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La Résurrection du Christ

Au milieu du tableau, le Christ sort du tombeau en tenant la bannière triomphale ; à gauche, quatre gardiens se heurtent confusément et deux autres s’enfuient. Du côté droit arrivent les trois Marie.

L’esquisse originale était dans la possession du ministre résidant de Hanovre à Rome, feu le Dr Kestner; elle doit se trouver à présent au musée qu'il a fondé à Hanovre.

Gravure sur bois, au clair-obscur, par Hugo da Carpi. Bartsch, t. XII, p. 45, n° 26.

Planches isolées d'après des ornements des Loges.

a.) Un triton, tourné à droite, jouant des cimbales; sur son dos est assise une nymphe vue de dos. Gravé dans la manière d’Agostino Veneziano. Bartsch, t. XIV, n° 298.

b.) Deux jeunes tritons; l’un, à gauche, joue de la flûte de Pan, et l’autre souffle dans une conque. Gravé par Cherubin Alberti, 1579. Bartsch, t. XIV, p. 80, n° 9%. x

c.) L’ornementation du pilastre avec l’oiseleur; 2 planches, par Cherubin Alberti. In-fol.

d.) Ornements séparés, parmi lesquels un triton, 1555. 5 planches du maître A. P. (Bartsch, t. XV, p. 509, n° 1, 2 et 3.) Il y a en outre 2 planches avec l’oiseleur et la partie supérieure du pilastre , que Bartsch ne connaissait pas.

e.) Deux feuilles de grotesques, cintrées dans le haut; ce sont les parois de la muraille aux deux extrémités de la galerie des Loges. Au trait. M. L. (Michele Lucchese), Hic Rome supt. in pontificis domo. Raphael d'Urbinas inventor. In-fol. (Tauriscus, p. 297, cite encore une planche de Ph. Thomassin.)

[.) Onze feuilles, rondes et ovales, avec des groupes ou des figures 1solées, d’après les stucs de Gio. da Udine, grav. par Suntach, in-8.

g.) Vénus, Cupidon et quelques Bacchantes, par D. G., avec une dédicace à Zanetti (Heinecke, Nachrichten von Künstlern, etc., t. Il, p. 15). Nous n'avons jamais vu cette estampe.

h.) Cléopâtre couchée et l'Amour pleurant debout auprès d’elle, dans un ovale en largeur. M. Pool sculp. et exe. Amst. Petite planche.

L'impératrice de Russie, Catherine IT, ayant fait copier toutes les peintures des Loges, à l’huile, sur toiles, sous la direction du peintre Huntersberg, ces copies furent placées dans une galerie construite exprès au palais de l’Ermitage , près de Saint-Pétersbourg, et tout à fait semblable

à celle des Loges du Vatican. Cette galerie de l'Ermitage coûta 70,000 roubles argent, c'est-à-dire 300,000 livres, qui représentent aujourd’hui plus d’un million de francs.

Première série tirée de l’histoire des Apôtres.

Michel-Ange, qui avait eu d’abord la direction des peintures de la chapelle Sixtine, avait orné la voûte de six tableaux empruntés à l’histoire de la Création du genre humain; à côté de ces grandes scènes bibliques il placa les prophètes et les sibylles qui pressentirent la venue du Messie. Dans les étroits espaces réservés au-dessus des fenêtres, il représenta J’Attente et l'espoir de l'Humanité chez les ancêtres du Christ, et dans les coins de la voûte, la Délivrance miraculeuse du peuple d'Israël. Les vieux florentins et les peintres de l’'Ombrie avaient déjà autrefois, dans leurs peintures murales, adopté des sujets tirés collectivement de la vie de Moïse et de celle du Christ, mettant ainsi la Loi en face de l'Évangile. Lorsque Raphaël recut la mission de continuer, dans des cartons destinés à être reproduits en tapisserie, la grande pensée contenue dans les peintures de Michel-Ange, il voulut représenter la fondation de l’Église catholique, pour remplir toute la partie inférieure des murs latéraux, et il choisit dix sujets tirés de la vie des apôtres Pierre et Paul et de celle de saint Étienne, le premier martyr chrétien.

Pour la décoration de l'autel, il se proposa de peindre le Couronnement de la Vierge, comme symbole de la perfection humaine. Plus tard, Michel-Ange termina le vaste poëme historique par la grande fresque du Jugement dernier.

Les cartons d’après lesquels devaient être faites les tapisseries historiées de la chapelle Sixtine furent exécutés par Raphaël dans les années 1515 et 1516, ainsi que nous le verrons plus loin. Vasari nousapprend, dans la Vie de Francesco Penni, que cet artiste avait spécialement aidé Raphaël dans l’exécution de ces cartons, et que Giovanni da Udine prit part aussi à ce travail. Peut-être, en effet, pourrait-on attribuer le dessin des bordures à ces deux artistes. Les cartons ayant été envoyés à Arras dans les Pays- Bas, où étaient alors les plus célèbres manufactures de tapis, on fabriqua, d’après ces modèles, avec de la laine, de la soie et des fils d’or, des tissus

4. Voy, t. I, p. 223 et suiv., ce qui concerne ces tapisseries, ainsi que l'extrait d’une curieuse notice de M. Pinchart de Bruxelles, dans l’Appendice de ce même volume ; notice rédigée d’après des documents nouveaux que M. Passavant ne connaissait pas encore lorsqu'il a revu son Histoire de Raphaël. On remarque aussi quelques différences dans les faits et les dates

ue le savant auteur a consignés ici, après avoir écrit son premier volume, (Note de l'éditeur. q £ )

nommés en Italie des arazzi ou panni di rassia. Si nous devons nous en rapporter au témoignage, d’ailleurs si plausible, de R. de Piles (Abrégé de la vie des peintres, p. 470), la fabrication de ces tapisseries aurait été dirigée par Bernard van Orley, peintre flamand, qui avait étudié sous Raphaël.

De Piles associe, dans cette direction, Michel Coxcie à Bernard van Orley, ce qui nous paraît moins vraisemblable, car, à l’époque où ces tapisseries furent tissées, Michel Coxcie, étant âgé de 20 ans à peine, ne pouvait pas encore être chargé de surveiller des travaux st importants. Raphaël reçut 434 ducats d’or pour le payement de ces cartons, car on lit cet extrait des livres de comptes de l'église Saint-Pierre, dans un manuscrit de la bibliothèque Chigi (MS. H. 29) :

« À di 45 junio 15145 la Rev. Fabrica di San Pietro deve dare ducati 300 di Camera, pagati per ordine di Monsig. Rmo. M. Bernardo da Bibiena, card. di S. Maria in Portico, a Raphaele da Urbino per parte di pagamento delli cartoni, o disegni si mandano in Fiandra per li panni razza si fanno per la cappella : appare quitanza — D. 300.» Puis, plus loin : « À di 20 decembre 1516, deve dare ducati 134 di Camera, pagati per ordine di Monsignore a Raphaele da Urbino per pagamento delli cartoni ha fatto per la cappella. Ne ho polizza — D. 134. »

En 1513, lés tapisseries fabriquées à Arras arrivèrent à Rome, ce qui résulte du mémoire des frais du transport (publié par Gio. Gaye dans son Carteggio, t. Il, p. 222). Dans cet extrait des : Conti Bilanci et altre Partite attenenti à Leone X, il est dit : « 1518. 21 aprile. Ducati 29, che D. 18 a Raffaello di vitale per porto di 41 panni d’arazzi da Lione a qui, e ducati XI a Borgherini per spese fatte a’ detti panni di fiandra a Lione.

«1518. 18 giugno. Ducati 1,000 pagati a Pietro Loroi Fiamingo a buon conto per conto d’arazerie; sono ducati di camera. »

L'année suivante, les tapisseries furent exposées dans la chapelle Sixtine. C’est ce qui ressort d’une lettre de Sébastien del Piombo en date du 29 décembre 1519, adressée à Michel-Ange, lettre qui se trouvait dans la succession de Sir Th. Lawrence et qui est imprimée dans l'ouvrage suivant : Alcune memorie di Michel Angelo da MSS. F. de Romanis (Roma, 18923). Sébastien del Piombo dit à Michel-Ange : « Et credo la mia tavola (la Résurrection de Lazare) sia meglio disegnata che i panni arazi che son venuti da Fiandra. »

Pâris de Grassis, qui était maître des cérémonies du pape depuis 1506, constate aussi le fait dans son journal (p.342 du manuscrit inédit conservé à la bibliothèque Vaticane) : «1519. In die S. Stephani jussit Papa appendi suos pannos de Rassia novos, pulcherrimos, pretiosos, de quibus tota cappella stupefacta est in aspectu illorum, qui, ut fuit universale judicium, sunt res, qua non est aliquid in orbe nunc pulchrius : et unumquodque

pretium est valoris duorum millium ducatorum auri in auro. » Selon ce passage du journal de Pâris de Grassis, chaque tapisserie aurait coûté 2,000 ducats d’or, ce qui donne environ 40,000 scudi pour la série entière. Mais Panvinio (Vite de’ Pontefice, t. II, p. 495) et Paolo Giovio (Vite d’'Uomini illustri, Venezia, lib. 4) les estiment à 50,000 ducats d’or, et Vasari à 70,000 scudi.

Ces dix tapisseries de l'Histoire des Apôtres, que les gardiens du Vatican nomment d'ordinaire Arazzi della scuola vecchia (par opposition aux tapisseries fabriquées plus tard, représentant des sujets tirés de la vie du Christ, et désignées sous la dénomination de Arazzi della scuola nuova), ont subi maintes vicissitudes, car elles sortirent deux fois de Rome, mais, par un hasard singulier, elles furent deux fois restituées au gouvernement pontifical.

La première fois, elles furent enlevées, comme butin de guerre, par les troupes de Charles-Quint lors du pillage de Rome en 1527. Elles allèrent, ou ne sait comment, se cacher à Lyon et furent offertes en vente dans cette ville, en 1530. Clément VIT voulut les racheter moyennant 160 ducati', mais ce marché ne s’effectua pas. Plus tard, elles devinrent la propriété du connétable Anne de Montmorency, qui les fit restaurer et les rendit, en 1555, au pape Jules III, comme appartenant au Saint-Siége. Le fait de cette restitution est consigné dans l’inscription suivante qui a été ajoutée au tissu même de la tapisserie représentant le Sermon de saint Paul à Athènes : «Urbe captà partem aulæorum à prædonib. distractorum conquisitam Annæ Mommorancius gallicæ militiæ præf. resarciendam atq. Julio I. P. M. restituendam curavit, 1553. » Au-dessus de l’inscription on voit, outre deux mains gantelées qui tiennent des épées, les armes de la famille Montmorency qui sont composées de douze alérions d’or sur champ d’azur. 11 paraît que les tapisseries ne furent plus ensuite exposées dans la chapelle Sixtine, car, selon Torrigi (Le sacre grotte Vaticane, p. 142), le pape Paul Il institua l’usage, qui s’est conservé depuis, de les faire suspendre annuellement le jour de la Fête-Dieu, primitivement devant l’église de Saint-Pierre et plus tard dans la galerie qui mène de la sala Regia à l’église. Elles furent volées une seconde fois, en même temps que les autres tapisseries de Raphaël, pendant la révolution de 1789. Elles passèrent, dit-on, dans les mains des juifs, qui croyaient faire un beau bénéfice en les brûlant pour recueillir l'or qu’elles pouvaient contenir. Mais, comme l'essai qu'ils firent malheureusement sur une de

1. Voy. Gaye, Carteggio. IT, p. 229 : « Pierpolo per ordine di Clemente VII a monsignore Fratello del Papa a Firenze 1530, 13 dec., mess. Gianfrancesco da Mantua; diteli che ho la sua, et facto intendere al papa delli panni, dice sono a leone. Delche dice S. Santità, che sono di quelli della historia di S. Pietro, et di quelli che Raphaello da Urbino fece li cartoni; che

per li 160 ducati che scrive, le piglierà, altrimente non li vuole. »

ces tapisseries (celle qui représente la Délivrance des limbes) ne répondit point à leur attente, ils vendirent les autres à des marchands de Gênes. En 1808, Pie VII les fit racheter ! dans cette ville. C’est ainsi qu’elles revinrent à Rome, de la manière la plus inattendue, peu de temps avant l'enlèvement du pape par, les ordres de Napoléon.

Plus tard, en 1814, on les suspendit dans les appartements du Vatican * qui portent le nom de Pie V. comme nous l’apprend cette inscription commémorative ajoutée à la tapisserie de la Pêche miraculeuse : « Magni Raphælis Sanctii Urbinatis picturas textis aulæis expressas iubente Leone X P. M. ad Vaticani ornamentum Pius VIT P. M. sumptu non exiguo redemptas et instauratas in splendidiorem locum artium commoditati collocandas mandavitA.MDCCCXIV. » Par suite de toutes ces aventures, les tapisseries ont beaucoup perdu de leur éclat primitif, car, à l’exception du fragment de la tapisserie représentant Élymas frappé de cécité (cette tapisserie sans doute fut détruite à moitié lors de sa première pérégrination), elles sont très-effacées et très-restaurées. Et, si l'on admet que, même dans leur éclat primitif, le tissage était loin d’avoir pu atteindre la perfection du dessin des cartons, c’est affaire à l'imagination de se figurer, à la vue des tapisseries dans leur état de délabrement, ce que devait être la beauté des cartons ou seulement la magnilicence des tissus dans leur nouveauté.

Néanmoins, il n’avait pas été possible à l’ouvrier flamand d’annihiler le caractère grandiose et saisissant des compositions de Raphaël, et encore aujourd’hui, après plus de trois siècles, ces tapisseries gardent une ombre de leur ancienne splendeur, tellement qu'on admire, en les voyant, le génie du divin maître qui a créé des compositions si vraies, si nobles, si sublimes. Ces tapisseries, en un mot, toutes détériorées qu’elles soient, occupent une place digne de Raphaël à côté des plus hautes productions de Michel-Ange.

Ce que nous avons à dire des sept cartons originaux, qui sont en Angleterre, trouvera sa place à la suite de la description des dix tapisseries, et nous terminerons par la description de la suite (quoique exécutée plus tard) des douze tapisseries représentant des sujets tirés de la vie du Christ, conjointement avec des figures allégoriques et des emblèmes relatifs à la maison des Médicis.

Le chevalier Dr Karl Bunsen (dans sa Description de la ville de Rome, t.11, p. 408) fut le premier qui essaya de retrouver dans quel ordre avaient été autrefois suspendues les tapisseries à la chapelle Sixtine. Il reconnut d’abord qu’elles correspondent exactement aux dix espaces divisés par

4. M. Gunn dit, dans sa Carlonensia, or an historical andcrilical account of the Tapestries in the Palace of the Vatican (London, 1832, in-8), qu'un certain Devaux avait acheté d’un juif les tapisseries de Raphaël pour 1300 seudi, et que plus tard elles furent restituées au pape Pie VIL.

DE RAPHAEL. 195 des pilastres dans le chœur de la chapelle, savoir, cinq de chaque côté, en commençant par le mur du fond (sur lequel est actuellement le Jugement dernier de Michel-Ange), jusqu’à la grille qui sépare la chapelle en deux parties. Mais, comme le trône du pape est placé du côté gauche, la tapisserie qui couvrait ce côté-là devait être moins large que les autres; or, celle de la Lapidation de saint Étienne est justement de la grandeur de l’espace qui reste libre. De cette manière, il est vrai, l’ordre chronologique qu’il ne faut pas abandonner semble interverti, mais on le rétablit parfaitement, si le trône du pape est considéré comme un point central, en plaçant d’un côté, vers l'autel, la Pêche miraculeuse et la Remise des clefs, et, de l’autre côté, la Lapidation de saint Etienne, la Guérison du paralytiquesæt la Mort d’Ananie. Vis-à-vis, du côté droit, la tribune des chanteurs occupant la plus grande partie du compartiment, c’est là que devait être suspendue la tapisserie moins large qui représente Saint Paul dans sa prison. Quoique, dans l’ordre chronologique de ces cinq épisodes de la vie de saint Paul, cette tapisserie soit la quatrième, puisque l’apôtre ne se rendit à Athènes qu'après son séjour à Lacédémone, la scène de la prison convenait mieux au peu d'espace qu’il y avait à couvrir, et c’est pour cela que Raphaël se permit cette légère déviation dans l’ordre chronologique, qu'il a suivi d’ailleurs scrupuleusement. Cette disposition des tapisseries une fois admise, les tableaux du socle entrent aussi dans la suite naturelle des sujets, car ceux qui sont au-dessous des principaux épisodes de la vie de saint Paul complètent , en quelque sorte, la représentation de cette partie de l’histoire des apôtres. Bien plus, l’ordre que nous venons d’assigner aux cinq premières tapisseries permet mieux de comprendre la suite des tableaux du socle, qui offrent des sujets tirés de la vie de Léon X, jusqu’à son élection ; car le premier à droite et le plus rapproché du trône pontifical concerne un événement qui remonte à l’année 1492; puis, viennent ensuite, en partant de là, à droite et à gauche, les autres épisodes de la même histoire, jusqu’au dernier, qui représente l’'Hommage

rendu au pape et qui se trouve justement près du trône, où cette scène:

s’est en effet accomplie.

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