‹ Raphael d'Urbin et son père, Giovanni Santi (volume 3)Chapitre 61 sur 81 · SUR UNE LETTRE INÉDITE DE RAPHAËL · texte numérisé non relu

SUR UNE LETTRE INÉDITE DE RAPHAËL

Le sarant bibliographe M. Pierre Deschamps a publia, dans le deuxième numéro de la Ga%êti9 des Beaux-Àrt${t& janrier 1S59), le fac-similé et la traduction d'une lettre inédite de Raphaël, qui se troure dans la collection d'autographes de M. Ch.... Voici la copie tixtuelle de cette lettre :

« Ex"*<^ monsor mio poy H debiti recomandationi in sua bona gratia quanto posso me recomando; Dio sa quanto dispiacer et dolor ho donare a y. E** il fastidio che li dono ma lo honor me morde et la nécessita grande in la qualemetroTO me forza donarli fastidio [deux mots illisibles). Prego V. Ex" me habire (tic) per escusato et la supp^"* me facza gratia como e suo solito far per me servitor et che non ha stabilita de posser vifer, et a Y: Ex" tomo a recomandar me.

« In f iorenxa, ali viii de julio.

• Di V. Ex".

« Humi"*** et obedien»* servitore,

« Ràphabllo. v

Itf. P. Deschamps a essayé de donner une traduction aussi littérale que possible de cette lettre :

a Mon trës-eicellent seigneur, après toutes les obligations que je tous dois, je me recommande de toutes mes forces à vos bonnes grâces : Dieu sait combien j'ai de déplaisir à causer tant d'ennuis à V. E., mais l'honneur me mord au cœur, et la nécessité grande en laquelle je me trouve me force cette fois encore de vous donner cette fatigue. Je prie V. E. de m'a-

Toir pour excusé et la conjure de faire ce qu'elle a déjà fait si souvent : c'est que son serviteur et esclave soit assuré de pouvoir yivre. J'en revieos à me recommander à Y. E.

< A Florence , le 8 juillet.

d De Votre Excellence^

« le très-humble et trè^^béissant senriteur,

« Raphaël. v>

Cette lettre ne contient pas un seul fait, pas un seul nom qui puisse se rattacher à ce que nous savons de la vie de Raphaël. Aurait-elle été écrite pcmJant le premier séjour du jeune peintre à Florence, en 1504, ou bien à l'époque de son second séjour dans cette ri lie, en 1508? (Voyez TouTrage de M. Passavant, 1. 1 , pages 67^t 9i.) A qui, d'ailleurs, peut-on supposer qu'elle fût adressée? Il y aurait matière à discuter longuement sur ces deux points.

Nous regrettons de n'avoir pas vu l'original pour nous prononcer sur son authenticité avec plus de connaissance de cause. Nous avouerons cependant que nous avons des doutes sérieux à cet égard. Quelques-uns de ces doutes sont fondés sur l'examen même du fac-similé. Par exemple , nous y lisons habire au lieu de havere, que Raphaël écrivait alors avère. (Voyez plus haut, dans l'Appendice, p. 497, le texte d'une autre lettre dont l'original existe à la Propagande de Rome.)

Mais, sans nous arrêter aux nombreuses observations graphiques et grammaticales que nous suggère à première vue le fac-similé publié dans la Gazette des Beaux-Ârts, nous dirons seulement que l'objet même de cette lettre nous parait en contradiction absolue avec la position du jeune peintre à Florence, soit en 1504, soit en 1508. Il alla d'abord dans cette ville pour se perfectionner dans ses études^ avec une lettre de recommandation que la sœur du duc d'Urbin, Jeanne de La Rovère, lui avait donnée pour le gonfolonier de Florence , Pietro Soderini ; il retourna à Florence quatre ans plus tard, déjà estimé comme peintre et entouré de puissantes amitiés. Nous ne voyons nulle part qu'il ait été dans la nécessité d'implorer on secours d'argent pour pouvoir vivre, passer viver.

En un mot, nous ne reconnaissons dans cette lettre ni la main, ni le style, ni le caractère de Raphaël.

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