‹ Raphael d'Urbin et son père, Giovanni Santi (volume 3)Chapitre 54 sur 81 · J^OÉSJES EN L*HONNEUR DE RAPHAËL · texte numérisé non relu

J^OÉSJES EN L*HONNEUR DE RAPHAËL

Et quod loDga dies paullatim aboleTerat, hoc te

Mortali spreta lege parare iterum.

Sic miçer heu ! prima cadis intercepte juventa^

Deberi et morti nostraque Dosque mones.

'f^ Lodoyico Ariosto, qui était â la cour de Ferrare lorsque Raphaël tnourut à Rome, exprima ses regrets et ceux de tous ses centemporauis dans des vers latins où, comme au temps des vieux Romains, il s'imagine voir le mausolée de son ami s'élever sur le bord doila via Appia, et où il invite les passants ft contempler avec respect la sépulture de cet artiste divin.

De Raphaële Urbinate,

' Hue oculus (non Jonga mora est], hue verte ; meretur,

Te,j]uamvis properes, sistere qui jacet hic. Cujus picta manu te plu rima forsan imago

Jocunda valuit sistere saepe mora.

Hoc, Urbine ! tuum decus ; hoc tua, Roma ! voluptas ;

Hoc, Pictura ! tuus marmore splendor inest. Marmor babet juvenem exanimum, qui marmora quique

lllita parielibus vivere signa facit.

Os, oculosque movere, pedes proferre, manusque

Tendere, tantum non posse; deditque loqui. Quod dum qui faciat meditatur, opusque, perenne

Reddat ; monstra Deœ talia morte vêtant. Hospes abi monitus, mediocria quxrere : quando

Stare diu Summis invida Fata negant.

(Carminum, lib. II.)

Marc-Antoine Muret, qui vint à Rome longtemps après la mort de Rapbai;!, cohsacra ces vers à sa mémoire :

Raphaelis Urbinatis, Pictoris eximiiy tumulus ipse loquiturr

Sic mea naturam manus est imitata, videri Posset ut ipsa meas esse imitata manus.

Sa3pe meis tabulis ipsa est dejusa, suumque Credidit essé, meœ quod fuit arlis opu^

ûU POÉSIES EN L*UONNEUR DE RAPHAËL.

Miraris^ dubitosque? audito nomine credes.

Sum Raphaël, hei nii^ quid loquor? immo fui. Et tamen, his dictis, quid opus fuit addere nomen?

Altefutrum poterat^ cuilibet esse satis. Nam mea et audito est notissima Domine tirtus.

Et prsstare vicem nominis ipsa potest.

* Federico Zuccaro a représenté ainsi Michel-Ange et RapbAôt dans son Lamento délia Pittura, qui fut publié en 1604.

Fù quest huomo céleste Angel Michèle «

Per ristesso d'honor alto cammino

Seguito da un' altro Ange! Rafaele ; Del gratioso Rafaël d'Urbino

Ne rimitatioD meraviglioso^

Novo Angelo terreno, huom pellegrino.

PAR PAOLO GIOVIO.

La notice suivante, écrite par Tévêque de Nocera de' Paganî, ftit d'abord publiée par Girolanio Tiraboschi dans sa Storia délia letteratura xtaliana. Elle fait partie d'une dissertation où se trouvent aussi de courtes notices du même écrivain.

Quoique Giovio fût contemporain' de ces grands artistes, il n'avait cependant que des connaissances très-superGcielles en matière d'art, et il manquait de critique et de goût à tel point, que ses jugements, sous ce rapport, sont toujours erronés ou insuffisants. Néanmoins, quand il a l'air de placer au troisième rang Raphaël, et qu'il semble lui préférer Léonard de Vinci ot Micbel-Ange, on pourrait admettre qu'il ait voulu seulement désigner Raphaël comme le plus jeune des trois; mais ensuite lorsqu'il cherche à faire entendre que Raphaël dut principalement à son habileté de courtisan sa grande réputation et les honneurs accordés à son talent, on voit clairement qu'il ne veut donner au plus grand des peintres que la troisième place ; c'est là une opinion que lui aura peut-être suggéré Sebastiano del Piombo ou quelque autre élève de Michel- Ange. Au reste, Paolo Giovio est tellement léger et inexact dans cette notice, qu'il prend la Prison de saint Pierre, dans la seconde chambre du Vatican, pour le Tombeau du Christ, mais il n'a garde d'oublier

1. Né à Came le (9 arril t483; il TÎtait depuis Tannée 1516 à la cour du Pape, à Rome. Ce fut Clément VU qui lui donua IVvèchâde Nocera de* Bagaui^ dans les États napolitains.

toutefois le bel effet de lumière de cette fresque. En général, il parait n'avoir regardé les Stanze qu'en passant, puisqu'il ne cite que le Parnasse dans la chambre délia Segnatura, et la Bataille de Constantin dans la salle qui doit son nom à cette fresque, sans dire un seul mot des fresques de la salle des Palafrenieri.

Quant aux tableaux à l'huile dellaphaël, il ne parle que du tableau d'autel qui était à S. Pietro in Montorio, c'est-à-dire de la Transfiguration. Son incroyable ignorance des choses d'art ressort assez des deux prétendus défauts qu'il reproche à Raphaël. Ainsi, il l'accuse d'avoir montré une trop grande prédilection pour le nu et d'avoir méconnu absolument les principes de la perspective.

Paolo Giovo donne pourtant dans sa notice un tenseignemeht précieux : il nous apprend que Raphaël leva les plans des édifices de la Rome antique à l'aide de la boussole; Yasari n'avait rien dit de ce fait intéressant.

Voici, au reste, le texte latin de cette esquisse biographique :

Raphaelis Urbinatis Vita.

Tertium in pictura locum Raphaël Urbinas mira docilis ingenii suavitate atque solertia adeptus est. Is multa familiaritate potentium, quam omnibus humanitatis offîciis comparavit, non minus quam nobilitate operum inclaruit adeo, ut numquam illi occasio illustris defuerit ostentandœ artis. Pmxit in Vaticano nec adhuc stabili authoritate cubicula duo ad prsescriptum Julii Pontifîcis, in altero novem Musœ ApoUini cythara canenti applaudunt, in altero ad Christi sepulchrum armati custodes in ipsa mortis umbra dubia quadam lucc refulgent. In* penitiore quoque Leonis X triclinio Totila3 immanitatem, ac incensse urbis casus, atque pericula reprœsentavit, parique elegantia, sed lascivienti ad modum penicillo, Porticum Leoninam florum omnium ac animantium spectabili varietate replevit; ejus extremum opus fuit devicti Maxentii pugna in ampliore cœnaculo inchoata, quam discipuli aliquanto post absolverunt. Sed ars ei plurimum favit in ea fabula, quam Clemens Pontifex in Janiculo ad aram Pétri

dedicavit; in ea enim cum admiratione visitur puer a mone vexatus, qui révolu tis et rigentibus oculis com- ; mentis habitum refert. Caeterum in toto picturae génère " amejus operi venustàs defuit, quam gratiam interpretan- ^j[|aamquam in educendis membrorum toris aliquando nimius quum vim artis supra naturam ambitiosius ostendere conèl^tur. Opticcs quoque placitis in dimensionibus distantiisque non semper adaraussim ohservans visus est; verum in ducendis linels, quae commissuras colorum quasi margines tcrminarent, et in mitiganda, commrscendaque vividiornm pigmentorum austeritate jucutidissimus artifex ante.alia id prœstanter contenait, quod unum in Bonarota defuerat, scilicet ut picturis erudite deiineafis etiam colorum oleo commistorum lucîdus ac inviolabilis ernatus aecederet. Periit in ipso œtatis flore, quiim antiquœ urbis œdificiorum vestigia architeeturœ studio metiretur, noYO quidem ac admirabili invento, ut integram urbem architeçtorum oculis consideratam proponeret. Id autem facile consequebatur descriptis in piano pedali situ ventorumque lineis, ad quarum normam sicuti nautœ ex pictee membranes magnetisque usu maris ac litorum spatia deprehendunt, ita ipse laterum angulorumque naturam ex fundamentis certissima ratione coiligebat. Eo de«» functo plures pari prope gloria certantes artem exccperunt, et in fais Franciscus et Julius discipuli yel bac una exquisita artis indole insignes, quod magistri* manum perargute et diligenter œmulari videantur.

Vasari, sans alléfçuer aucune espèce de preuves, a donné sur la mort de Raphaël des détails qui jusqu'à un certain point pourraient jeter de la déconsidération sur les mœurs de ce grand homme, et Son témoignage, quoique entaché de cette malveillance qu'il a manifestée à Tégard de plusieurs autres artistes, a été accepté néanmoins avec toute la légèreté possible parpresqtie tous les historiens et biographes de Raphaël.

Maintenant, si en recherchant la vérité, nous examinons les lettres de Goelio Galcagnini et de Marc Antonio Michiel, que nous avons citées dans notre ouvrage, nous voyons que ces deux amis de l'illustre défunt parlent avec la plus haute considération et de son caractère et de ses mœurs. Nous voyons aussi, dans ces mêmes lettres, que Raphaël vivait dans une sorte d'intimité avec les plus éminents personnages de son temps, et qu'il avait accueilli, comme un père, dans sa maison l'austère Fabius Calvi dont il suivait les sages conseils. De plus, nous savons par la, lettre de Marc- Antoine Michel, que Raphaël est mort après avoir été malade pendant quinze jours, ce qui n'indigue pas une maladie de langueur, mais bien une maladie aiguë.

Dans les notices biographiques que l'historien Paolo Giovio et l'antiquaire Andréa Fulvio ont consacrées à Raphaël, ces deux contemporains, et, pour mieux dire, ces deux témoins oculaires, n*ont laissé planer aucun soupçon fâcheux sur la véritable cause de la mort imprévue du peintre d'Urbin. On a donc lieu d'être surpris que, longtemps après de pareils témoignages, Simone

Fomari de Reg^^o ait osé, dans ses Osservaiioni loprù il delt Arioslo, publiées en 1349, recueillir des bruits absi déshonorants sur la mort de Raphaël, et qu'après lui Vasari, pour qui la circonspection aurait dû être un devoir sacre, se soit fait l'âcbo de ces bruits calomnieux. Simone Fomari manque absolument de conscience bistorique dans ce qu'il rapporte au sujet de la mort de Raphaël; voici d'abord le passage en question :

« Le cardinal Bibiena voulait faire épouser par Raphaël une de ses nièces, mais celui-ci ne voulut point consommer le mariage, parce qu'il attendait de la noble Ubéralité du pape un chapeau rouge, qu'il croyait avoir mërité autant par ses travaux que par soa génie. Enfin cependant, comme il ne mettait pas de frein à ses amours, il mourut à l'âge de trente-sept ans, le jour même de l'anniversaire de sa naissance '. n

Ainsi, Vasari, qui répète à peu près dans tes mêmes termes l'assertion de Pomari, s'est fié aveuglément d un écrivain dont la véracité aurait dû lui paraître douteuse et n'a pas pris la peine de remonter lui-même & la source des faits. Bien plus, il ajonte de son chef d'autres détails non moins suspects, en disant que le chapeau de cardinal avait été promis à Raphaël, par cette raison que le pape lui devait de grosses sommes pour ses travaux, et que son élévation au cardinalat eiît été à la fois un payement et une récompense. Ensuite il ajoute encore, et comme pour donner plus de vraisemblance à ce qu'il vient de dire sur la mort de Raphaël, que le maître avût, par un sentiment de pudeur, caché à, ses médecins la véritable cause de la fièvre lente qui le minait, si bien que ceux-ci, au heu de lui administrer des remèdes fortifiants, le saignèrent et le firent idnsî mourir d'épuisement.

Nous avons déjà fait justice de l'ahsurde histoire du chapeau

830 StJR LA MORT DE tlÂt>HAEL.

de cardinal destiné à Raphaël. Ici nous remarquerons qu'il serait tout à fait incompréhensible, si Ton voulait admettre les assertions erronées de Fornari et de Vasari, que Raphaël eût encore pu, quelques jours avant sa mort, déployer cette énergie et cette vigueur de génie que nous avons vues, car une pareille activité physique et morale ne pouvait exister chez un homme usé par de tels excès, attendu que le malade qui a fait abus de ses forces entre toujours dans une période de grande faiblesse avant d'en venir à une désorganisation complète.

D'après ce que nous savons, surtout par le témoignage de Fulvio, de l'immensité des travaux de Raphaël dans les derniers temps de sa vie (et cette supposition est bien plus en rapport avec la notilesse de son caractère), on devrait croire plutôt, comme nous l'avons déjà dit-, que l'incessante activité de son esprit et la dévorante ardeur de son imagination avaient surexcité outre mesure sa frêle et délicate sanlé.

Par la conviction que nous venons d'exprimer, nous devrions être très-reconnaissant au premier secrétaire de TÀcadémie de Saint-Luc, à Rome, l'abbé Melchior Misserini, pour la communication qu'il a faite à Longhena, traducteur de l'ouvrage de M. Qaatremère de Quincy (p. 441), en ce qu'il soutient avoir appris de la bouche du défunt abbé Francesco Girolamo Gancellieri une trèsprécise narration des causes de la mort de Raphaël, narration que ce dernier avait trouvée dans un manuscrit de la bibliothèque du cardinal Antonelii, et dont le contenu était comme il suit : . « Raphaël était d'une très-noble et très-délicate complexion et sa vie ne tenait à son Corps que comme à un fil, car il était tout esprit. D'aiUehrs^ ses forces physiques diminuèrent beaucoup jpar ses efforts démesurés, et Ton doit admirer combien il a su produire en si peu de temps. Donc, s'étant un jour senti trèsépuisé à la Farnesine, le Pape envoya vers lui pour qu'il vint de suite à la Cour. Pour ne pas être en retard, il courut d'une haleine au Vatican et y arriva dans une forte transpiration. Là, il se trouva dans une grande salle et parla longuement sur les travaux de l'église Saint-Pierre, si bien que sa sueur rentra par

la fraîcheur et il se sentit subitement atteint de maladie. De retour à sa maison, il fut pris d'une fièvre ardente, qui le conduisit malheureusement, bientôt au. tombeau. » — Mais nous devons, pour la vérité, mentionner que cette donnée ne repose sur aucun fondement sûr; car, après nos recherches, il ressort que l'excellent Gancellieri n'a jamais trouvé un document de ce genre. Nous savons seulement qu'il a dit au cavalière Yincenzo Camuccini, qui lui parlait de la mort de Raphaël : u qu'il espérait pouvoir prouver que la mort précoce de Raphaël ne saurait aucunement être attribuée à une femme. »

Le Père Pungileoni* témoigne aussi, dans sa longue et intime fréquentation avec Gancellieri, que celui-ci ne lui avait cependant jamais rien communiqué au sujet d'un manuscrit contenant des renseignements sur la mort de Raphaël.

Nous n'accorderons pas plus de confiance au récit suivant, rapporté par Rehberg, d'un vieux peintre romain, qui le lui communiqua comme une tradition de famille : « Léon X, instruit par les médecins que Raphaël était atteint sans espérance de guérison, voulut lui donner la dernière bénédiction; mais, lorsque l'envoyé revint annonçant que Raphaël était mort, le pape se serait écrié en versant des pleurs : o Orapro noàis. » Ces mots, sortis de la bouche du chef suprême de l'Église, auraient été considérés par les personnes présentes comme une véritable béatification. Le même écrivain rapporte aussi que Baviera, le serviteur de la a Fomarina, » ayant appris cette nouvelle, la communiqua à sa maltresse , laquelle , devenue presque insensée par la mort de Raphaël, voulut dans son désespoir empêcher la marche de l'en* terrement et qu'elle se serait calmée à la pensée d'une béatifica* tion immédiate l

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