‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 19 sur 407 · IT · texte numérisé non relu

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18 PEINTURES DE RAPHAEL 15. Le Mariage de la Vierge (1504).

Tableau cintré, Sur bois. Figures un peu plus petites que demi-nature.

Dans ce célèbre tableau, généralement connu sous le nom de Sposalizio, la Vierge est à gauche et saint Joseph à droite, lui présentant l'anneau nuptial, tandis que le grand prêtre, qui est au milieu, leur tient les deux mains. La sainte Vierge est accompagnée de cinq femmes, et saint Joseph de cinq jeunes hommes : ce sont les prétendants qui se disputaient la main de Marie. L'un d’eux, le plus beau des cinq, brise sur ses genoux le roseau qui ne voulait point fleurir ; le second brise aussi le sien avec mauvaise humeur, et les autres élèvent en l'air les roseaux qu'ils ont à la main. Au fond, une place publique avec un temple à seize faces, entouré d’une colonnade. Sur la moulure de l’arcade du centre on lit : RAPHAEL VRBINAS. MDI. C’est la première date connue que Raphaël ait ajoutée à sa signature sur ses tableaux. De chaque côté du temple, l'horizon est borné par des montagnes. :

Il est certain que Raphaël peignit ce tableau pour l’église S. Francesco, à Città di Castello, et que ce tableau lui avait été commandé par les motnes de ce couvent, ainsi que le fait est énoncé dans l’acte du notaire Andrea Brozzi. Cet acte, qui fut communiqué à Pungileoni par l’avocat Giacomo Mancini, est ainsi conçu : « Guardianus et Fratres Ord. S. Francisci Min. conv.…. altare sub titulo S. Joseph, in quo apparet pictum Sposalitium ipsius S. Joseph cum B. V. Maria manu, celeberrimi viri Raphaelis de Urbino.. volentes..…. concedere Iilmo et admodum excelienti D. Albezzino, et D. Pietro q. d. Jul de Albezzinis de Civi Castelli..…...et iconam ipsius altaris, ut supra dictum est, pictam cum omnibus et singulis ejusdem altaris et iconæ juribus et pertinentiis, etc.—Actum die 25 mens. Aug. 1633. »

D’après l’opinion de Pungileoni (dans le Giornale Arcadico, n° XXXII, p. 359), et d’après notre propre observation, Raphaël n’a fait que suivre pour cette composition celle du célèbre tableau de son maître, le Pérugin, qui était autrefois dans la cathédrale de Pérouse, et qui, depuis 1804, est placé à l’hôtel de-ville de Caen, en Normandie‘. La seule différence de composition qu’il y ait entre l’œuvre du maitre et celle de Pélève, c’est que ce dernier transposa les deux groupes d'hommes et de femmes, donna plus de mouvement aux figures et ordonna mieux l'architecture du temple. Le jeune homme qu’on voit sur le premier flan, brisant son roseau, est imité de celui qui, dans le tableau du Pérugin, se trouve à l'arrière-plan, et qui est « plus beau de mouvement » que la figure placée au premier plan. Dans beaucoup de détails de œuvre de Raphaël, on retrouve encore

{. Selon M. Thoré, dans le Constitutionnel, le Mariage de la Vierge, par le Pérugin, fut envoyé au musée de Caen en 1804, avec d’autres originaux rapportés d'Italie, en vertu d’un arrêté des Consuls de l’an X, qui répartissait entre quinze villes de France les tableaux que ne pouvaient contenir les musées de Paris et de Versailles. (Note de l’édileur.)

la manière du Pérugin, quoique les expressions des têtes et les mouvements des personnages soient plus vivants et plus fins, que les tons des chairs soient plus suaves dans les transitions, et qu’en général les qualités propres de Raphaël commencent à se montrer partout. Parmi les teintes des draperies, il y en a qui ressemblent à celles que le Pérugin affectionnait. Par malheur, l’élève, encore inexpérimenté, a employé pour faire ces draperies des couleurs qui, comme le vert du vêtement de la femme placée au premier plan à gauche, ont fortement poussé au noir. L’exécution de ce tableau n’est pas celle des autres petits ouvrages de Raphaël, qui se distinguent par un fini extrême, mais elle est bien davantage calculée pour l'effet général, ainsi qu’il en doit être dans un ouvrage de grande dimension. Les lignes de la perspective du temple ont été tracées à l'encre noire, et sont d'autant plus visibles, que la couleur qui les recouvre est d’une pâte légère.

Pendant près de trois siècles, ce tableau fit l'ornement de l’église S. Francesco, à Città di Castello, jusqu’au jour où le général comte Giuseppe Lechi, de Brescia, commandant une brigade française, s’en fit faire présent, l'épée à la main, par le magistrat de la ville, le 29 janvier 1798. Il passa des mains du général Lechi dans celles du comte Salazar qui le légua à l’Ospedale maggiore à Milan, et, sur la proposition de l’excellent directeur du Cabinet numismatique, feu M. Gaetano Cattaneo, il fut acquis par la direction de la pinacothèque de la Brera, avec quelques autres tableaux sans importance, moyennant la somme de 53,000 francs.

L'état de conservation de ce tableau est satisfaisant; il a même gagné, depuis la bonne restauration exécutée par le cav. Giuseppe Molteni.

On ne connaît qu’une étude pour cet ouvrage, c’est la tête de la Vierge, dessinée à la pierre noire, qui se trouve dans la collection Wicar à Lille.

GRAyURES : Ce tableau a été gravé dans l'ouvrage intitulé Pinacoteca del Palazzo delle scienze e delle artli di Milano, 1812, pl. 1 ; — par Giuseppe Longhi, à ‘Milan, 1812, in-fol. — Copié d’après Longhi, par Pietro Folo, 1831. — Au pointillé et au burin, par Thouvenin, in-fol. — Lithographié d’après le dessin de Longhi, par Oeri, 1824; très-grand in-fol. — Lithographié par S. Maier, d'après le même dessin, dans la Kunsthalle de Carlsruhe. — Id., la partie inférieure seulement, avec une tapisserie pour fond, par Gaetano Riboldi, pitt.; in-fol. en largeur, — Gravé sur acier, par Pannier, in-fol.

ANCIENNES COPIES. — Gi0V. Andrea Urbani fit, en 1606, une copie de ce tableau pour l’oratoire S. Giuseppe, à Urbin, copie qui lui fut payée, d’après son reçu, 40 scudi. (Voy. Pungileoni, El. stor. di Raffaello Santi, p. 120, note.) Cette peinture se trouve encore à la même place.

Nous avons vu une autre copie de ce tableau, mais inférieure à la précédente, dans l’église des Augustins, à Città di Castello, et une troisième, très-endommagée, dans la collection Solly, actuellement au musée de Berlin.

Nous devons encore signaler une composition du Mariage de la Vierge, par le Pérugin, exécutée en l’année 1497, pour le gradin du tableau d’autel, destiné à S. Maria Nuova di Fano; elle a souvent été copiée dans l'école du maître et ces copies ont passé dans le commerce pour des esquisses de Raphaël. Ce Mariage de la Vierge, composé par .Pérugin, a bien quelque ressemblance avec le tableau de Raphaël, mais il est dans le sens contraire. L'étude originale du Pérugin pour ce tableau se trouve dans la collection Albertine à Vienne ; elle a été publiée dans la onzième livraison des fac-simile de Mannsfeld.

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