Vila di P. VcriKjino, p. 2ûS
3. Yila di P. Peruginn, p. 222, et B. Orsini, Descriz-iovc, dvllc pilluredi Ascoli, 1790, p. 75.
cachée derrière un mur qui fut élevé pour soutenir l'église, ébranlée par un tremblement de terre. On y lit encore cette inscription : . . . ESTA HOPEEIA FERO (?) DEPENGERE. LA. COMPAGNIA DELLA S. .... . COSI DICTA IN LI ANNI DNT.
MDXIV. M. PETR...
Maître Pietro peignit encore à Pérouse, en 1518 et lo21, comme le témoignent un tableau de Saint Sébastien percé de flèches par des archers, dans l'église des Franciscains, et les six figures de saints, qu'il exécuta sous la fresque de Raphaël, son illustre élève, à S. Sevcro. Il faut aussi rapporter à la même année 1321 le Christ mort sur les genoux de sa Mère, qu'il peignit dans l'église collégiale, à Spello, avec cette inscription : PETRYS DE CASTRO PLEBIS PÏNXIT A. D. MDXXI. Le dernier de ses taiileaux datés porte la date de 1522. C'est une Nativité, vraisemblablement peinte à la détrempe, pour S. Maria, à Fontignano.
Enfin, nous remarquerons encore que, d'après les documents publiés par A. Mariotti, maître Pérugin ne mourut pas à Castello délia Pieve, mais à l'hôpital, à Fontignano, où il avait été appelé en 1524 pour faire des peintures.
C'est aussi là qu'il fut enterré; mais, en vertu d'une ancienne convention qu'il avait faite avec jes moines du couvent de S. Agostino, à Pérouse, son corps fut ensuite transporté dans l'église de ce couvent. Il ressort des documents publiés par Mariotti que les moines de S. Agostino conclurent une transaction avec les trois fils du Pérugin, le 30 décembre 1524, par laquelle ils s'engageaient à leur remettre 18 ducats d'or sur la somme encore due à leur père pour le tableau d'autel commandé en 1502; de plus, en compensation du restant de ladite somme, à venir déposer les restes du Pérugin dans l'église du couvent et à faire dire pour lui une messe des morts.
Andréa di Logi d'Assise, nommé I'Ingegno. — Les renseignements que Vasari nous a donnés sur ce peintre sont trèsconfus et en partie erronés. Selon Vasari, en effet, Andréa di Luigi, qu'il représente comme un des plus anciens et des plus excehents élèves du Pérugin, aurait aidé son maître, en 1483,
dans l'exécution des fresques que celui-ci exécuta dans la chapelle Sixtine; mais, devenu aveugle vers cette époque, il serait mort en 1484. Cependant, après l'avoir fait mourir en i484,Vasari lui fait encore prendre une part très-active, en loOO, aux peintures du Pérugindans la salle del Cambio. Quant au talent d'Andréa di Luigi, Yasari le compare à celui de Raphaël, qui aurait été, dit-il, dans l'école de leur maître, l'émule de cet ancien élève du Pérugin, quoique en 1484 Rapliaël ne fût âgé que d'une année ! Yasari, qui ne désigne d'ailleurs aucun ouvrage de la composition de ringegno, paraît avoir été amené par ce surnom qualificatif à lui attribuer un plus grand mérite que celui qu'il avait en réalité. Or Andréa devait moins ce surnom à son génie pour la peinture qu'à son habileté pour bien des choses, surtout pour la gestion des affaires civiles. Ainsi le chevalier Frondini, à Assise, a trouvé des documents authentiques qui établissent qu'Andréa était procureur' en 1503, arbitre^ en 1307;, syndic du gouvernement^ en 1310, et même caissier du pape ^ en 1511. En outre, si nous considérons, d'après un document également découvert par Frondini °, que l'Ingegno a peint les armes de la ville sur la place publique et aux portes de la ville d'Assise, en 1484, nous nous croj^ons en droit de conclure que ce peintre a bien pu aider son maître dans les peintures de la chapelle Sixtine, en 1483, mais qu'il exécutait pour son propre compte, en 1484, plusieurs travaux subalternes dans sa ville natale, et que, plus tard, il occupait plusieurs emplois tout à fait étrangers aux beaux-arts. Comme receveur du gouvernement en 1311, il recevait encore un traitement que Jules II lui fit payer, quoiqu'il fût devenu vieux et aveugle. — Yasari dit qu'il avait atteint l'âge de quatre-vingt-six ans.
1. Arcliivi délie Riformag. d'Assisi, a" IbOb, 7 febr. p. 48.
2. Document d'arbitre, rogalo da ser Giampietro. not. publ. di d. 6 sept. 1507.
3. Riformag. ultime aprilis IblO. Magister Andréas Mag. Aloysii, sindicator potestatis.
4. Archives délia sagrestia d'Assisi, où une lettre du 7 avril 1511 avec l'adresse : « Alphanus de Alphanis Perusii vice thesaurarius , spcclabile viro magistro Andica dicto lugegno, camerario apostolico in civitate Assisii. •
b. BoUentario iu sagresUa del publico. a" 1484, 29 octobris. Magister Andréas Aloysii habuit bulîcctraiu pro arniis in platca et ad portas civitatis... flor. 5, solid. 2G.
Mais quols sont les ouvragns de l'Ingeii^no ? Les armoiries qu'il avait peintes à Assise n'existent plus, et nous n'avons pas de renseignements cei-tains sur d'autres travaux exécutés par Andréa di Luigi. Cependant on peut supposer que la Vierge colossale peinte à fresque au-dessus de la porte S. Giacomo, à As'sise, doit être de lui. Cette fresque, exécutée dans la manière de l'école du Pérugin, a des caractères particuliers que nous rencontrons également dans d'autres peintures du môme style exécutées à Assise, à Rome et à Orvieto, et qui certainement proviennent de la même main. Ces caractères consistent surtout dans une plus grande ampleur et même dans une accentuation plus vigoureuse des formes de tête ; ainsi le front et les mâchoires sont plus larges, le nez est un peu plus gros que dans les peintures des autres élèves du Pérugin. Du reste, les figures auxquelles on ne saui'ait reprocher cette exagération dans les traits du visage ne manquent pas d'élégance. Les ombres dans les chairs tirent sur le brun roux, mais sont transparentes et n'ont jamais la dureté qu'on trouve chez 'Signorelli.
Ces qualités de l'Ingegno se reconnaissent aussi dans la belle Vierge peinte à fresque qui décore la chapelle des Conservateurs au Capitole, à Rome, et qu'on attribue à tort au Pinturicchio. La Vierge est représentée adorant l'enfant Jésus, qui est endormi sur ses genoux; deux anges sont également en adoration de chaque côté. Cette peinture, bien conservée, est d'une exécution délicate et très-profondément sentie. Elle date probablement de l'époque où Andréa était à Rome avec le Pérugin, de 1480 à L484 ' . Il paraîtrait que cette fresque obtint alors un grand succès, car une copie en fut faite sur le mur de la seconde loge du palais de Venise , à Rome.
Un petit tableau d'Andréa, qui appartient également à sa première manière, est une Vierge exécutée à la détrempe chez les religieuses de S. Cliiara, à Urbin. Ce tableau, peint sur fond d'or, n'a pas été fait avec le soin et la délicatesse qu'eût
\. Une gravure en a été publiée dans la Descrizione dcl Camjndoglio, di Picfro Righetli. (Roma, 1836. vol. II, i)l. CCXMU.)
exigés un ouvrage de cette dimension. C'est une demi -figure de la Vierge debout, tenant sur son bras gauche l'enfant Jésus, qui bénît le monde. Elle a la tête ornée de rubans, dans le goût du Pérugin; elle porte un manteau bleu foncé, avec une étoile sur l'épaule, et dont la bordure est fortement rehaussée d'or. Le ' fond de paysage, avec unpetit arbre, est complètement analogue à la peinture à fresque qu'on voit sur la porte à Assise. Les formes'de la tête de cette Vierge sont, comme toujours, pleines et robustes; le menton, beaucoup trop pi-oéminent, est même peu correct de dessin. Le ton des ombres dans les chairs est rouge brun et les lumières sont blanchâtres.
C'est bien à tort qu'on attribue ce tableau à Raphaël, et nous en avons déjà parlé, pour cette raison, dans la Vie de Giovanni Santi, comme d'une œuvre apocryphe de son jeune fils, en citant la fausse inscription que nous ne répéterons pas ici.
Nous voyons encore un ouvrage de la jeunesse de l'Ingegno dans le Saint Michel peint à fresque, conservé actuellement chez le marchese Gualtieri, à Orvieto. Le saint, que l'artiste a représenté jeune et trop gracieux, est debout sur un dragon vaincu ; il abaisse son épée de la main droite et appuie sa main gauche sur sahanclie. Son armure, richement ornementée, rappelle les armures peintes dans les tableaux du Pérugin; le paysage, ayant vue sur la mer, avec des îles rocailleuses et des promontoires dont les lignes sont entrecoupées par de petits arbres, est traité dans la manière du Pinturicchio. La tête de l'ange aux longs cheveux flottants reproduit cependant tout à fait les formes favorites de l'Ingegno, et le mouvement des mains est aussi gracieux que naturel. Ce tableau ornait autrefois la chapelle de la Madonna di S. Brizio, dans la cathédrale, à Orvieto, près d'un autel qui appartient à la famille Gualtieri.
Lorsque cette partie de l'éghse fut restaurée, on enleva, en sciant le mur, le tableau d'Andréa di Luigi, et on le transporta dans la maison de la famille Gualtieri. C'est là que Cornélius le découvrit, vers 1812, abandonné sous la poussière, au fond d'une ancienne cuisine ; il le restaura lui-même et le fit placer dans la
ESSAI SIR LES PEINTRES DE L'OMDRIE. iGU
chapelle de la maison, où il se voit encore. Le nom de l'In- 2,egno ne se trouve pas cité une seule fois dans VHistoire de la Cathédrale d'Orvieto, parle P. délia Yalle, car la famille Gualtieri ayant fait exécuter à ses frais cette fresque, il n'en est pas question dans les comptes de fabrique que le P. délia Valle a compulsés aux archives de cette cathédrale.
Le grand tableau de Madone déjà mentionné, qui est au-dessus de la porte S. Giacomo, à Assise, concorde exactement dans la pose de la mère et de l'enfant, avec la fresque du Capitole. Dans cette fresque, la Vierge adore aussi l'enfant Jésus couché sur ses genoux. Mais au lieu de deux anges à ses côtés , elle est entourée de sept têtes d'anges dans une gloire en forme elliptique. Le fond, comme dans le tableau du Saint Michel, est un paysage avec la mer et des rochers escarpés, dans la manière du Pinturicchio. Les qualités de dessin et de couleur sont les mêmes que dans les tableaux précédemment décrits; seulement les doigts de la Vierge sont ici un peu forts. [Cette fresque, ayant été exposée à toutes les intempéries des saisons, a beaucoup souffert.
Une autre Madone, de petite dimension, attribuée avec raison à ringegno, se trouve encore à Assise, derrière des treillis, sur un mur du monastère de S. Andréa. L'enfant Jésus, dans l'attitude de la bénédiction, debout sur les genoux de la Vierge, s'attache de la main gauche au vêtement de sa mère. La Vierge, d'une grande beauté, porte un collier de perles. Cette figure est, en somme, traitée avec inhniment de délicatesse. Sur les voussures latérales de la niche on voit, à droite, saint François, et saint Jérôme à gauche. Dans cette fresque, peinte avec grand soin, d'après les cartons du maître, on distingue encore les empreintes du calque à la pointe sèche. Les formes des têtes ont la plus parfaite analogie avec celles du grand tableau de la porte S. Giacomo, et dans la figure de la Vierge les coins de la bouche sont plus élevés qu'abaissés. Les ombres des chairs ont toujours ce ton brun rougeâtre, particulier au peintre, quoiqu'il ne soit pas si prononcé que dans ses autres ouvrages,
Pour rendre aussi complète que possible notre notice sur l'œuvre de l'Ingegno, nous citerons encore la Madone que posséda feu M. Volkmann, à Florence, et qui est signée A. A. P.
M. von Rumohr paraît avoir bien expliqué ces initiales, qui lui représentent ces mots : Andréas Aloysii pinxit^.
Ce tableau semble avoir été peint à la détrempe et terminé par des glacis à l'iiuile, selon la manière florentine de la fin du quinzième siècle. C'est peut-être aussi un des derniers ouvrages de l'Ingegno.
Une autre Vierge avec un enfant Jésus assis a été publiée dans la Storia délia Pittura italiana, tome IV, page 63, par Rosini, qui l'attribue à l'Ingegno, sans cependant en donner des raisons concluantes, et sans dire en quel endroit ce tableau se trouve aujourd'hui.
Mezzanotti attribue également à notre maître une fresque qui est dans une chapelle du couvent S. Pietro Maggiore^ à Pérouse, et qui représente la Vierge assise sur un trône, entourée de saints. Mais cette fresque, tout à fait différente des peintures dans lesquelles M. von Rumohr a reconnu, ainsi que nous-même, la main de l'Ingegno, est d'un artiste médiocre de la première moitié du seizième siècle.
Bernardino di Betto, de Pérouse, nommé il Pinturicchio. —
Nous n'avons pas d'autres renseignements sur le Pinturicchio que ceux fournis par Vasari, qui nous apprend que ce peintre fut, de même que l'Ingegno, un des principaux élèves du Pérugin. Et ces deux peintres, à coup sûr, ont avec ce maître la plus grande analogie ; seulement, le Pinturicchio ditïère de l'Ingegno en ce que les traits de ses têtes sont plus fins et plus délicats, et qu'en somme, dans ses bonnes productions, il a fait preuve d'un talent bien supérieur. Mais sa trop grande facilité, qui lui fit donner le surnom de Pinturicchio, dégénéra bientôt en néghgenee et finit plus tard par gâter ses ouvrages.
Nous renvoyons à Vasari pour les travaux que le Pinturicchio
1. Voyez KtinsUdaU, 1821, n" 7S, cl Ilalienische Forsehungen, II, p. 388.
exécuta de concert avec le Pérugin à Rome, sous le pape Sixte IV, comme pour ceux qu'il exécuta seul sous Innocent VIII et Alexandre VI. On verra, dans les Vies des Peintres, comment, par sa prodigieuse facilité, il sut acquérir la faveur et l'approbation de ces papes. Pendant les années 1192, 1494 et 1496, nous le trouvons occupé, dans le dôme d'Orvieto, à peindre à fresque plusieurs figures de saints, nommément les Évangélistes et les Pères de l'Eglise. Mais il faut citer comme l'ouvrage le plus distingué qu'il exécuta vers cette époque, c'est-à-dire dans les années 1497 à 1508, les peintures murales de la chapelle Bufalini, à l'église d'Araceli, au Capitole. Dans ces peintures, quelques épisodes de la vie de saint Bernardin sont représentés avec beaucoup de vérité et de caractère; on y remarque des détails trèsfinement étudiés et de très-belles têtes, qui sont d'excellents portraits ' ; ce qui se rapporte évidemment à la-première manière du Pérugin. Du reste, de même que dans toutes les grandes compositions de ce maître , on constate un défaut d'ordonnance dans la distribution des figures, en soi^te que la scène est tantôt trop remplie et tantôt trop vide.
Un des ouvrages les plus remarquables du Pinturiccliio , ce sont les peintures d'autel dont il reçut la commande le 14 février 1493, au prix de 110 florins; peintures qu'il devait terminer en deux années pour l'église S. Maria de' Fossi. Après la suppression de l'église, dont elles furent longtemps le plus splendide ornement, ces peintures, en parfaite conservation, passèrent, divisées en différents fragments, dans la collection de l'Académie de Pérouse. Le tableau du milieu représente la Vierge et l'enfant Jésus, sur un trône , avec le petit saint Jean en adoration. Un beau paysage est au fond. Des deux côtés sont les figures isolées de saint Jérôme et de saint Augustin, et, dans un panneau carré au-dessus du tableau principal, un Christ debout dans sa tombe, soutenu sous les bras par deux anges. Aux côtés de cette Pietà, l'Annonciation, représentée par les figures de l'Ange et de la Vierge,
1. Voyez Vasari, nouvelle édition de Florence; 1849, note de la page 271.
celle de la Vierge surtout est remarquable par la finesse de SCS traits comme par l'expression de sa douce et naïve physionomie. Le gradin contient, dans des médaillons, les quatre Évangélistes et un Père de l'Église. Toutes les têtes de cette composition trahissent un vrai sentiment du beau. Le coloris en est brillant et le ton de chair d'un brun clair dans les ombres.
11 est regrettable que le Pinturicchio n'ait pas eu l'habitude de signer les œuvres de sa première époque, qui précisément sont les meilleures; il ne signa que plus tard, lorsqu'il travaillait davantage pour gagner de l'argent et , pour ainsi dire , en fabricjue. Il est donc impossible de présenter une suite chronologique de ses travaux. Nous décrirons cependant les suivants, dans l'intérêt de l'histoire de l'art. D'abord nous citerons une Vierge, d'un fini extrême, qui se conserve dans la sacristie de l'église S. Agostino à S. Severino, et qui pourrait être de la même époque que l'antel de S. Maria de' Fossi. La Vierge, demi-figure, tient ici l'enfant Jésus debout sur ses genoux, lequel, de la main gauche, porte le globe terrestre, et de la main droite bénit le donataire. Ce donataire, un prêtre, est vu de profil; son portrait doit être d'une vérité frappante. Derrière la sainte Vierge sont deux anges en adoration ; au fond, dans un paysage délicieux, coupé par des bois et des collines semblables à ceux du pays, on voit le cortège des trois saints rois mages. Ce tableau , vraiment remarquable par sa grâce et sa beauté , ainsi que par sa délicate exécution, est regardé ajuste titre comme un monument précieux. On l'a recouvert d'une glace. Au-dessus de ce tableau, dans un cintre également peint par le Pinturicchio , est Dieu le Père bénissant, entouré de quatre chérubins'.
Parmi les meilleurs tableaux du Pinturicchio, il faut ranger aussi un portrait de jeune homme, avec un fond de paysage. Ce tableau , conservé actuellement dans la galerie de Dresde , est encore peint à la détrempe , et la couleur verte employée pour ébaucher les chairs a poussé en quelques endroits. La
1. Rosini en a ilounû une gravure dans sa Storia délia PUlura ilaliana , t. IV, p. 2S2.
finesse du dessin et la manière de faire, surtout dans le paysage, otirent beaucoup d'analogie avec la Madone que nous avons citée plus haut.
Les peintures à fresque ;, qu'on trouve dans la chapelle de la famille Bagiioni, nommée la Bella, à S. Maria Maggiore à Spello, sont datées de 1501. Dans le tableau principal, représentant l'Adoration des mages, le peintre a placé son propre portrait, et, en dessous, une tablette avec cette inscription : BERNARDINVS PIN- TYRICHIVSPERYSINVSM«CCCCC°I«. Ces peintures sont estimables à différents égards ; mais on voit dans la composition combien le peintre avait de peine à remphr convenablement de grands espaces et à mettre de l'harmonie dans l'ordonnance de son sujet. Pinelli a gravé au trait ces fresques pour les prêtres de cette église, qui vendent eux-mêmes ces gravures.
Le Pinturicchio remplissait les fonctions d'un des Prieurs du , magistrat de Pérouse, dans la seconde moitié de l'année 1501; mais, l'année suivante, il fut obligé d'aller résider à Sienne, car ce fut le 29 juin 1302 qu'il reçut une commande du cardinal Francesco Piccolomini , plus tard pape sous le nom de Pie IIl , pour décorer de peintures la Libreria, que ce prélat avait fait bâtir pour la cathédrale de Sienne; ces peintures devaient représenter des sujets tirés de la vie d'^neas Sylvius Piccolomini, qui fut le pape Pie II. Nous avons dit que, reconnaissant lui-même son manque de talent pour la composition, il eut recours au génie d'invention que le jeune Raphaël avait déjà manifesté dans l'école de son maître. Mais Raphaël, comme nous l'avoiis établi par des faits, n'eut aucune part, soit à l'exécution des cartons, soit à celle de la peinture. Néanmoins il est très-vraisemblable - que le Pinturicchio se fit aider, dans cette grande entreprise, par plusieurs peintres de Sienne, ainsi que le suppose aussi M. von Rumohr, qui croit même reconnaître la main d'Antonio Bazzi, surnommé Sodoma, dans le tableau qui représente iEneas Sylvius, couronné par l'empereur Maximilien. Ayant déjà donné une description de ces peintures dans la première partie de notre ouvrage, nous n'y reviendrons pas ici ; nous ajouterons seulement
que le Pinturicchio reçut le dernier payement le 7 janvier de l'an 1509. La somme totale qui lui fut allouée pour ces fresques, retouchées soigneusement à la détrempe, se montait, selon le contrat ' passé avec lui, à 1,000 ducats, in oro di caméra; il avait de plus un logement gratis, et on lui fournissait l'échafaudage et le crépi.
Ces dix peintures murales furent gravées pour la première fois par Raimondo Faucci, sous ce titre : Narrazione délie Gesta di Enea Sylvio Piccolomini poi Pio II rappresentate nelle pareti délia libreria corale del Duomo di Siena dal Pinturicchio , cou schizzi e cartoni di Bafaello d'Urbino (Siena, 1771, in-fol.); et depuis, dans les Pitture di Siena, de Lasinio le fils. Grand in-fol.
M. von Rumohr, dans ses lialienische Forschungen, p. 56, cite encore du Pinturicchio, dans l'église S. Girolamo à Pérouse, un tableau d'autel qui, dans les descriptions de cette ville, a toujours été désigné comme étant de l'école du Pérugin. Ce spirituel écrivain ne croit pas seulement y reconnaître la main du Pinturicchio, mais encore celle de Raphaël. En effet, les raisons qu'il donne à l'appui de cette attribution sont si concluantes, que nous ne nous faisons aucune diflûculté de les adopter, en général; toutefois, nous ne saurions partager cette opinion, que Raphaël en aurait fait la composition, l'aurait ébauché, et aurait ensuite laissé le soin de l'exécution au Pinturicchio. Au contraire, la composition primitive nous semble être bien de ce dernier, d'autant plus que la Vierge et l'enfant Jésus manquent absolument de la grâce particulière aux ouvrages de Raphaël et que les figures sont mal groupées; celle de l'enfant Jésus offre même des lignes déplaisantes. Par contre, on remarque, dans quelques parties du tableau, et surtout dans les quatre saints, debout aux côtés de la Vierge, une expression si raphaélesque, qu'il est permis de croire que le peintre d'Urbin n'a pas seulement aidé son ami pour le dessin , mais encoi-e pour la peinture. A en juger par le beau caractère du dessin, il semble
1. Voyer ce contrat dans l'cdiliou de Yasari publiée à Florence en 1849, p. 2S8.
qu'en 1507 le Pinturicchio aura su profiter, pour son instruction, du séjour que Raphaël faisait alors à Pérouse.
Mais quel étrange contraste forme cette excellente peinture avec le tableau d'autel qui est dans l'église de Saint-André à Spello , tableau que le Pinturicchio peignit l'année suivante ! Si on y reconnaît encore dans certaines parties, notamment dans la figure du petit saint Jean, les belles qualités de l'artiste, l'exécution toutefois en est très-négligée et traitée sans esprit, comme une œuvre de métier. Ce tableau représente au milieu la Vierge et l'enfant Jésus sur un trône élevé, au bas duquel est le petit saint Jean occupé à écrire les mots Ecce Agniis Dei sur une banderole. Saint André et saint Laurent sont debout, de chaque côté. Malgré la fai])lesse de son œuvre, le Pinturicchio eut la vanité de copier au bas du tableau une lettre élogieuse que lui adressa Gentile Baglioni, le 24 avril 1508 '.
Moins agréable encore et plus négligemment traité est un tableau du Pinturicchio, exécuté en 1509, lequel se trouve dans la même église des Augustins à S. Severino, où nous avons admiré une belle Madone de sa meilleure époque. Ce tableau représente la Madonna del Soccorso ; elle est debout, avec l'enfant Jésus entre ses bras ; à ses pieds , une mère prie avec anxiété , tandis que son enfant effrayé par un dragon, emblème de Satan, se réfugie auprès d'elle. Le tableau porte cette inscription : BERNÂDINO PERVSINO PINXIT. HOC OPVS. F. F. PANTONÎYS DE JENTIBVS P. SYA DEYOTIONE. 1509. kCCik" HAFERI.
Sigismondo Tizio rapporte ce qui suit sur la mort du Pinturicchio, dans son manusciit intitulé : Historiarum Senensium, t. VII, qui est conservé à la bibliothèque de cette ville : « Dans la nuit qui suivit le dimanche 11 décembre (1513), mourut Bernardin de Pérouse, très-excellent peintre, ainsi que le témoignent les ouvrages dont il a décoré la ville de Sienne, où il avait acheté, pour s'y fixer, le palais commencé par le pape Alexandre III, et des biens-fonds dans la campagne près Pernina. Il laissa une
1. Elle est reproduite dans les Lell. pilt. perug., p. 222. Le tableau se trouve gravé dans Va Sloria délia Piltura ilaliana, de Rosini, pi. LXXXVII.
veuve, nommée Grania, et deux filles, et fut enterré dans l'église S. Vincenzo. On rapporte qu'un certain Paffo ', homme de condition infime, avait des relations secrètes avec la femme de Bernardine, et qu'ils ne laissèrent approcher personne auprès du malade, à l'exception de quelques pauvres ftmimes de notre voisinage, qui me racontèrent plus tard que le défunt s'était plaint avec amertume de ce qu'on le faisait mourir de faim. On voit dans les appartements du pape , dans le château Saint-Ange et à Araceli, des peintures que Bernardino exécuta de sa main, du temps d'Alexandre VI. Ce pape le récompensa en lui donnant des canonicats avec le droit de les vendre ; le peintre les céda également contre une rente viagère et la propriété de Chiusi, que l'Église possédait dans la campagne de Pérouse. »
Dans l'église S. Vindenzo et S. Anastasio à Sienne, on lit sur sa tombe cette inscription :
Bernardino Betti detto il Pinturicchio
al quale Pietro Vanniicci iïi maestro
Rafaello Sanzio condiscepolo
Perugia Patria. Siena ospita grata
qui ebbe tiimulo senza monimento
gli undici di décembre 1513.
Luigi de Angelis questo piccolo marmo a tanto nome poneva, il primo di agosto 1830.
Giovanni, nommé lo Spagna. — Yasari cite ce peintre comme un des meilleurs élèves du Pérugin , en disant qu'il se distinguait particulièrement par son coloris. En efïet, nous reconnaissons dans le Spagna un maître qui , tant qu'il resta fidèle au caractère de l'école ombrienne , fut aussi remarquable par ses créations pleines de sentiment que par la finesse de son dessin et la richesse de son coloris. Plusieurs de ses ouvrages sont même d'une telle beauté et se rapprochent tellement de la manière péruginesque de Raphaël, qu'on a cru pouvoir les attribuer à ce dernier^, entre autres la Naissance du Christ, qui est dans la ga-