historique dans ce qu'il rapporte au sujet de la mort de Raphaël ; voici d'abord le passage en question :
« Le cardinal Bibiena voulait faire épouser par Raphaël une de ses nièces, mais celui-ci ne voulut point consommer le mariage, parce qu'il attendait de la noble libéralité du pape un chapeau rouge, qu'il croyait avoir mérité autant par ses travaux que par son génie. Enfin cependant, comme il ne mettait pas de frein à ses amours, il mourut à l'âge de trente-sept ans, le jour même de l'anniversaire de sa naissance '. »
Ainsi, Vasari, qui répète à peu près dans les mêmes termes l'assertion de Fornari, s'est fié aveuglément- à un écrivain dont la véracité aurait dû lui paraître douteuse et n'a pas pris la peine de remonter lui-même à la source des faits. Bien plus, il ajoute de son chef d'autres détails non moins suspects, en disant que le chapeau de cardinal avait été promis à Raphaël, par cette raison que le pape lui devait de grosses sommes pour ses travaux, et que son élévation au cardinalat eût été à la fois un payement et une récompense. Ensuite il ajoute encore, et comme pour donner plus de vraisemblance à ce qu'il vient de dire sur la mort de Raphaël, que le maître avait, par un sentiment de pudeur, caché à ses médecins la véritable cause de la fièvre lente qui le minait, si bien que ceux-ci, au lieu de lui administrer des remèdes fortifiants, le saignèrent et le firent ainsi mourir d'épuisement.
Nous avons déjà fait justice de l'absurde histoire du chapeau
1. Il cardinale Bibiena il (RaiihacUo) constrinse a prcndere una sua nipole, ma egli non voile Il matrimonio consuinare, perciochè aspettava il cappel rosso délia generosa liberalità di Leone, il qnale li pareva per le sue fatiche et la virtii haverlo raeritato. Ultimamente per continuare fuor di modo i suoi amori se ne morl in età di 37 anni l'istcsso di che iiacque.
ôl
de cardinal destiné à Raphaël. Ici nous remarquerons qu'il serait tout à fait incompréliensible, si l'on voulait admettre les assertions erronées de Fornari et de Vasari, que Raphaël eût encore pu, quelques jours avant sa mort, déployer cette énergie et cette vigueuf de génie que nous avons vues, car une pareille activité physique et morale ne pouvait exister chez un homme usé par de tels excès, attendu que le malade qui a fait abus de ses forces entre toujours dans une période de grande faiblesse avant d'en venir à une désorganisation complète.
D'après ce que nous savons, surtout par le témoignage de Fulvio, de l'immensité des travaux de Raphaël dans les derniers temps de sa vie (et cette supposition est bien plus en rapport avec la noblesse de son caractère), on devrait croire plutôt, comme nous l'avons déjà dit, que l'incessante activité de son esprit et la dévorante ardeur de son imagination avaient surexcité outre mesure sa frêle et délicate santé.
Par la conviction que nous venons d'exprimer, nous devrions être très-reconnaissant au premier secrétaire de l'Académie de Saint-Luc, à Rome, l'abbé Melchior Misserini, pour la communication qu'il a faite à Longhena, traducteur de l'ouvrage de M. Quatremère de Quincy (p. 441), en ce qu'il soutient avoir appris de la bouche du défunt abbé Francesco Girolamo Cancellieri une trèsprécise narration des causes de la mort de Raphaël, narration que ce dernier avait trouvée dans un manuscrit de la bibliothèque du cardinal AntonclU, et dont le contenu était comme il suit : (( Raphaël était d'une très-noble et très-délicate complexion et sa vie ne tenait à son corps que comme à un fil, car il était tout esprit. D'ailleurs, ses forces physiques diminuèrent beaucoup par ses efforts démesurés, et l'on doit admirer combien il a su produire en si peu de temps. Donc, s'étant un jour senti trèsépuisé à la Farnesine, le Pape envoya vers lui pour qu'il vînt de suite à la Cour. Pour ne pas être en retard, il courut d'une haleine au Vatican et y arriva dans une forte transpiration. Là, il se trouva dans une grande salle et parla longuement sur les travaux de l'église Saint-Pierre, si bien que sa sueur rentra par
la fraîcheur et il se sentit subitement atteint' de maladie. De retour à sa maison, il fut pris d'une fièvre ardente, qui le conduisit malheureusement bientôt au tombeau. » — Mais nous devons, pour la vérité, mentionner que cette donnée ne repose sur aucun fondement sûr; car, après nos recherches, il ressort que l'excellent Cancellieri n'a jamais trouvé un document de ce genre. Nous savons seulement qu'il a dit au cavahere Vincenzo Camuccini, qui lui parlait de la mort de Raphaël : « qu'il espérait pouvoir prouver que la mort précoce de Raphaël ne saurait aucunement être attribuée à une femme. »
Le Père Pungileoni ', témoigne aussi, dans sa longue et intime fréquentation avec Cancellieri, que celui-ci ne lui avait cependant jamais rien communiqué au sujet d'un manuscrit contenant des renseignements sur la mort de Raphaël.
Nous n'accorderons pas plus de confiance au récit suivant, rapporté par Rehberg, d'un vieux peintre romain, qui le lui communiqua comme une tradition de famille ; « Léon X, instruit par les médecins que Raphaël était atteint sans espérance de guérison, voulut lui donner la dernière bénédiction ; mais^ lorsque l'envoyé revint annonçant que Raphaël était mort, le pape se serait écrié en versant des pleurs ; « Ora pro nobis. » Ces mots, sortis de la bouche du chef suprême de l'Église, auraient été considérés par les personnes présentes comme une véritable béatification. Le même écrivain rapporte aussi que Baviera, le serviteur de la « Fornarina, » ayant appris cette nouvelle, la communiqua à sa maîtresse , laquelle , devenue presque insensée par la mort de Raphaël, voulut dans son désespoir empêcher la marche de l'enterrement et qu'elle se serait calmée à la pensée d'une béatification immédiate !
i. Elogio storico di Raffaello Santi, p. 245.
Nous avons déjà dit quo, le tombeau de Raphaël se trouvait au Panthéon d'Agrippa, que le pape Boniface IV changea en église sous le vocable de S. Maria ad Martyres, ou délia Rotonda, et que ce tombeau était placé dans une chapelle restaurée, par Raphaël luimême, près de l'autel, à gauche, sous une statue en marbre de la Vierge. Nous avons aussi pubHé la traduction des deux inscriptioîTs consacrées à la mémoire de Raphaël et de sa fiancée. Nous donnerons ici le texte original latin de ces deux inscriptions. Voici celle du tombeau de Raphaël :
RAPHAELl. SANCTIO. lOANN. F. VRBINATI
PICTORI. EMINENTISS. VETERVMQ. ^JIVLO
CVIVS. SPIRANTES. PROPE. IMAGINES. SI
CONTEMPLERE. NATVR^. ATQVE. ARTIS. FÛEDVS
FACILE. INSPEXERIS
IVLTI 11. ET LKONIS X. PONT. MAXX. PICTVRyF.
ET. ARCHITECT. OPERIBYS. GLORIAM. AVXIT